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Medef Île-de-France : Une année 2016 en demi-teinte

Le traditionnel «club de la presse» du Medef Île-de-France a permis à Éric Berger, son président, et à des entrepreneurs franciliens, représentant les grands secteurs de l'activité économique, de faire le point sur l'impact des sujets d'actualité de 2016, des intempéries aux mouvements sociaux, en passant par l'apprentissage et l'économie numérique…
Medef Île-de-France : Une année 2016 en demi-teinte

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Ce débat animé a permis aux chefs d'entreprise présents de tracer l'évolution de leur activité, à l'aune des difficultés conjoncturelles qu'ils affrontent au quotidien.

L'impact des intempéries

En préambule, Éric Berger est revenu sur les intempéries du printemps et leur impact sur l'économie régionale, notamment en Seine-et-Marne : « Cet épisode dramatique nous a permis d'attirer l'attention des Pouvoirs publics sur le fait que cette crue, si elle avait été beaucoup plus grave, l'Yonne venant, par exemple, se joindre aux débordements du Loing, le sinistre aurait été sans commune mesure. Une nouvelle crue centennale, similaire à celle de 1910, nous menace. Selon l'OCDE, elle entraînerait un sinistre de l'ordre de 30 à 40 milliards d'euros et six à huit mois d'arrêt de l'activité économique sur de nombreux territoires de l'Île-de-France. »

Selon les représentants du syndicat patronal, les entreprises ont été surprises par la montée des eaux. Elles ont pris des mesures de sécurité immédiates pour le personnel et une partie des biens matériels. Selon Éric Berger, le Medef est entré en action, particulièrement présent en Seine-et-Marne, en appelant un par un ses adhérents pour leur apporter toutes les aides possibles. Les présidents territoriaux du syndicat ont également été très présents avec la volonté de ne jamais laisser un chef d'entreprise seul dans cette situation où l'entreprise était en forte difficulté. Pierre Gattaz s'est déplacé pour faire un point de situation en Seine-et-Marne afin de récolter l'information sur le terrain. Comme l'a précisé Éric Berger, « notre réseau se devait d'être performant en de telles circonstances ».

Les rives de la discorde

Le débat s'est ensuite orienté vers un dossier sur lequel le Medef intervient depuis 2011, pointant inlassablement l'importance économique de la gestion des voies sur berges à Paris, a fortiori après la fermeture de la rive droite. Pour Éric Berger, « lors de la fermeture de la voie sur berge de la rive gauche, les automobilistes se sont assez vite habitués à prendre des itinéraires de contournement. Pour la rive droite, c'est très différent ».

Certains entrepreneurs présents à cette réunion connaissent bien le sujet. Ils ont confirmé les analyses des études diligentées par Valérie Pécresse, présidente de la Région, démontrant que cette fermeture a un impact important sur le trafic. Jean-Michel Dao, président-directeur général de Bonnet – secteur du bâtiment –, a apporté son témoignage : « Notre entreprise, située près de la Bastille, est extrêmement touchée par cette fermeture de la voie sur berge rive droite, lorsque nous travaillons dans le centre ouest de la capitale. Aujourd'hui, avec le peu de recul que nous avons, puisque la fermeture effective ne date que de fin août, nous estimons que nous allons perdre l'équivalent de 10 % de temps de travail. Nous payons donc des heures qui ne sont pas productives. Pour fixer les idées, l'entreprise Bonnet réalise environ 10 millions d'euros de chiffre d'affaires avec 45 salariés dont la masse salariale représente un peu plus d'un million et demi d'euros. Les 10 % de temps de travail perdu représentent donc pour nous 150 000 euros, en sachant qu'en 2015, nous avons péniblement dégagé 380 000 euros de bénéfice net. Pour nous, c'est donc considérable.

