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Nicolas Brusson «Si nous voulons attirer les talents, nous devons adapter les conditions de travail»

le - - Actualité - Interview

Nicolas Brusson «Si nous voulons attirer les talents, nous devons adapter les conditions de travail»
© DR

Blablacar est une entreprise pionnière en matière de congé paternité. Avec 105 autres entreprises, elle a signé en février dernier l'initiative “Parental Act”, qui propose aux salariés un congé “deuxième parent” d'un mois minimum. Nicolas Brusson, CEO Blablacar, livre les raisons qui ont poussé l'entreprise sur cette voie.

Affiches Parisiennes : Blablacar est une entreprise exemplaire pour le congé paternité. Comment allez-vous inciter les cadres à prendre ce congé, malgré leurs responsabilités, le travail, les objectifs à tenir ?

Nicolas Brusson : Nous avons la chance d'avoir un peu de recul sur cette réforme puisque nous avons déjà mis en place ce congé “second parent” il y a un peu plus d'un an et demi. Nous avons ainsi une trentaine de pères qui l'ont pris, à tous niveaux de responsabilité dans l'entreprise et dans plusieurs pays d'ailleurs.

Ce qui est important, c'est de créer une culture de la flexibilité. Aujourd'hui n'importe qui, n'importe où dans l'entreprise, peut prendre ce congé “second parent” et les choses s'adaptent. La direction n'est d'ailleurs pas exclue. Ce serait d'ailleurs une énorme erreur. L'équipe de management doit, au contraire, montrer l'exemple. C'est ce que nous faisons.

A.-P. : Pourquoi menez-vous cette politique de “bien-être” des salariés ?

N.B. : Finalement, il y a deux buts. Le premier est de donner l'exemple et on se rend compte qu'on est dans une société qui a énormément d'externalités positives, que ça soit au niveau environnemental, au niveau social, en permettant aux gens d'économiser et de partager leur voiture, en rencontrant d'autres personnes. Donc, cela nous semble important d'être également exemplaire en interne. Deuxième aspect, qui est aussi important, c'est la question de la performance.

En fait, je pense qu'il est archaïque d'imaginer que plus on prend de congés, moins on est performant. En réalité, c'est le contraire. Si nous voulons attirer les talents, notamment les talents plus jeunes, les ingénieurs qui sont la denrée rare en ce moment de la tech en France, nous devons adapter les conditions de travail, le type de congés, sinon on devient très vite une entreprise qui n'est plus attractive.

Il y a aujourd'hui beaucoup d'employeurs qui commencent à mettre ces mesures en place. C'est la bonne nouvelle. La concurrence, sur le marché de l'emploi pousse, de toute façon, les entreprises à évoluer dans le bon sens et à être de plus en plus attractives.

A travers cette dimension d'exemplarité, nous voulons vraiment continuer à pousser ce qui nous tient réellement à cœur. Le résultat paraît paradoxal, puisque cette stratégie et cette culture d'entreprise nous permettent d'être plus performants.

A.-P. : Que représente aujourd'hui Blablacar ?

N.B. : Blablacar est une entreprise de 700 personnes dans 22 pays. C'est surtout la mission très simple d'éliminer les sièges vides dans les voitures, dans les bus, donc de créer finalement un réseau de transport plus efficace, avec un impact environnemental et social positif. Social, parce que nous permettons à des gens de se rencontrer et de passer deux, trois ou quatre heures ensemble dans un véhicule. Ce qui est de plus en plus rare, si on prend un peu de recul dans le monde aujourd'hui des bulles de médias sociaux. Voilà, ce qui nous porte. En interne, nous voulons évidemment être cohérents avec cette mission.

A.-P. : Le Blablacar électrique existe-t-il déjà ?

N.B. : Nous avons aujourd'hui peu de conducteurs de voitures 100 % électriques, parce qu'on est sur des longues distances. L'électrique représente entre 0,1 et 0,2 % du parc, mais cela va changer dans le temps. La voiture est en passe de subir trois grandes transformations. Tout d'abord le moteur thermique vers l'électrique, notamment illustré par l'Américain Tesla. Ensuite, la quête de l'autonomie et, enfin, la voiture partagée. C'est notre cœur de métier. Nous sommes vraiment focalisés sur la création d'une communauté de confiance. Partager sa voiture va devenir normal, naturel dans le futur, quand on a des sièges vides, sur de courtes comme sur de longues distances, sur tous types de trajets. Même si 17 millions de Français nous utilisent de temps en temps, notre mission est vraiment de continuer à évangéliser pour que beaucoup plus de gens partagent leur voiture beaucoup plus souvent.

