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Marie-Aimée Peyron : "l'Ordre, c'est vous !"

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Marie-Aimée Peyron : "l'Ordre, c'est vous !"
© DR - Marie-Aimée Peyron et Basile Ader lors de la passation solennelle du bâton de l'ordre des avocats du barreau de Paris.

Marie-Aimée Peyron est le 220e bâtonnier de Paris et seulement la 3e femme à diriger le plus grand barreau de France, fort de ses 28 000 avocats. Elle a pris ses fonctions le 1er janvier pour un mandat de deux ans.

Affiches Parisiennes : Quels sont les grands sujets qui marquent le début de votre mandat ?

Marie-Aimée Peyron : La priorité de notre bâtonnat est de réformer et de moderniser l'Ordre, en mettant la clarté en place. Avec le vice-bâtonnier Basile Ader, nous souhaitons fixer des règles objectives, connues de tous, notamment en permettant à chacun de candidater pour les missions de l'Ordre qui sont des délégations du bâtonnier.

Nous voulons, par ailleurs, réconcilier tous les avocats avec leur barreau. Pour ce faire, nous serons vraiment les avocats des avocats en allant vers les confrères et les cabinets à travers des rencontres et des rendez-vous qui ont déjà commencé. Nous avons toujours les réunions de colonnes, l'un des lieux d'information de la profession, mais les avocats viennent plus rarement au Palais. Notre slogan est vraiment “l'Ordre, c'est vous !” Voilà la première priorité.

La deuxième priorité est l'installation du nouveau Palais de justice. Nous devons faire en sorte qu'elle se déroule du mieux possible pour tous les avocats. Nous avons déjà beaucoup communiqué avec le président du TGI de Paris, Jean-Michel Hayat, le procureur de la République de Paris, François Molins, et le procureur de la République financier, Eliane Houlette, sur le futur fonctionnement du palais, à travers tous les détails pratiques. Nous les remercions pour leur écoute attentive.

A.-P. : Il y a également la Maison des avocats qui sort de terre...

M.-A. P. : Oui. Elle ouvrira ses portes en 2019. Rappelons que nous n'avons que 230 m2 en espace toques-vestiaires dans le nouveau Palais de justice. Il nous faut donc nécessairement cette Maison des avocats dont la construction a débuté.

Cette dernière devra être au service des avocats et de leurs clients. Nous allons y structurer un business center et des salles de travail partagées où il sera possible à nos confrères d'organiser des rendez-vous ou d'imprimer des conclusions. Les deuxième et troisième étages ont été restructurés en ce sens.

"Le bâtonnier et le vice-bâtonnier sont les avocats des avocats"

Nous souhaitons également une “bibliothech”, c'est-à -dire une bibliothèque totalement connectée. Nous allons également abriter l'incubateur du barreau de Paris dans cette maison qui va notamment répondre à deux autres exigences majeures : le numérique et la formation des avocats au numérique.

En attendant, l'incubateur du barreau va prendre ses quartiers à l'Ecole de formation des barreaux où nous allons parallèlement créer le “Lab EFB”, pour les élèves-avocats.

A.-P. : Vous avez donc également revu le programme pédagogique de l'EFB ?

M.-A. P. : Bien entendu, l'EFB fait également partie de nos priorités. Nous avons déjà effectué une refonte intégrale du programme de l'école, de façon à avoir exclusivement une formation professionnalisante. Nous avons supprimé près de 100 heures de cours magistraux qui reprenaient les grandes lignes du cursus universitaire. Tous les enseignements sont à présent mis en place sous un angle extrêmement pratique.

Nous y avons travaillé avec Aliénor Kamara-Cavarroc qui devient responsable pédagogique de l'école. Pierre Berlioz en est le nouveau directeur. L'ancien vice-bâtonnier Laurent Martinet, pour sa part, prend en charge l'international et Emmanuelle Hoffman, AMCO, l'organisation des événements.

Enfin, le bâtonnier du Val-de-Marne, Annie Koskas, et le vice-bâtonnier, Basile Ader, s'occupent de la refonte de la déontologie, avec la mise en place d'une véritable norme ISO – nous avons plus de 6 000 avis déontologiques à rendre chaque année. Ce nouvel enseignement est pour nous un signe extrêmement fort. Nous voulons en effet un retour à la confraternité, le respect des règles qui passe naturellement par leur enseignement.

Le numérique fait également partie des nouveautés enseignées à l'EFB. L'enseignement va être confié à des avocats qui ont conçu leur propre plateforme et à des spécialistes des legaltechs. Nous souhaitons néanmoins que ces dernières soient à 51 % sous contrôle d'avocats. Rappelons que les confrères sont les seuls à avoir une assurance responsabilité civile professionnelle, des règles déontologiques et des compétences pour conseiller les justiciables. Il faut savoir que selon les études, un avocat sur deux s'intéresse déjà au numérique ; et un sur deux n'est pas encore formé. Nous voulons mettre à leur disposition des outils. La profession doit être force de proposition dans ce domaine.