Par ailleurs, pour être en accord avec la politique de la ville de réduire la pollution de l'air, nous avons commencé à transformer notre flotte. Sur 30 véhicules, nous en avons actuellement deux électriques avec des résultats que je vais qualifier de moyens. »

Laurent Galle, président du groupe Noblet et président de l'OTRE Île-de-France – Organisation des TPE et PME du transport routier – a, lui aussi, abordé le problème des voies sur berges : « Nous avons deux dépôts, l'un à Marne-la-Vallée et l'autre à Saint-Quentin-en-Yvelines. Nos camions abordent donc Paris par l'A4 où nous constatons les conséquences directes de la fermeture de la rive droite avec une augmentation incroyable du trafic.

Nous sommes, par ailleurs, très impactés par les sujets de pollution. La mairie de Paris a annoncé qu'il y aurait zéro diesel dans la capitale en 2020. Cette décision va nous obliger à changer nos 60 camions pour passer au gaz ou à l'électrique. Pour l'instant, nous avons entamé la transformation avec les premiers 11 véhicules. Bientôt, 20 % de notre flotte roulera au gaz, une solution qui fonctionne très bien. Nous sommes naturellement pour moins d'émission de particules fines, de moins d'émission de polluants, mais nous voulons avancer pas à pas, de façon raisonnable. »

L'hôtellerie-restauration très impactée

Selon Jean-Pierre Chedal, président délégué aux relations interprofessionnelles et consulaires du Synhorcat, le secteur de l'hôtellerie-restauration subit, lui aussi, les dommages collatéraux de la fermeture des voies sur berge : « Un restaurateur est tributaire des transports pour son approvisionnement. Quand les livraisons tardent le matin, l'inertie sur la main-d'œuvre est forte. Par ailleurs, les difficultés de circulation dissuadent une partie des clients, surtout pour le service du soir. En ajoutant les conséquences des attentats de novembre 2015 et les intempéries, il est clair que ce secteur d'activité est largement contrarié. L'hôtellerie-restauration enregistre depuis six ou sept mois des baisses de chiffre d'affaires de l'ordre de 25 % avec une gestion au quotidien et un modèle économique extrêmement fragiles, très impactants en termes de coûts sociaux, de coûts matières et de recette moyenne par client. Vient se conjuguer à tout cela le développement de l'économie collaborative, avec des Parisiens qui louent leur appartement en franchise fiscale et en dehors de toute norme d'hygiène. Il y a cette année au tribunal de commerce de Paris une croissance de 13 % des mises sous surveillance d'entreprises de notre secteur d'activité, qui succède à une croissance de 10 % en 2015. La santé des entreprises est donc extrêmement pénalisée, avec en dommage collatéral la ressource fiscale de la ville de Paris qui va fondre ; un sujet dont nous devrions entendre parler dans les prochaines années. »

Dialogue et simplifications administratives

Au sein de l'entreprise, les collaborateurs ont aujourd'hui besoin d'information. Comme le souligne Victoria Pell, fondatrice et présidente d'Unatti, la société spécialiste du social learning via la pratique du mentoring, « Nous devons réengager le dialogue au sein de l'entreprise, y compris dans les PME. Je travaille avec des jeunes qui, à propos de la loi El Khomri, par exemple, ne savent pas vraiment de quoi il s'agit. Nous devons prendre en charge le travail d'information sur les sujets essentiels qui touchent l'économie. Même chose avec la sécurité. Les attentats ont marqué les collaborateurs. J'ai pris le temps de les appeler les uns après les autre, en permettant à certains, qui avaient peur de prendre le métro, de rester chez eux. Dans certains cas, il est inutile que le collaborateur se déplace, même si la loi ne le permet pas actuellement. Nous devrions faire évoluer les contrats de travail vers le télétravail. Sur un plan plus général, quand nous entendons parler de simplification administrative, nous ne sommes pas du tout dans le concret. Qui plus est, les lois liées au travail évoluent sans arrêt et demandent trop d'effort d'information de la part du chef d'entreprise ».

