AccueilActualitéEuropeNerijus Aleksiejunas : « Un forum d’affaires avec le Medef pour renforcer les échanges commerciaux entre la Lituanie et la France »

Nerijus Aleksiejunas : « Un forum d’affaires avec le Medef pour renforcer les échanges commerciaux entre la Lituanie et la France »

Nerijus Aleksiejunas, l’ambassadeur de la République de Lituanie en France fait le point sur les échanges économiques entre nos deux pays et sur les conséquences de la guerre en Ukraine.
Nerijus Aleksiejunas, ambassadeur de la République de Lituanie en France.
© DR - Nerijus Aleksiejunas, ambassadeur de la République de Lituanie en France.

ActualitéEurope Publié le , Propos recueillis par Boris STOYKOV

Affiches Parisiennes : Vous organisez avec le Medef et les entreprises lituaniennes un forum assez exceptionnel à Paris. La visite de la Première ministre Mme Ingrida Šimonyte et de la ministre de l'Economie et de l’innovation Mme Aušrine Armonaite de la Lituanie à Paris, au même moment n’est pas un hasard ?

Nerijus Aleksiejunas : C'est un forum économique très important pour nous. Il s’inscrit dans la continuité du forum que nous avons tenu en 2020, pendant la visite du président de la République Française Emmanuel Macron à Vilnius. Le forum de Vilnius est le match retour pour vraiment continuer notre échange économique et renforcer notre coopération mutuelle. Les entreprises lituaniennes viendront à Paris pour cette occasion, et les rencontres avec les entreprises s’annoncent très intéressantes. La visite à Paris de notre Première ministre, Ingrida Šimonytė se déroule au même moment et sa présence est très importante. Je pense qu’elle vient au bon moment pour échanger avec le gouvernement français sur différents sujets, notamment la guerre en Ukraine, les prix de l’énergie, les tensions en Europe et la sécurité. La Première ministre fera l’introduction et l’inauguration du forum avec la ministre de l’Economie et de l’Innovation, Aušrine Armonaite.

A.-P. : Le Medef International vous accueille dans ses locaux et il y a une journée organisée avec des tables rondes. Quels sont les sujets de ces tables rondes ?

N. A. : Trois secteurs principaux ont été identifiés pour ce forum : le digital et les innovations, le maritime et la durabilité avec l’énergie et le transport. Tout d’abord pour le digital et les innovations, je pense que cela fait partie de notre mentalité. Ce n’est pas un hasard si nous sommes parmi les premiers en Europe concernant la FinTech, la cybersécurité, l’e-business ou la technologie financière. Nous sommes aussi les leaders régionaux sur le secteur des sciences de la vie et des biotechnologies. En Lituanie, nous avons le wifi public le plus rapide du monde. De manière générale, le secteur digital est très développé chez nous. Et je pense que je ne suis pas le meilleur ambassadeur de la Lituanie en France… C’est notre licorne Vinted qui est utilisée par un Français sur quatre. Cet exemple est une bonne représentation des écosystèmes de startups et d’innovation que proposent la Lituanie.

A.-P. : L'administration lituanienne est-elle très digitalisée ?

N. A. : En Lituanie, il est possible de faire presque toutes les demandes administratives en ligne, donc ce n'est pas nécessaire de se déplacer en mairie pour s’occuper de ces démarches. C’est un écosystème bien développé et les gens sont habitués à tous les niveaux. C'est vraiment quelque chose de très important pour nous, parce que ce secteur augmente chaque année. La croissance annuelle de l’export des services de la filière des TIC, Technologies de l’Information et de la Communication est presque de 40 %. C'est un chiffre très impressionnant, tout comme le nombre de startups que nous avons, plus de 1 000. L'année dernière, les investissements pour les start-up ont battu des records avec plus de 300 millions d’euros. Mais, je ne pense pas que ce soit un hasard, notre infrastructure numérique est bien développée. Il y a beaucoup de parcs digitaux, d'incubateurs et de chercheurs qui travaillent dans le secteur. La Lituanie attire beaucoup de talents, dans la filière du TIC travaille plus que 50 000 personnes et juste cette année, nous avons accueilli quelque 4 000 spécialistes venus de pays tiers.

A.-P. : Quels sont les échanges économiques avec la France ? Est-ce qu’elles se sont développées après la visite du président Macron à Vilnius ?

N. A. : La France est actuellement le 11e partenaire de la Lituanie pour le commerce et l’investissement. Il faut que nos échanges se poursuivent et se développent. Pendant le Forum économique à Vilnius, certains contrats ont été signés. Pour moi, et pour notre gouvernement, il y a cette nécessité de poursuivre davantage les échanges entre la Lituanie et la France. Ce forum est un bon moyen pour le faire. Nous travaillons à développer notre coopération sur d’autres secteurs comme les sciences de la vie et les biotechnologies. En décembre, nous allons organiser un événement sur les biotechnologies avec le CNRS pour échanger entre chercheurs et créer des liens de coopération des forts. L’énergie et le transport sont très importants également, et je constate qu’après le forum de Vilnius, une participation plus grande des entreprises françaises dans l’accompagnement au démantèlement de notre centrale nucléaire Ignalina, un programme financé en majorité par l’Union Européenne. L’expérience française est primordiale ici pour nous. Nous travaillons également beaucoup avec les entreprises françaises pour le projet ferroviaire européen, Rail Baltica qui va connecter les pays baltes au reste de l’Europe d’ici 2026.