A.-P. : La crise de la Covid a-t-elle été un frein pour votre développement ? Est-ce que Blablacar va rebondir plus vite, plus fort cet été ?

N.B. : Évidemment, cette crise de presque deux ans a mis notre croissance entre parenthèses. Mais nous sommes bien financés et nous avons des employés motivés. D'un point de vue résilience, nous avons donc très bien résisté à la Covid. Les fondamentaux n'ont pas changé. Nous nous attendons à un très bon été, en France et à l'international. Les Français ont envie de revoyager. On commence à le voir sur le mois de juin et on s'attend à un été avec plus de 4 millions de voyageurs, rien qu'en France.

Les collaborateurs de Blablacar témoignent…

Sollicités par Élisabeth Moreno, les collaborateurs de Blablacar témoignent. Comme la ministre le souligne, « Vous êtes un peu avant-gardiste et c'est pour cela que nous sommes venus voir comment cela fonctionnait. Je me rends compte que l'âge moyen des collaborateurs est de 33 ans. On se rend compte que l'attractivité des entreprises est de plus en plus importante puisque les talents se raréfient. C'est aussi important de donner envie à ces jeunes talents de vous rejoindre. Je suis curieuse de savoir si vous avez regardé les valeurs de Blablacar avant de rejoindre l'entreprise. » Un collaborateur entré dans l'entreprise en début d'année confirme avoir été séduit par la culture maison : « Ce sont des valeurs que je partage. En arrivant, je ne savais pas que ce dispositif “second parent” était en place. Je l'ai découvert pendant le processus de recrutement. Il a influencé mon choix, étant donné que ma femme était enceinte. J'avais cette crainte de savoir comment les choses allaient se passer quand le bébé serait né. J'ai tout de suite été rassuré avec ce congé d'un mois. C'est une vraie marque de confiance qui a compté dans ma volonté de rejoindre Blablacar. »

Pour Stéphanie Fraise, directrice des ressources humaines de la licorne, « c'est presque devenu de l'ordre de la norme. Pour cette génération, c'est une évidence. »

Un autre collaborateur confirme l'attractivité de telles mesures sociales : « Quand j'ai appris que j'allais être père, Blablacar n'avait pas encore mis en place ce dispositif. J'avais pris la décision de prendre des congés personnels pour profiter de cette naissance sur un temps plus long. J'ai aidé mon épouse à assumer l'arrivée de cet enfant. J'avais envie de prendre ce moment-là. Cela confirme l'intérêt de ce dispositif “second parent”. »

Elisabeth Moreno souhaite, par ailleurs, savoir si les pères qui ont bénéficié de cette mesure ont été “chahuté” par leurs collègues ou si ces derniers trouvent cela parfaitement normal. « Les papas vont-ils oser ? » La réponse des collaborateurs, concernant le regard de la société sur ces pères qui s'assument de plus en plus, est claire : « Pour moi, c'est assez naturel », témoigne un collaborateur. « Je suis papa de deux enfants. Le plus grand a 3 ans. A l'époque, je n'ai donc pas bénéficié du dispositif. En revanche, pour ma petite fille de 3 mois, cela s'est fait sans hésitation, aussi bien dans le couple, avec les amis ou au sein de l'entreprise. Il y a une vraie volonté de transparence chez Blablacar. Je pense même qu'il est inconcevable, pour les managers, de ne pas laisser leurs collaborateurs prendre ce congé. Ce serait perçu comme une faute professionnelle. Pour avoir vécu les deux situations, il y a vraiment un rythme beaucoup plus équilibré qui se met en place avec la conjointe pendant ce mois de congé. Il n'y a plus cette pression morale d'une société qui n'octroyait pas ce type de congé. Les premiers jours de vie sont incroyablement importants pour construire la sécurité affective de l'enfant. »




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