AccueilVie des entreprisesMeet & Start : l'agence matrimoniale des entrepreneurs

Meet & Start : l'agence matrimoniale des entrepreneurs

Affiches Parisiennes a rencontré Clément Lafargue, jeune entrepreneur de 22 ans, qui vient de lancer Meet & Start. Sa petite entreprise propose un concept unique, celui de mettre en lien des individus à la fibre créative afin de leur permettre de s'associer et de créer leur entreprise.
Meet & Start : l'agence matrimoniale des entrepreneurs
AP - Clément Lafargue, créateur de Meet & Start

EntrepriseVie des entreprises Publié le ,

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous nous présenter votre start-up en deux mots ?

Clément Lafargue : Meet & Start est une société qui a été créée pour faciliter l’entreprenariat, faire en sorte que tout le monde puisse ouvrir une entreprise.

A.-P. : Vous êtes jeune mais n’en êtes pas à votre premier essai...

C.L. : J’ai un profil un peu atypique. Je n’ai pas fait de grandes écoles ou d’école de commerce. Je suis passé par un an de fac en droit, en administration économique et sociale aussi, puis un an d’histoire, qu’à chaque fois je laissais tomber pour monter des projets. J’ai fait mes premiers pas dans l’entrepreneuriat à 16 ans, en développant un jeu en ligne grâce à mes connaissances en programmation informatique. J’étais dans la cigarette électronique en 2009, avant le boum du secteur. J’ai ouvert une SARL à Paris avec un associé Suisse, et en 2010 une filiale à Genève. Ca vendait pas mal à l’époque, mais pas assez pour continuer l’activité. La cigarette électronique était presque inconnue alors et permettait aux fumeurs d’arrêter, ou de fumer dans les lieux publics où c’est interdit. J’ai cette mentalité de vouloir toujours créer quelque chose. Quelque chose d’innovant qui puisse satisfaire des besoins de population.

A.-P. : Comment vous est venue l’idée de créer Meet & Start ?

C.L. : L’idée de Meet & Start, c’est un peu la même chose. Lorsque je me suis dit que j’avais envie de recréer une entreprise, je me suis demandé laquelle. J’ai commencé à vouloir récupérer les idées d’autres personnes. J’ai donc monté une plateforme web qui permettait aux personnes de venir donner leurs idées contre rémunération. Je me suis rendu compte que cela ne marchait pas car les créateurs souhaitent garder leurs idées pour peut-être monter leur entreprise un jour. J’ai aussi vu que toutes les études de l’APCE et de l’Insee estiment à 900000 le nombre de créateurs potentiels d’entreprises en France, là où il y a seulement 250 000 création de société, dont 53% coulent après quatre ans. L’idée a donc germé parce que je me suis aperçu qu’il y avait pas mal de personnes qui avaient des idées d’entreprise mais qui ne pouvaient pas les développer. Ils n’y arrivent pas que se soit à cause d’un manque de temps, d’argent ou d’accompagnement. Parfois, ils ont laissé tomber leur boulot, leur vie sociale ou même leur épargne pour essayer de monter leur projet, et se sont découragés. Je me suis dit qu’il fallait mettre en relation ces personnes pour qu’elles puissent se serrer les coudes. Chacun pourrait donner de l’énergie à l’autre pour avancer.

A.-P. : La CCI Ile-de-France a-t-elle été d’une grande aide dans votre projet ?

C.L. : Oui, pour l’apport du réseau surtout. Je suis entré à l’incubateur de la CCI avec l’idée de créer un questionnaire, de construire un algorithme, de faire matcher les personnes idéales entres elles, et ensuite de les aider à démarrer en leur proposant des partenaires. Cette idée a évolué lorsque j’y ai rencontré Alex Legrand.

A.-P. : Alex Legrand ?

C.L. : C’est une personne touche-à-tout, qui était à la base venu pour faire des interventions à l’incubateur. Il est extrêmement ouvert d’esprit, psychologue, coach d’entreprise, il a été dans les bracelets anti-moustiques et dans les questionnaires de ressources humaines entre autres. On s’est très bien entendu et il s’est intéressé à mon projet. Il m’a dit « pourquoi ne pas travailler ensemble ? Pas avec toi dans ton entreprise, mais t’aider à construire le questionnaire et t’apporter mes compétences. ». Ce grand amoureux d’entreprenariat se dit que si ça peut aider des personnes à créer leur entreprise autant le faire. Donc on s’est mis à travailler ensemble. Il a utilisé son réseau, dont Jocelyne Boucard qui est présente sur notre site internet, pour trouver plus de personnes dans les domaines des chasseurs de têtes, du coaching d’entreprise ou de la psychologie pure. Il a élaboré 80 % du questionnaire de Meet & Start et les pondérations des matching.

A.-P. : En quoi consiste le questionnaire de Meet & Start ?

C.L. : Le questionnaire est simple et compliqué à la fois. Parmi toutes les questions, chacune a un degré d’importance dans l’algorithme et, par rapport à ce degré, chacune des réponses possibles de chaque couple d’associés a un pourcentage de match comme un coefficient scolaire. Notre vocation est de créer des couples de personnes qui, le jour où elles vont matcher à 90 %, vont prendre un café ensemble pour discuter de leur projet, et au bout de dix minutes se dire « ahlala, pourquoi je n’ai pas connu cette personne plus tôt ! ».

A.-P. : Qu’est-ce qui vous différencie d’autres facilitateurs d’entreprenariat ?