A.-P. : A quelle hauteur se situe aujourd’hui les échanges commerciaux entre la Lituanie et la France ?

N. A. : C’est de l’ordre de 2 milliards d’euros, sur l’import, nous sommes à 1,2 milliard et pour l’export 800 millions d’euros. L’augmentation de nos échanges commerciaux en 2021 est de 20 % par rapport à l’année dernière.

A.-P. : Vous avez donné l’exemple de Vinted, pouvez-vous nous expliquer en quoi c’est un excellent exemple de coopération économique avec la France ?

N. A. : C'est une application lituanienne, c'est notre première licorne. Je pense que c’est un bon exemple, parce que Vinted est devenue notre première licorne grâce au marché français. Cela a été très rapide et maintenant, Vinted a plus de 17 millions d’utilisateurs en France. Ce résultat montre une belle coopération entre deux écosystèmes. Cela montre que les entreprises lituaniennes peuvent venir sur le marché français et faire un grand business tout en étant utile pour les utilisateurs.

A.-P. : Est-ce que le sujet crucial de l’énergie va être abordé pendant le forum ?

N. A. : Bien sûr, c'est le deuxième volet envisagé pour le forum, la durabilité. L’un de ses sujets est l'énergie, or nous sommes un bon exemple pour la sécurité énergétique. Nous sommes les premiers en Europe à avoir coupé le gaz et le pétrole russe, parce que nous avons fait beaucoup d’investissements et nous sommes en avance pour être indépendants de la Russie.

A.-P. : Vous avez fait tous ces investissements pour construire par exemple des terminaux pour le gaz liquéfié ?

N. A. : Oui, nous avons fait ces investissements en 2014. Notre terminal fonctionne très bien et c'était donc facile de quitter cette dépendance du gaz de la Russie. L’énergie, c’est un outil géopolitique utilisé par la Russie et il était très clair pour nous qu’il fallait renforcer notre indépendance et investir dans les énergies renouvelables, notre Gouvernement l’avait bien compris. Aujourd’hui, 27 % de notre énergie vient du renouvelable avec le solaire et la biomasse notamment. Maintenant nous travaillons sur l’énergie éolienne, nous avons beaucoup de projets prévus pour avoir un grand parc éolien au niveau de la mer Baltique, et nous espérons qu’il donnera environ 25 % de l’électricité nécessaire aujourd’hui pour notre le pays.

A.-P. : Vous avez une frontière très importante avec le Bélarus et plusieurs entreprises biélorusses se sont installées en Lituanie. Quels sont vos rapports aujourd’hui avec la guerre en Ukraine menée par la Russie ?

N. A. : Le commerce avec le Bélarus est très limité, même presque interrompu en ce moment, parce que le Bélarus fait partie de l’agression de la Russie contre l’Ukraine et ce pays concernés par les sanctions de l’Union Européenne. Mais il est vrai que de plus en plus d’entreprises internationales ont créé une filiale en Lituanie. Notamment dans le secteur des jeux vidéo qui est très connu et installé à Minsk, mais qui vient de plus en plus chez nous pour poursuivre leur activité. Pour moi, c’est un bon exemple et je pense que c’est peut-être aussi l’occasion pour les entreprises françaises de quitter le marché russe et de venir s’installer sur notre territoire.

A.-P. : Est-ce qu'une relation normale avec la Russie peut être espérée un jour ?

N. A. : Je pense bien sûr que c'est possible. Mais après la victoire de l'Ukraine. Je suis toujours optimiste et ce sera alors une nouvelle Russie, différente, sans agressivité et sans cette mentalité impérialiste.

A.-P. : La guerre et la crise énergétique provoquent des inflations parfois importantes dans les pays européens. Quelle est la situation en Lituanie ? Comment résistez-vous à cette inflation ?

N. A. : Notre économie est bien équilibrée avec le digital, la production et les autres secteurs. La guerre en Ukraine a des effets importants, la situation globale n’est pas très positive, mais malgré cela notre économie reste dans la voie de la croissance. Selon la banque centrale de Lituanie, cette année la croissance va rester de plus 2 % du PIB malgré la crise et la guerre. Je pense que c’est grâce à notre diversification sectorielle et nos investissements dans l’économie. Cependant, nous ressentons les effets de la guerre en Ukraine, et peut-être plus que d’autres pays de l’Europe, avec une inflation annuelle de 18 %. Cette inflation est la conséquence surtout des coûts de l'énergie en forte hausse. Mais en même temps, nous avons une forte croissance des salaires et un taux de chômage très bas, à 5 %.

A.-P. : Qu'attendez-vous de la visite de la Première ministre, Ingrida Šimonyte, et de la ministre de l'Économie et de l’Innovation, Aušrine Armonaite ? Des signatures de contrats sont-elles prévus ?

N. A. : Concernant les signatures de contrats les hommes d'affaires restent très prudents jusqu'à la dernière minute. Mais j'espère qu’on va avoir des résultats très concrets après cette visite, après le forum économique et aussi d’une autre façon que la signature de contrats. La coopération entre nos entreprises doit être développée, c'est la raison pour laquelle en organise ces échanges. Après le forum économique avec le Medef, notre ambassade continuera à travailler en ce sens pour échanger, avec les entreprises, les représentants des institutions et les associations pour donner de nouvelles possibilités et perspectives afin de renforcer la coopération économique entre la Lituanie et la France.

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