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Monétiser la dette ? L'Europe doit faire un choix (5/5)

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Monétiser la dette ? L'Europe doit faire un choix (5/5)
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Monétiser les dettes souveraines en faisant intervenir un mécanisme de rachat par la Banque européenne semble avoir les faveurs des économistes les plus orthodoxes. En pratique la méthode pourrait bien placer l'Union devant un choix politique majeur : choisir l'indépendance de la banque centrale ou bien l'unanimité des Etats membres.

Monétiser la dette est la solution qui a les faveurs, semble-t-il, de la majorité des économistes libéraux. Il s'agirait que la Banque centrale européenne rachète des dettes souveraines, avec le risque inflationniste que cela comporte. Une inflation qui n'avait pas eu lieu alors qu'elle pratiquait un quantitative easing (un rachat massif d'actifs, qui peuvent être des dettes souveraines, auprès des banques commerciales qui vise à faciliter les crédits aux entreprises et aux particuliers et donc l'investissement en injectant des liquidités dans l'économie) après la crise des subprimes.

L'outil monétaire est-il suffisant ?

Gaël Giraud, avec critique, s'exprimait à ce sujet au début de la crise au micro de RFI : « Renflouer le secteur bancaire aujourd'hui n'est plus la priorité : la grande différence entre 2020 et 2008, c'est qu'en 2020 c'est l'économie réelle qui est grippée. Nous connaissons un effondrement de la demande (même ceux qui ont du cash ne peuvent pas le dépenser puisqu'ils sont confinés chez eux) et un effondrement de l'offre puisque beaucoup de salariés ne peuvent pas aller travailler. C'est quelque chose d'inédit. Renflouer les banques est nécessaire mais insuffisant. Il faut verser de l'argent dans l'économie réelle. Or, le quantitative easing mis en place après 2008 n'a pas irrigué l'économie réelle mais les marchés financiers. Il ne faudrait pas répéter cette erreur. Comment imaginer un “quantitative easing for people” ? La BCE pourrait très bien injecter des fonds à la BPI pour qu'elle puisse accorder les prêts nécessaires voire effectuer des dons aux PME ou aux ménages. » Gaël Giraud, peu inquiet pour ce qui est de l'inflation. Même improbable, il juge que « De toutes les manières, compte tenu de l'envolée des dettes, un peu d'inflation serait la bienvenue, à condition que les salaires suivent ».

Jean Tirole appelle, lui, à davantage de prudence. Monétiser la dette, pourquoi pas, mais il faudra le faire avec vigilance pour ne pas menacer les économies des plus démunis, qui se trouvent dans leur compte en banque, et pour ne pas oublier de garder une certaine discipline budgétaire alors que tout gouvernement pourrait se mettre à dépenser en mutualisant les conséquences de ces actes avec les dix-huit autre pays de la zone euro. Les mesures budgétaires semblent ainsi avoir moins les faveurs du prix Nobel 2014 : « Le soutien par la BCE me semble plus probable qu'un soutien budgétaire : il est plus rapide à mettre en place, ne requiert pas l'unanimité, et surtout il est moins transparent pour les opinions publiques des pays de l'Europe du nord, moins endettés (l'Allemagne a réduit sa dette à moins de 60 %) et inquiets d'avoir à financer l'Europe du sud. », écrivait-il dans les Echos.

Deux voies qui s'ouvrent à nous

Pour Dominique Strauss-Khan, les mesures budgétaires sont, au contraire, nécessaires : sur l'offre, comme l'est l'instauration de mesures de chômage partiel, mais aussi sur la demande ce qui est moins le cas à présent : « Les options prises par l'Union européenne passent à côté du sujet central qui est celui d'une réponse budgétaire mutualisée afin de ne pas mettre en péril la soutenabilité de la dette des pays les plus fragiles ». Ainsi résume-t-il le débat : deux voies s'ouvrent à nous avec un choix politique majeur à formuler. « La première serait une demande explicite des Etats de monétiser le surplus de dettes, la seconde d'avancer avec ceux qui le veulent pour émettre conjointement de la dette nouvelle afin de financer à la fois les coûts de la réponse sanitaire immédiate, de la solidarité internationale qui sera nécessaire notamment envers l'Afrique et enfin un plan de relance massif une fois l'urgence sanitaire passée ».

Soit un choix entre renoncer entre l'indépendance de la banque centrale, un garde-fou que se sont mis les gouvernements pour s'interdire de céder aux sirènes de la planche à billets, ou renoncer à l'unanimité des Etats membres, soit un des ciments de l'histoire écrite depuis le traité CECA. Le principe d'un plan de relance massif semble être un acquis du conseil européen du 24 avril, sans que pour l'heure la question des dettes souveraines n'ait été tranchée.


Gaël Giraud appelle à un "quantitative easing for people"




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