C.L. : Là où l’on diffère un peu des autres sites est qu’on ne cherche pas à associer les personnes au profil marketeur ou manageur. On ne va pas associer non plus une personne qui a un projet et une personne qui a un million d’euros. On ne se contente pas de dire « on va mettre les deux ensembles et ça va faire un super truc ». On se dit que c’est très important mais que ce n’est que 50 % de l’algorithme. Les 50 autres % se retrouvent dans l’aspect personnalité de chacun. Ce qui est important est de savoir si l’on va s’entendre avec son associé, car monter sa start-up est une aventure, un mariage !

A.-P. : Pour que cela fonctionne il faut que vous rassembliez du monde sur votre plateforme, comment allez-vous faire ?

C.L. : On va nouer des partenariats, ce qu’on est déjà entrain de faire. Pour le moment, on en a de plusieurs types. En matière de visibilité, on a huit écoles de commerce dans le réseau, dont le groupe ESCP. Elles sont chargées de nous ouvrir leurs amphis pour sensibiliser les étudiants à l’entreprenariat, c’est la partie où on leur donne quelque chose. La contrepartie est qu’elles font circuler une note d’information à leurs étudiants pour nous lister en tant que partenaire facilitateur d’entreprenariat gratuit. Visibilité aussi à partir des demandeurs d’emploi, qui sont aujourd’hui 50 % des créateurs d’entreprises, via des accords avec Pôle emploi et le ministère du Travail. Notre cible principale est constituée des jeunes diplômés et des demandeurs d’emploi.

A.-P. : Est-ce compliqué de monter sa start-up à 22 ans ?

C.L. : Très honnêtement, non. Pour monter sa start-up, il faut du temps et de l’argent, et encore, pas forcément ! Aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir vivre des fonds issus de la vente de mon entreprise de cigarettes électroniques, et c’est vrai que si je ne les avait pas et que je voulais me lancer se serait beaucoup plus compliqué. Mais pour se lancer il ne faut pas grand-chose. Il faut surtout du culot, de l’envie et ne pas hésiter. Il y a des centaines d’aides qui existent que tout le monde ignore. On se dit aussi que juridiquement c’est compliqué, mais en vérité non, pas tant que ça. Franchement, comparé à la Suisse par exemple, il est beaucoup plus simple de créer son entreprise en France. C’est un calvaire en Suisse !

A.-P. : Comment vous-êtes vous financé ? Y a-t-il eu des financements extérieurs ?

C.L. : On s’est autofinancé pour le moment. Mais, peut-être que courant 2015 nous feront appel à des financements externes. Cela dépend de quelle manière on va se développer. Si on commence à faire des matching à succès, on compte continuer à développer l’idée de base, c’est-à-dire créer l’écosystème parfait pour qu’une personne lambda puisse monter son entreprise. Le but serait de faire une levée de fonds entre 30 000 et 100 000 euros histoire de tabler sur un volet communication, un volet export, un volet développement d’une plateforme base de donnée d’idées et un rachat ou développement d’une plateforme de crowdfunding.

A.-P. : Quel est votre projet pour l’avenir ?

C.L. : Demain, si Meet & Start fini par devenir un écosystème, dans un an et demi - deux ans, une personnes lambda pourra venir trouver un projet, un associé, des fonds et des partenaires, et repartir avec une création d’entreprise à la clé.

A.-P. : Quels sont les obstacles auxquels vous vous êtes confronté ?

C.L. : Il y en a beaucoup. Le plus dur est d’être persévérant face aux portes qui se ferment. C’est assez compliqué d’aller plus loin dans son projet lorsqu’on commence à avoir des mauvais retours, surtout au tout début. Exemple tout bête, lorsque j’ai voulu cibler les demandeurs d’emploi, j’ai appelé la direction régionale de Pôle emploi. J’ai essayé d’avoir un rendez-vous, de leur expliquer que je n’étais pas là pour ponctionner l’argent des chômeurs mais pour nouer un partenariat intéressant, et on m’a très violemment claqué la porte en disant que Pôle emploi ne souhaite pas nouer de partenariat avec des entreprises privées. J’ai alors du allé chercher sur Linkedin quatre membres du cabinet ministériel du Travail pour essayer de remonter encore plus haut que Pôle emploi. Ça a payé puisqu’aujourd’hui nous travaillons avec Pôle Emploi pour dynamiser la création d'entreprises en France ! L’autre obstacle est la question de la rémunération. Comment trouver des clients et des partenaires pour pouvoir se rémunérer de manière pérenne. Tous les obstacles peuvent être soit déplacés soit détruits si on a du culot.

A.-P. : Aujourd’hui, vous voyez-vous d’abord comme un entrepreneur ou un vecteur d’entreprenariat ?

C.L. : Je suis un entrepreneur et ma société est un vecteur d’entreprenariat. Très honnêtement, je suis entrepreneur avant tout, pour la simple raison que je suis une personne qui me lasse extrêmement facilement. Ca se voit, j’ai déjà changé trois fois de branche d’études sans aller plus loin que la première année ! En fait, je me suis dit que ce projet ne pourra jamais me lasser puisqu’il va me permettre de voir des centaines de projets défiler. Je me nourri de chaque projet que je souhaite lancer. Mon rêve serait de pouvoir recevoir personnellement chaque couple d’associés que Meet & Start a réuni.

Propos recueillis par Anne Moreaux

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?