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Présidentielle 2022

Marine Le Pen plaide devant les patrons

Ethic reçoit dans le cadre de l’élection présidentielle, l’ensemble des principaux candidats. Après Éric Zemmour, c’est Marine Le Pen qui est intervenue, dans le cadre d’un déjeuner-débat, elle y a détaillé ses mesures économiques phares.

Actualité Publié le ,

Àun peu moins de trois mois du premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen s’est rendue au Cercle de l’Union Interalliée, invitée par Ethic, pour y présenter son programme économique. Plusieurs de ses mesures ont suscité des interrogations des chefs d'entreprise. Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic, organisateur de l’événement, a même reconnu certaines qualités à la candidate d’extrême droite : « Je salue votre courage, car vous avez une conviction intacte. C’est ça qu’il faut absolument et ce sont deux qualités que vous avez » a-t-elle affirmé à l’issue des débats.

Dédiabolisation réussie

En introduction de la prise de parole de Marine Le Pen, Frédéric Dabi, analyste politique et directeur général de l’institut de sondage Ifop a fait le point sur la situation politique actuelle, en France. Il a rappelé que Marine Le Pen était actuellement donnée en deuxième position dans les sondages, donc potentiellement qualifiée pour le second tour de la Présidentielle. Si tout en restait là, comme en 2017, elle affronterait Emmanuel Macron. Selon lui, rien n’est joué dans cette élection. Les thèmes de la campagne ne sont pas encore clairement définis et beaucoup d’événements peuvent venir bousculer les sondages actuels :
« Les choses sont extrêmement volatiles, on n’est pas dans le cas de figure où le résultat de l’élection est prévisible trois, quatre, voire six mois avant le vote, comme en 1988 ou en 2007. Il y a une réelle incertitude pour 2022. » Frédéric Dabi estime que pour Marine Le Pen, le danger vient principalement de Valérie Pécresse et d’Éric Zemmour. La marge qui sépare la candidate du Rassemblement National de ces deux candidats est aujourd’hui très faible et sa qualification pour le second tour est loin d’être acquise. L’analyste politique a également mis l’accent sur un chiffre, celui de la crédibilité que les Français accordent à Marine Le Pen. Cette année, elle atteint 40 % de bonnes opinions, selon le baromètre Ifop Fiducial. Il s’agit du score le plus haut atteint par un candidat représentant le Front National ou le Rassemblement National. Il a également rappelé que sur une enquête publiée par TF1, 42 % des Français estiment que Marine Le Pen pourrait faire une bonne présidente de la République. Des chiffres qui montrent que la candidate a réussi à se “dédiaboliser”. Elle est désormais perçue comme les autres candidats à la présidence de la République. Elle apparaît aux yeux de beaucoup de Français comme une modérée, par rapport à Éric Zemmour notamment. Cette “normalisation” lui vaut d’ailleurs d’être actuellement lâchée par plusieurs de ses cadres et de ses soutiens, comme l’avocat Gilbert Collard ou encore Damien Rieu, qui ont fait le choix de rejoindre le polémiste.

Retraite à 60 ans, pas d’impôts pour les moins de 30 ans…

Le déjeuner-débat tournait principalement sur le programme économique de la candidate, elle a ainsi détaillé ses principales mesures. Concernant les retraites, la ligne du Rassemblement National n’a pas bougé depuis 2017. Marine Le Pen propose toujours de ramener l’âge légal du départ à 60 ans. Interrogée par Sophie de Menthon sur le financement de cette mesure, la candidate botte en touche : « Je dois présenter ma réforme des retraites dans quelques semaines, je ne vais pas vous la faire ici. »

Autre mesure phare proposée par le parti d’extrême droite, l’exonération totale des impôts pour tous les moins de 30 ans : « Je souhaite exonérer d’impôts pendant cinq ans toutes les entreprises créées par les jeunes de moins de 30 ans. Je veux que nos jeunes entrent sur le marché du travail comme salariés ou comme entrepreneurs. Il faut qu'ils arrêtent de penser à partir travailler à l'étranger. C'est aussi la raison pour laquelle j’exonérerais d'impôts sur le revenu les moins de 30 ans. » On peut cependant s'interroger sur la validité constitutionnelle d'une telle mesure. »

A propos du Smic, la candidate ne souhaite pas l’augmenter, elle estime qu’il s’agirait d’une contrainte difficilement surmontable pour le patronat : « Augmenter le Smic, c’est enfoncer la tête sous l’eau à des entreprises qui aujourd’hui ont juste le nez au-dessus de la surface » a expliqué la candidate. Elle préfère la mise en place d’un « contrat d’entreprise ». Grâce à ce dernier, les entreprises qui accepteraient d’augmenter de 10 % les salaires jusqu’à trois fois le Smic, verraient les cotisations patronales gelées à hauteur de l’augmentation de salaire accordée.

