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Medef Objectif Parité : « des dirigeants beaucoup plus réceptifs »

À la veille de la célébration des 10 ans de la loi Copé-Zimmermann du 27 janvier 2011 qui a instauré des quotas de femmes dans les conseils d'administration, et suite à l'annonce du Gouvernement de son extension aux instances dirigeantes des entreprises, le Medef a réuni un panel de chefs d'entreprise, les rédacteurs de cette loi et la ministre du Travail pour en débattre et faire avancer la question.
Medef Objectif Parité : « des dirigeants beaucoup plus réceptifs »

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« À l'époque, le Medef n'avait pas fait un accueil triomphal à la loi Copé-Zimmermann, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais très naturellement, l'ensemble des entreprises du CAC 40, puis du SBF 120, s'y sont mises et ont atteint le pourcentage demandé donc j'estime qu'il faudrait supprimer la loi puisqu'elle a atteint son but. Aujourd'hui, ce n'est plus une question d'obligation légale mais de bonne pratique », lance Geoffroy Roux de Bézieux en introduisant les débats.

« Ce n'est pas souvent qu'au Medef on célèbre l'anniversaire d'une loi ! C'est même une forme de mea culpa », plaisante-t-il.

De fait, malgré un accueil glacial, pour le Medef les quotas imposés par la loi Copé-Zimmermann ont permis un rééquilibrage femmes-hommes des conseils d'administration et produit des effets positifs pour les entreprises. Toutefois, comme le Gouvernement, le syndicat patronal se pose aujourd'hui la question de ce rééquilibrage dans les instances de direction des sociétés qui, à la différence des conseils, ne sont pas des instances régulièrement renouvelables, rendant inapplicable ce système de quotas.

Changement de mentalité

« Laurence Parisot était favorable à un taux de 30 %, Jean-François Copé était pour un taux de 50 % et je souhaitais un taux plus faible de 40 % pour qu'il soit plus accessible », témoigne la co-auteur du texte qui impose aux entreprises un seuil de 40 % de femmes dans les conseils d'administration.

« Les dirigeants sont beaucoup plus réceptifs à ces problématiques de parité aujourd'hui », se réjouit Marie-Jo Zimmermann. « C'est donc vraiment une réussite », ajoute-t-elle, en regrettant toutefois que l'article 8 de la loi ne soit pas vraiment respecté alors qu'il oblige les entreprises à faire des rapports sur la féminisation des conseils d'administration.

« Le Medef n'était pas un endroit très féminisé bien qu'il fût un des premiers syndicats à avoir une femme présidente avec Nicole Notat. Aujourd'hui, on est à plus de 30 % de femmes au comité exécutif et chaque commission est coprésidée par une femme et un homme. On s'est aussi fixé comme objectif la parité économique de 30 %, afin qu'il y est la même proportion de femmes au Medef que de dirigeantes d'entreprises françaises », précise le président du syndicat patronal mobilisé pour montrer l'exemple à ses membres.

Loi nécessaire

« Quand on a fait la loi, c'était une autre époque, vous n'imaginez pas les horreurs qu'on a entendues ! Je suis très heureux de voir la manière dont cette loi a finalement été acceptée au fil du temps et je partage avec Marie-Jo l'idée selon laquelle on mesure la modernité d'une société à la place qu'on réserve aux femmes », déclare fièrement Jean-François Copé, qui se réjouit que la France soit en tête en Europe et numéro deux dans le monde en la matière.

« Il y a évidemment un enjeu d'équité et de justice mais aussi et surtout un outil de bon management et de performance car la diversité est un facteur de richesse en entreprise », déclare Elisabeth Borne, ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion.

« Notre société est totalement machiste et la question de l'utilité des femmes dans les conseils d'administration n'a même pas lieu d'être ! », lance Jean-François Copé un peu excédé par les lenteurs structurelles et les plaidoyers d'excuses sur les avancées en matière de parité. « C'est pour ça que la loi est utile, car elle acte ceci comme un fait », explique son auteur.

« Objectivement, il reste une minorité d'irréductibles mais la très grande majorité des chefs d'entreprise sont convaincus. Toutefois, certains se heurtent à des obstacles opérationnels, notamment dans certaines filières comme l'industrie ou le BTP », confirme le président du Medef.


La co-auteur de la loi qui fête ses 10 ans, Marie-Jo Zimmermann, en visio pour débattre avec la ministre du Travail et le président du Medef.

Volonté d'aller plus loin

Le ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, a annoncé lundi 18 janvier, devant la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale, être favorable à l'instauration de quotas dans les entreprises pour favoriser l'égalité femme-homme dans le monde professionnel. Il a ainsi déploré que les comités de direction ne comptent que 17 % de femmes et s'est dit favorable à l'extension de la loi Copé-Zimmermann aux directions des entreprises (critiquée par certains car elle ne concerne que le secteur privé et pas la fonction publique).

