AccueilDroitNicolas Guérin : « Le pitch du Grenelle du droit ? Poser les questions et faire des propositions ! »

Nicolas Guérin : « Le pitch du Grenelle du droit ? Poser les questions et faire des propositions ! »

Directeur juridique d'Orange et président du Cercle Montesquieu, Nicolas Guérin livre son approche du Grenelle du droit. Pour lui, il est temps de rassembler toutes les professions juridiques en un seul lieu pour discuter, partager et tenter de trouver des solutions collectives pragmatiques.
Nicolas Guérin : « Le pitch du Grenelle du droit ? Poser les questions et faire des propositions ! »
© DR - Nicolas Guérin, directeur juridique d'Orange et président du Cercle Montesquieu.

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Affiches Parisiennes : Suite au rapport Haeri, le Cercle Montesquieu et l'AFJE ont lancé l'idée de l'organisation d'un Grenelle du droit. Pourquoi cette initiative ?

Nicolas Guérin : Voilà plus de 30 ans que nous essayons d'unir les professions du droit. à force de partager avec nos collègues de tout bord, nous nous sommes rendus compte qu'il y avait un tas de problèmes communs à toutes les professions juridiques, huissiers, notaires, universitaires, juristes, avocats... Il est donc utile de sortir des affrontements, multiples et variés, constatés entre les professions – avocats-juristes d'entreprise, experts-comptables-avocats, commissaires-priseurs, huissiers...

Nous souhaitons réunir tous les professionnels du droit autour de la table pour parler des sujets qui fâchent et trouver des solutions afin de permettre à notre beau pays d'être un lieu où l'on peut pratiquer le droit avec fierté, un droit défendu collectivement et non profession par profession.

"J'espère que les experts-comptables seront également présents,
ainsi que des représentants des Pouvoirs publics."

Plutôt que de s'affronter ou de faire évoluer les professions du droit au gré de réformes législatives, pourquoi ne pas rassembler toutes les professions en un seul lieu pour discuter, partager et tenter de trouver des solutions collectives pragmatiques. Nous pensons par ailleurs qu'il ne faut pas uniquement défendre des professions, mais surtout défendre le droit.

Le deuxième objectif de ce Grenelle du droit est la compétitivité. Avec le Brexit qui se profile, le droit et sa pratique doivent nous permettre d'assumer l'afflux potentiel de sièges sociaux en France. Nous devons trouver les moyens d'inciter les groupes à venir s'installer dans l'Hexagone plutôt qu'en Allemagne ou en Belgique.

A.-P. : Ce Grenelle a donc pour vocation à donner davantage de vigueur à Paris Place de droit ?

N. G. : C'est effectivement le leitmotiv premier de ce Grenelle du droit. Nous devons parvenir à démontrer que toutes nos professions doivent être capables de faire collectivement de Paris une place de droit compétitive.

A.-P. : Quels seront les acteurs de ce Grenelle du droit ?

N. G. : Le Grenelle du droit est initié par les associations de juristes d'entreprise, en partenariat avec les associations d'avocats, dont l'ACE. Nous avons essayé d'élargir le plus possible l'audience. Pour nous, tout le monde est le bienvenu. Les notaires et le monde de l'université seront là.

J'espère que les experts-comptables seront là également, ainsi que des représentants des Pouvoirs publics. L'idée est d'inviter un maximum de personnes qui représentent le droit à ses différentes étapes : constitution, pratique, justice. Nous avons également voulu inciter des jeunes qui débutent pour associer les générations et les professionnels autour du droit.

A.-P. : La formation en matière de droit est aujourd'hui très importante, que peut-on dire à ce sujet ? Va-t-on s'orienter vers une formation unique pour une profession unique ?

N. G. : Il y a déjà le socle de formation qui est commun à toutes les professions juridiques. Nous devons essayer de l'améliorer. Nous pouvons entamer ce travail avec les universités pour que les écoles du droit soient de plus en plus pluridisciplinaires, orientées vers le monde professionnel et vers la pratique du droit. Il ne faut plus que nous ayons un enseignement strictement juridique. Il doit également porter sur le management, le digital, sur les nouvelles technologies, les modèles économiques.

Nous devons aussi tendre vers une formation unique pour toutes les professions du droit, notamment les juristes d'entreprise et les avocats. L'idée, en ce qui nous concerne, est que nous soyons tous avocat, que nous travaillions en cabinet ou en entreprise.

Il faut également insister sur la formation continue. Nous y sommes très attachés en tant qu'association professionnelle. Nous incitons nos juristes d'entreprise à mettre en permanence à jour leurs connaissances, grâce à des modules de formation très comparables à ceux des avocats. Sur ce thème de la formation continue, toutes les professions du droit ont, là aussi, un travail en commun à entreprendre, une réflexion de fond pour plus d'efficacité. Nous devons rendre nos juristes et nos avocats encore plus compétitifs.

A.-P. : Qu'attendez-vous concrètement de ce Grenelle du droit ?

N. G. : L'idée du Grenelle du droit n'est pas d'avoir réglé tous les problèmes le 16 novembre au soir, mais d'ouvrir de grands chantiers et de lancer de grandes réflexions. Je crois fermement que le monde juridique n'est pas assez entendu par le monde économique et par les dirigeants. Il faut qu'il le soit.

Ce Grenelle du droit doit réunir toutes les bonnes volontés pour proposer des solutions et améliorer la situation. Si nous sortons avec des agendas précis et des propositions concrètes, nous aurons gagné. Pour moi, voilà le pitch du Grenelle du droit : “Poser les bonnes questions, faire des propositions”.

A.-P. : Allons-nous vers la sortie d'un livre blanc ?

N. G. : Le livre blanc est la formule que comprennent et retiennent le mieux les Pouvoirs publics et les parlementaires. C'est une bonne base pour le travail législatif et réglementaire. Il faut pourtant aller au-delà en jetant les bases de partenariats avec les universités, avec les écoles, de partenariats interprofessionnels en allant vers du concret.

Sur certains sujets, nous devons avancer très vite, avant l'instauration du Brexit. L'environnement juridique anglo-saxon est très développé et s'impose partout. Nous voyons une émergence de l'Ohada – Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires – et d'autres formes de droit en Asie. Il est donc très urgent de commencer à agir pour défendre l'efficacité de notre droit continental.

A.-P. : Quel appel lancez-vous à notre garde des Sceaux à l'occasion de ce Grenelle du droit ?

N. G. : Et bien nous lui disons “venez nous aider, venez nous soutenir, apportez aux professions des messages de paix et de travail en commun”. Sans le soutien du Gouvernement, nous ne serons pas aussi efficaces et surtout nous ne serons pas assez rapides. Il sera toujours possible d'avancer, de progresser, mais sans l'aide de la ministre de la Justice, les choses seront plus compliquées et plus longues.

Nicole Belloubet doit nous rassembler autour d'elle et porter nos propositions essentielles. Sans son action, notre place du droit sera peut-être moins belle. Durant sa carrière, elle a exercé différents métiers du droit. Elle est donc experte en la matière. Qui mieux qu'elle peut inciter nos professions à se réunir ?

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