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Michel Santi "Les Banques centrales sont les seules à détenir les clefs de la reprise économique..."

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Michel Santi "Les Banques centrales sont les seules à détenir les clefs de la reprise économique..."
© Harmattan

Il y a les économistes "classiques" et il y a Michel Santi. Cet expert indépendant d'origine franco-fuisse, adepte du keynésianisme et fraîchement débarqué de Miami, nous livre aujourd'hui sa perception de la crise économique, sans langue de bois. Gros plan sur un homme qui nous incite à percevoir différemment les failles de notre système...

Michel Santi, vous êtes économiste et conseiller indépendant pour plusieurs banques centrales, selon vous quelles sont les raisons qui expliquent la crise que l’on traverse actuellement en Europe ?

M.S : La crise européenne nous vient en droite ligne des pays anglo-saxons. C’est un héritage que nous devons aux excès spéculatifs des Etats-Unis et de la Grande Bretagne et plus particulièrement des Etats-Unis. Le grand déclencheur a été la crise des « subprimes » au printemps et en été 2007. Les subprimes était des prêts immobiliers accordés de manière indifférenciée à des débiteurs et acheteurs de maisons américaines. La finance souhaitait brasser un tel volume pour réaliser des profits substantiels qu’elle a fini par accorder des prêts immobiliers à des personnes qui n’étaient pas du tout qualifiées.

Un exemple. Il y a eu une opération, avant l’arrivée de la crise, que l’on appelait « NINJA» (ndlr : no-income-no-job-and-asset), affectée à ceux qui n’avaient ni job ni "d'incoms", aucun apport. L’ampleur de cette bulle est arrivée au point que même ceux qui n’avaient pas d’emplois, les chômeurs, étaient qualifiés pour obtenir un prêt qui était de 100% du prix de leur maison.

Des personnes à risques, sans qu’aucune précaution ne soit prise…

M.S : Oui pour la simple est bonne raison que le marché de l’immobilier n’arrêtait pas de monter et ceci car certaines banques ne rechignaient pas à accorder des crédits à toutes les personnes désireuses d’acheter une maison ou un appartement. C’était une bulle spéculative qui gonflait. Par exemple, une personne qui avait contracté un prêt de 100 000 dollars revenait voir son banquier deux ans après pour reprendre un crédit. L’appréciation du marché rentrait en ligne compte car les acheteurs arguaient que le bien valait désormais 140 000 et non plus 100 000 dollars. Il était normal, selon eux, que la différence leur soit prêtée. Sauf que cet argent était ensuite utilisé dans les biens de consommation courante (Iphone, tablettes numériques…).

Une bulle spéculative est arrivée avec du néant. Ensuite, les banques se sont revendues des prêts immobiliers entre elles. Elles effectuaient des paquets, puis elles coupaient ces paquets en titres et revendaient ces actions ou ces participations, d’une banque à l’autre. Aux Etats-Unis, mais également hors des USA. Ces prêts avaient une notation de" triple A," parce qu’adossés sur un marché immobilier américain considéré comme insubmersible. En finalité, des banques du monde entier ont proposé à leurs clients des produits risqués sans valeur réelle. Puis mécaniquement les intérêts sur ces prêts ont monté. Les prêts hypothécaires se sont faits plus rares car les taux d’intérêt étaient un peu plus cher et cela a fait implosé la bulle spéculative immobilière, avec pour résultat un effondrement du marché immobilier.


Les agences de notation ont une responsabilité évidente dans cette affaire…

M.S : Totalement, je pense qu’elles ont une grande responsabilité car elles sont totalement passées à côté de cette bulle manifeste et évidente. Le problème c’est que ces titres « subprimes » qui représentaient des montants importants, les banques du monde entier en étaient très friandes car leur marge bénéficiaire étaient très élevée. Elles arrivaient facilement à les vendre à leurs clients privés en affichant une sécurisation de triple A.

Ces titres «pourris» ou titres «zombis» se sont diffusés dans le monde entier. Quand le marché immobilier s’est effondré, les banques se sont retrouvées avec des pertes monumentales, bien que personne ne soit réellement capable de les estimer.
En 2008, le monde s’est réveillé avec un risque systémique très important et Lehman Brothers, très exposé sur ce marché, a fait faillite, car le gouvernement voulait fare un exemple.  

L’Europe et les banques européennes ont été très exposées. Surtout les banques allemandes, espagnoles ou portugaises.  La convergence européenne, souhaitée lorsque la zone euro s’est formé a crée également des problèmes. A titre d’exemple, le drachme grec valait un certain prix avant d’intégrer la zone euro. Le pays appliquait alors un taux d’intérêt corrélé avec cette monnaie. Lorsque la Grèce a intégré la zone euro, immédiatement ses taux d’intérêt ont chuté, entraînant des prêts plus conséquents.