Marine Le Pen a également opposé les grands groupes aux petites et moyennes entreprises et réafirmé son soutien absolu aux travailleurs indépendants, pricipales victimes selon elle, de la politique de l'Union européenne.

© AP

Refonte de Pôle Emploi, lutte contre le travail détaché…

Après les questions de fiscalité et de salaires, celle du chômage est arrivée au cœur du débat. Là encore, quelques désaccords sont apparus entre la candidate du Rassemblement National et les membres d'Ethic. Tout d’abord sur le constat. Marine Le Pen affirme que le chômage n’a pas baissé : « Le chômage de catégorie A est en baisse, pas celui des catégories B et C. Ce sont aussi des personnes en recherche d’emploi ». Un constat contesté par Sophie de Menthon : « Vous dites que le chômage est en hausse, je suis désolée, mais non, il est en baisse. Le problème des entreprises est actuellement de trouver des salariés. » L’une des causes du chômage serait selon la candidate, « le recours aux travailleurs détachés » qui remplaceraient les travailleurs français. Pour Marine Le Pen, quand un secteur commence à embaucher des travailleurs détachés, l’ensemble de la branche est impacté. « Nous avons créé une forme de concurrence déloyale sur le territoire. Cela représente une perte de cotisations sociales colossale. […] Il s’agit presque d’une trahison envers les travailleurs français qui attendent de travailler. » La candidate a ensuite attaqué le dispositif Pôle Emploi qu’elle juge totalement inefficace :
« On demande aujourd’hui au demandeur d’emploi ce qu’il souhaite faire. Il faudrait plutôt demander aux entreprises ce qu’elles recherchent et trouver dans les profils des demandeurs qui correspondent aux postes. »

« Un clandestin ne pourra plus être régularisé »

Même si une grande partie du débat était axée sur les questions économiques, lorsque Marine Le Pen s’exprime, il est difficile de passer à côté du sujet de l’immigration. Sans surprise, la candidate du Rassemblement National a réaffirmé qu’à ses yeux, l’immigration était incontrôlée et qu’il fallait beaucoup plus de fermeté. Si elle était élue, elle affirme que plus un seul clandestin n’aurait la possibilité de voir sa situation régularisée. Cette fermeté est totalement assumée : « Il faut un discours clair, avec des règles claires. Ils (les clandestins) pourront les trouver injustes, mais elles seront appliquées. Un clandestin ne pourra plus être régularisé, il faudra qu’il reparte chez lui. »

Autre proposition “anti-immigration” portée par la candidate, tout étranger au chômage ne trouvant pas d’emploi dans l’année qui suit, devra retourner dans son pays d’origine. Éric Zemmour propose également une mesure de cet ordre, ne laissant que six mois aux chômeurs étrangers pour retrouver un emploi.

« Vous me faites penser à un Mélenchon féminin »

Après l’exposé de son programme, Marine Le Pen a répondu aux questions de la salle. Un intervenant a attaqué la candidate sur sa politique vis-à-vis des entreprises, la qualifiant de « Mélenchon au féminin ». Il lui a notamment reproché sa critique des normes européennes, ainsi que sa politique, selon lui « trop contraignante », pour les chefs d’entreprise. Cette comparaison avec le candidat de La France Insoumise a fortement agacé Marine le Pen qui a réagi : "Cette comparaison me suit comme le sparadrap du capitaine Haddock". Sur le fond, la candidate a répondu que son objectif premier était de recréer de l’emploi en France : « Moi, ce que je veux, c'est créer de l'emploi. Toutes les mesures que je vais mettre en œuvre ont vocation à recréer de la richesse, donc de l'emploi, entraînant la baisse les cotisations... »

Marine Le Pen était la deuxième candidate à la présidence de la République à venir se confronter aux membres d'Ethic, elle sera suivie, dans les semaines à venir, par Valérie Pécresse et l’écologiste Yannick Jadot.

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