Yannick Hénaff, directeur général de Franklin France, groupe Sicame (protection foudre), était sur la même longueur d'onde : « Effectivement, on a l'impression que dans les TPE et les PME, le rôle le plus important est actuellement celui du responsable des ressources humaines, un poste qui n'existait pas auparavant dans les petites structures. Les lois changent tous les six mois. Elles nous obligent à réfléchir longtemps avant d'établir une fiche de paie. Nous sommes obligés de nous poser un tas de questions. Ce n'est pas notre rôle d'appliquer la politique du gouvernement, en revanche, nous devons nous y adapter et cela devient compliqué. Quand vous avez un contrôle Urssaf, c'est un coup de chance si vous vous en sortez sans problème. Le cadre réglementaire est tel que même sans avoir envie de frauder, il devient très difficile de rester dans une stricte légalité. Nous sommes sur un terrain trop mouvant. »

L'attractivité francilienne

Pour Éric Berger, « attirer des investisseurs et des entreprises de tous les secteurs en Île-de-France, notamment après le Brexit, oblige à endiguer l'instabilité fiscale permanente et l'inflation législative qui donne au code du travail des allures de millefeuille où viennent s'agréger les textes successifs. Le Medef Île-de-France est en première ligne sur ce dossier, mais aujourd'hui, personne ne nous écoute… Le gouvernement qui sera en place en mai prochain reviendra peut-être sur la législation du travail pour la clarifier. Il faut laisser les entrepreneurs gérer leur personnel, avec bien entendu des règles précises. Tout doit pouvoir se régler au sein de l'entreprise, qu'elle soit petite ou grosse, sans recours systématique à un responsable des ressources humaines. C'est un sujet sur lequel le Medef continuera à se battre pour essayer d'avoir une libéralisation du code du travail. Laissons les entrepreneurs entreprendre ! ».

La valeur travail

De son côté, Jean-Pierre Chedal a tenu à revenir sur la notion de “valeur travail” : « Cette notion a été un peu ringardisée. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. On s'aperçoit que l'apprentissage retrouve de la vigueur. L'exercice des métiers reprend son importance et les écoles d'excellence se développent, notamment dans nos spécialités dites “manuelles”. Je crois que les jeunes s'identifient parfaitement à cette évolution. Il ne faut pas avoir peur de parler de culture de métier, de modèle sociétal d'entreprise, d'ascenseur social au sein de l'entreprise. L'entreprise est un collectif qui met en place des compétences pour un intérêt commun. Nous avons un peu oublié cela, en France. En ce sens, nos métiers d'hôteliers, de restaurateurs, de cuisiniers, évoluent dans le bon sens. Avec cette évolution des mentalités, nous arrivons à la croisée des chemins. Nous sortons d'un état providence et nous devenons une société où les gens se prennent davantage en charge pour exercer des métiers de culture, d'industrie, de services… »

Sur cette notion « travail », Jean-Michel Dao - bâtiment - a, lui aussi, apporté son témoignage : « Notre métier exige quatre à cinq ans de formation. Je forme chaque année trois ou quatre apprentis. Au terme de ce cursus, nous les embauchons systématiquement à partir du moment où ils sont diplômés. Ces jeunes qui sont contents de travailler, ils en veulent et ils feraient volontiers des heures supplémentaires si nous en avions besoin. Tout cela est très positif. Au départ, ils nous arrivent sortant de troisième avec un niveau scolaire que je qualifierai de “minimal”. Nous parvenons à en faire de vrais techniciens qui peuvent évoluer. »

Vous avez dit « nouvelle économie » ?

Petit aparté sur les entreprises évoluant dans le secteur du numérique. Elles ne semblent toujours pas tentées de rallier massivement le Medef. Comme l'a confirmé Éric Berger, « Parmi nos adhérents en Île-de-France, nous n'avons pas de start-up. Dans le numérique, les entreprises restent très indépendantes, considérant qu'elles n'évoluent pas dans la même économie que la nôtre. Je pense, au contraire, qu'il n'y a pas une nouvelle économie et une économie de papa et de grand-papa, mais une seule dynamique dont les start-up en font bien entendu partie ».

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