Profitant de l'événement Medef Objectif Parité qui avait lieu le lendemain, le Medef déclare vouloir s'engager aux côtés des ministres du Travail et de l'Économie, dans un dispositif visant à promouvoir la place des femmes dans les comités exécutifs (comex) ou les comités de direction (codir) des entreprises.

Un projet de texte est en réflexion confirme Elisabeth Borne. « Le combat pour l'égalité professionnelle n'est pas gagné et je pense qu'il faut agir sur les deux plans : à la fois sur la question de la rémunération, c'est l'enjeu de l'index parité mis en place en septembre 2018, et sur la place des femmes dans les instances dirigeantes à travers la loi Copé-Zimmermann », explique la ministre du Travail.

Geoffroy Roux de Bézieux en profite pour lui proposer de « trouver un système opérationnel s'appuyant sur l'index de parité en entreprise qui n'a d'ailleurs pas posé trop de problèmes en pratique et a montré son efficacité ». Mieux encore, il se dit « prêt à travailler de concert avec la ministre pour aller vers plus de féminisation des instances dirigeantes ».

« C'est bien d'agir sur la composition des conseils d'administration mais il faut aussi agir sur l'ouverture des postes à responsabilité et aux plus hauts salaires aux femmes, il faudra donc compléter l'index », annonce Elisabeth Borne se disant « convaincue qu'il faut de la transparence » pour faire progresser la parité.

« Plus personne ne reviendra en arrière car c'est entré dans les mœurs et devenu un marqueur de leadership. Malheureusement, on ne peut pas avoir la même brutalité sur les comex que sur les conseils d'administration, il faut donc un plan avec un calendrier et un suivi pour arriver à l'égalité à terme. La vraie question est de savoir ce qu'on fait pour la suite », résume Jean-François Copé, avant d'ajouter « On ne doit rien lâcher sur l'inégalité dans les rémunérations à fonctions égales ! ».

Agir pour la parité, une question de pratique et d'ambition

Une table ronde réunissant un panel assez représentatif du tissu entrepreneurial français, composé des représentants d'une PME de transport, d'une ETI de services et d'un grand groupe industriel, a présenté les avancées en matière de féminisation des instances dirigeantes.

Le témoignage de la P.-D.G. d'une petite entreprise de transport qui embauche des femmes chauffeurs de poids lourds et qui souhaiterait en embaucher davantage montre bien les difficultés à féminiser ses équipes dans un secteur socialement masculin. Pourtant, « les femmes sont plus rapides et font moins de sinistres sur la route » et « ça offre un salaire assez élevé et beaucoup de souplesse et d'autonomie », explique celle qui se bat contre les préjugés. Mais le plus marquant dans son intervention et qu'elle admet avoir mis du temps à se faire accepter en tant que patronne, confirmant que la féminisation des postes de direction reste encore compliquée.

Aussi dans une entreprise d'un secteur à dominante masculine, Marie-Axelle Gautier, directrice des affaires publiques d'Eramet, grand groupe français minier et métallurgique, estime qu'il faut agir sur les processus RH structurants pour faire évoluer les choses. Elle cite ainsi la révision des contrats de travail, la promotion de la parentalité auprès des hommes, ou encore obliger les recruteurs à proposer des profils féminins, et aider à créer des parcours professionnels accessibles aux femmes dès le secondaire.

« Nous avons 23,8 % de manageures mais dans une société qui n'a que 19 % de femmes dans l'effectif global. Là où le bas blesse, c'est dans les comités de direction », témoigne-t-elle. « Notre P.-D.G. est une femme et sait aussi s'entourer de femmes, c'est un des role models qui montre qu'on peut faire carrière dans l'industrie », explique-t-elle en rappelant l'importance de renverser les stéréotypes genrés dès le plus jeune âge.

Plus chanceux, Charles Robinet-Duffo, président du groupe Henner, ETI de courtage en santé prévoyance qui affiche déjà 50 % de femmes au comex, explique qu'il a été facile pour son entreprise de respecter la loi Copé-Zimmermann et l'index de parité dans la mesure où son secteur est déjà féminisé.

« Nous avons toujours été un groupe assez féminin avec 75 % des effectifs car la protection sociale est un sujet historiquement porté par les femmes depuis les années 1950 ». « Pour nous, c'est une grande richesse d'avoir des femmes aux postes de direction », témoigne-t-il, tout en précisant qu'elles ne dirigent pas seulement les branches-métiers classiquement féminines comme les RH, mais aussi le digital et la stratégie d'innovation.

La parité en entreprise n'est donc pas une question de moyens humains et financiers mais surtout de pratiques et d'ouverture.

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