AccueilInterviewNicolas Catel : « Il y a, en France, un climat général de défiance »

Nicolas Catel : « Il y a, en France, un climat général de défiance »

Nicolas Catel est l'un des dirigeants du réseau Calisseo – expertise-comptable, commissariat aux comptes, assistance, conseil. Il est aussi délégué par la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Versailles pour mener à bien l'organisation des universités d'été. Il trace les temps forts de cet événement qui fédère de plus en plus les professionnels du chiffre de la région parisienne.
Nicolas Catel : « Il y a, en France, un climat général de défiance »

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Affiches Parisiennes : Vous êtes l'un des trois rapporteurs des universités d'été, sur quels sujets avez-vous travaillé pour la préparation de cet événement ?

Nicolas Catel : Chacun des rapporteurs, représentant l'une des trois institutions – L'ordre des experts-comptables de Paris Île-de-France et les deux Compagnies régionales des commissaires aux comptes de Versailles et de Paris –, avait pour mission de définir le programme, la liste des ateliers, le choix des intervenants sur chacun de ces ateliers et la mise en place de l'organisation. Nous avons tous les trois travaillé d'une façon transversale. L'idée était d'avancer ensemble sur toutes ces missions.

A.-P. : Le thème principal de ces universités d'été est la confiance. Pourquoi ce choix ? Les professionnels du chiffre affrontent-ils un déficit de confiance ?

N. C. : Il y a très certainement un manque de confiance global qui va au-delà même de notre profession. Nous traversons une époque pleine d'incertitude pour les dirigeants de PME, mais aussi pour beaucoup de gens quel que soit leur statut… C'est donc le moment d'essayer de renforcer les liens de confiance.

Les professions du chiffre ne sont pas épargnées, compte tenu des évolutions législatives récentes.

D'un côté, le commissariat aux comptes est remis en cause d'une façon récurrente. Nous sommes aux prises avec une transposition de la législation européenne pour laquelle subsiste encore à ce jour un certain nombre d'inconnues.

Du côté de l'expertise-comptable, il y a là aussi beaucoup de sujets en cours, que ce soit à travers l'interprofessionnalité, l'évolution des obligations comptables et fiscales des entreprises et les répercussions sur nos cabinets, ou encore l'ouverture de notre profession. Tous ces sujets peuvent amener nos confrères à s'interroger sur leur avenir et à trouver au plus vite des solutions.

Cette recherche de confiance est celle dont nous avons besoin en tant que dirigeants d'entreprise, puisque nous sommes avant tout des entrepreneurs soumis aux mêmes difficultés que nos clients.

A.-P. : Quels sont aujourd'hui les défis des commissaires aux comptes, notamment à l'aune de la réforme européenne de l'audit qui ne semble pas avoir été bien acceptée par la profession ?

N. C. : Le premier défi des commissaires aux comptes passe, à mon avis, par la réorganisation de nos cabinets, notamment pour ceux qui assurent ces fonctions de façon accessoire. Ces derniers devront certainement repenser leur exercice, soit en arrêtant purement et simplement cette activité, soit en se regroupant avec d'autres pour l'assurer d'une façon plus structurée. Pour ceux qui assuraient déjà pleinement ces fonctions, il y aura de toute façon des impacts, en fonction des décrets d'application que nous attendons et d'un certain nombre de textes qui doivent encore être publiés. En ligne de mire, nous aurons des évolutions probablement très structurantes de la façon d'aborder le commissariat aux comptes : les méthodes que nous connaissons aujourd'hui, à savoir une pratique sur des données essentiellement financières, par sondages, vont certainement être appelées à très rapidement évoluer, compte tenu de l'évolution des techniques d'information, des possibilités d'accéder à des données beaucoup plus exhaustives, de la façon de traiter ces données, sur les besoins du marché. Les changements risquent d'être très profonds dans les années à venir. À nous de les identifier et, dans la mesure du possible, de les anticiper.

« La profession de commissaire aux comptes va énormément évoluer, pour des raisons à la fois technologiques et législatives. »

A.-P. : L'innovation vous semble donc indispensable aujourd'hui pour les commissaires aux comptes ?

N. C. : Il y aura sans doute de l'innovation dans les liens que peut avoir le commissaire aux comptes avec les entités qu'il contrôle, avec l'environnement. Toute la chaîne d'audit sera impactée, de la façon d'analyser les données à la communication des rapports, en passant par la transmission de l'information.

A.-P. : Pour vous, quels sont les moments clés de ces universités d'été ?

N. C. : Il y a tout d'abord la conférence des présidents des trois institutions qui permettra de répondre à un certain nombre de questions sur toutes les problématiques que peuvent légitimement se poser nos confrères dans le cadre de l'exercice de leur profession.

Avec le thème de la confiance, la seconde grande conférence va nous permettre de raisonner au-delà des frontières de nos professions en nous amenant à des réflexions beaucoup plus larges sur la façon d'aborder cette confiance avec nos institutions, avec nos partenaires, avec notre environnement, en prenant du recul sur notre quotidien.

À travers ces universités, nous avons également voulu mettre l'accent sur les collaborateurs – forces vives du fonctionnement de nos cabinets – et sur les stagiaires qui sont les experts-comptables et commissaires aux comptes de demain. Avec l'évolution qui se profile pour nos deux métiers, nous sommes amenés à nous projeter en prenant en compte le rôle de chacun des membres de nos équipes. Nous avons la volonté de les impliquer dans cet événement, notamment à travers un parcours dédié aux stagiaires.

A.-P. : Les professions du chiffre maîtrisent-elles toutes ces évolutions qui se profilent, à la fois technologiques et législatives ?

N. C. : Non, nous ne sommes évidemment pas des informaticiens. Nous n'avons pas tous une grande expérience des nouvelles technologies de l'information. Nous ne sommes pas préparés de la même manière. Nos collaborateurs nous aideront certainement, d'où l'intérêt de les intégrer au processus d'évolution. À nous également de trouver des axes de formation sur le sujet. La formation obligatoire, qui peut être perçue comme une contrainte, est un excellent moyen d'approfondir les connaissances et de développer les compétences pour faire face aux défis de demain. Par exemple, sur la cybercriminalité, un thème d'actualité, nous devons répondre aux menaces qui pèsent sur nos cabinets. Comment s'y préparer ? Il y a bien d'autres questions qui se posent aujourd'hui. Nous accepterons d'autant mieux l'évolution que nous serons force de proposition. Les difficultés auxquelles nous devons faire face aujourd'hui qui amènent à la remise en cause d'un modèle économique, toutes les professions ou presque, qu'elles soient réglementées ou non, y sont confrontées.

A.-P. : La participation de plus en plus massive des experts-comptables et des commissaires aux comptes aux événements organisés par les institutions est le signe d'une crainte en l'avenir ou d'une volonté d'évoluer ?

N. C. : Nous ressentons à la fois de la crainte et de l'enthousiasme. De la crainte parce que nous sommes tous un peu dubitatifs face à ces mutations qui s'amorcent. Les professionnels du chiffre sont en recherche de solutions et d'échanges avec leurs confrères. Ils ont pris parallèlement conscience de la nécessité d'évoluer et des opportunités d'avenir. Mais également de l'enthousiasme, car les challenges à relever sont très prometteurs et notre profession a toujours cherché à aller de l'avant.

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