Les gens étaient plus tentés d’emprunter à 3%, plutôt qu’à 6 ou 7% quelques mois auparavant.  Malgré des gardes-fous qui étaient les critères de Maastricht, les pays se sont mis en danger.  Puis subitement le Luxembourg, l’Allemagne et d’autres pays du centre européen se sont dit qu’il y avait de l’argent à gagner avec les pays périphériques, en Espagne, au Portugal puisque ces derniers étaient en plein développement économique.

Mais ces pays avaient déjà des problèmes structurels importants, ils ont donc alourdi considérablement leur déficit public et après l’annonce de la crise des « subprimes », ils se sont retrouvés à sec. C’est à partir de là que la crise européenne est arrivée.

De nombreux concitoyens ont critiqué la décision de nos Etats de renflouer les banques... Etes-vous de ceux qui pensent que la situation aurait été  pire en laissant les banques faire faillite ?

M.S : La question que nos dirigeants devaient se poser à cette époque était plutôt celle-ci : doit-on sauver les banques ou sauver l’économie ? Nos dirigeants ont eu l’obsession de croire qu’il valait mieux calmer la colère des marchés financiers pour que des pays comme la France puisse continuer à se financer à des taux très bas. Les banques allemandes ont été extrêmement exposées aux « subprimes », mais aussi les pays périphériques européens. C’était principalement les banques allemandes qu’il fallait sauver.

Peu à peu, nous avons constaté l’emprise de l’Allemagne sur la politique monétaire et sur les mesures que la Banque Centrale et que le Conseil européen devaient adopter. Ce sont les Allemands qui ont déclaré dès le départ qu’il fallait sauver les banques... car ce sont eux qui ont pris le plus de risques.

La question qu’il aurait fallu, selon moi, se poser n’était pas tant comment satisfaire les marchés financiers, mais plutôt comment faire en sorte que la consommation et que l’économie réelle européenne continuent de tourner même si on laissait en faillite deux ou trois banques. On constate au fil des mois et des années, par exemple en regardant du côté de la Banque fédérale américaine, que les planches à billets n’arrêtent pas de tourner, avec l’objectif affiché de mettre des rouages dans l’économie.


Mais cette activation de la planche à billets aux Etats-Unis n’est-elle pas en train de gonfler artificiellement le marché boursier, actuellement en hausse, alors que la situation de l’économie mondiale est au plus bas ?

M.S : Absolument, il y a une totale contradiction entre l’économie réelle et l’euphorie sur les marchés boursiers. Mais ce qui est à condamner ce n’est pas la création monétaire, car je suis persuadé qu’il faut créer des liquidités. Je suis keynésien dans mon approche. Aujourd’hui, il y a une rétention de ces fonds par les marchés financiers et nous assistons à l'émergence d’une bulle boursière sans aucune logique, alors même que les fondamentaux plaident le contraire. Je ne suis pas contre la création monétaire, mais à condition qu’elle aille vers les vrais acteurs de l’économie, c’est-à-dire les consommateurs et les entreprises.

CV : Vous êtes très critique à l’égard des Banques centrales, vous les comparez souvent à des équilibristes…

M.S : Je pense que les Banques centrales sont les seules à détenir les clefs de la reprise économique dont nous avons besoin. Je pense également qu’elles devraient être sous tutelle politique alors qu’elles se targuent souvent d’être indépendantes. Elles sont les seules à détenir ce pouvoir de changer les choses et nous en avons désespérément besoin. Elles détiennent un pouvoir « thaumaturgique », presque miraculeux. Nous ne pouvons pas laisser ce pouvoir à des personnes qui ne rendent de comptes à personne, ce qui était le cas de M.Trichet (ndlr : ancien dirigeant de la BCE, de 2003 à 2011) ou encore celui de Mario Draghi, alors qu’ils ont potentiellement une arme de destruction massive, qu’ils n’utilisent pas. C’est une arme que nous pouvons retourner contre la récession.


CV : Que pensez-vous de la politique économique actuellement menée par le gouvernement Français ? Pensez-vous qu'elle aille dans le sens d'une reprise ?

M.S : Sur le plan micro-économique, je pense que le pacte de compétitivité qui a été consenti est bon. Toutefois, il n’est pas assez massif. Pour pouvoir dérouler un effet positif, il aurait fallu passer à 35 milliards d’euros. De plus, il est trop éloigné dans le temps. Il aurait fallut immédiatement mettre en place des mesures d’aides aux entreprises et je pense que c’est erreur monumentale d’avoir augmenté la TVA car c’est très mauvais pour la consommation.

Je pars du principe qu’il faudrait dans le cas d’une crise aiguë telle que celle que nous la traversons, que l’Etat supprime les impôts. Cela peut paraître fantaisiste, mais je préconise dans l’absolu que l’on tende vers la diminution des impôts des entreprises et des particuliers. Mais comment faire alors que nous avons un objectif d’équilibre budgétaire à l'horizon 2017 ?

C’est là que normalement la Banque centrale devrait intervenir et faire tourner la planche à billets...







 

"Splendeurs et misères du libéralisme" - publié aux Éditions L'Harmattan

 

 






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