A.-P. : L'EFB fera non seulement de la formation initiale, mais aussi de la formation continue ?

M.-A. P. : Nous avons les commissions ouvertes et l'Ordre dispense déjà des formations dans le cadre de la formation continue, ce que nous maintenons et que nous allons revoir et développer.

"Nous voulons que tous les avocats s'emparent du numérique"

En revanche, nous mettons également en place des formations spécialisantes à l'EFB, dans le cadre de la formation continue. Ce type de formation sera payante. Nous allons également mettre en place des formations pour les articles 98, 99 et 100 du décret du 27 novembre 1991.

Nous voulons par ailleurs développer l'ouverture à l'interprofessionnalité, l'ouverture aux autres professionnels du droit, faciliter les passerelles... Bref, nous devons être présents sur tous les nouveaux champs d'activité qui intéressent notre profession.

Nous voulons des avocats entrepreneurs, notamment à l'international avec la multiplication des échanges. Nous allons aider les jeunes avocats et les cabinets français qui veulent se développer au-delà de nos frontières.

A.-P. : Dans l'aspiration de l'association « Paris Place de droit » ?

M.-A. P. : « Paris Place de droit » doit tenir une place plus grande encore. Paris doit se doter d'une véritable juridiction internationale permettant de résoudre des litiges internationaux dans le contexte du Brexit.

Nous collaborons à l'organisation d'une Chambre commerciale internationale au sein de la Cour d'appel de Paris. Sous l'égide du ministère de la Justice, nous participons actuellement à la préparation des protocoles de création avec la Cour d'appel de Paris et le Tribunal de commerce de Paris.

Nous voulons renforcer encore la place de droit de l'arbitrage et des modes alternatifs du règlement des litiges et du numérique. Nous sommes déjà l'un des premiers barreaux européens, nous voulons donc que Paris prenne toute sa dimension internationale dans le domaine du droit.

On dit souvent que je suis la troisième femme bâtonnier, mais je suis surtout la première femme bâtonnier issue d'un cabinet d'affaires international. Je souhaite donc vraiment donner cette impulsion, cette dynamique, sur la valeur économique du droit. Le droit permet de créer des emplois. Il permet même aux avocats d'aider leurs clients à se développer à l'international.

Marie-Aimée Peyron et Basile Ader © DR

A.-P. : Vous allez donc perpétuer les Campus à l'étranger qui ont émaillé les précédents bâtonnats ?

M.-A. P. : Je vais continuer ces Campus en revoyant leur financement et en mettant en place des partenariats. J'aimerais également faire des Campus à thèmes, notamment sur l'arbitrage – Paris est le premier centre d'arbitrage dans le monde – et sur le numérique.

Nous voulons absolument développer cette dynamique et être force de proposition. Pour cela, nous venons de créer l'Atelier du barreau de Paris axé sur les trois “R” – réflexion, recherche, rédaction.

Nous n'allons plus seulement être en réaction des textes qui nous sont proposés par la Chancellerie ou le Gouvernement, nous allons aussi donner l'impulsion sur des sujets comme l'acte d'avocat exécutoire et les chantiers de la Justice lorsque les rapports vont paraître au 15 janvier. A chaque fois que cela sera nécessaire, avec des avocats experts, des spécialistes, des professeurs de droit, nous allons être force de proposition.

A.-P. : Cet atelier est proche de la commission affaires publiques ?

M.-A. P. : Nous maintenons bien évidemment la commission affaires publiques, en créant un échelon supplémentaire de réflexion avec l'Atelier du barreau de Paris qui travaillera en étroite collaboration avec la commission des affaires publiques et avec la nouvelle commission du Conseil national des barreaux, composée de nos élus du CNB. Vous connaissez mon attachement à cette institution où j'ai assuré plusieurs mandats.

Mon idée est de voir nos élus au Conseil de l'Ordre de Paris et nos élus parisiens au CNB travailler de concert dans les commissions pour être, tous ensemble, forces de proposition et que nous parlions d'une seule voix. Je pense qu'il faut mettre un terme à la cacophonie entre les différentes instances professionnelles, que les avocats ne comprennent pas et dont les Pouvoirs publics sourient.

My-Kim Yang-Paya sera la secrétaire de cette nouvelle commission du CNB. Avec Arnaud Gris, qui est aussi membre du Conseil de l'Ordre et du CNB, ils seront les relais avec les élus ordinaux parisiens au CNB, membres de droit de cette commission.

A.-P. : Travailler ensemble... également avec la Conférence des bâtonniers ?

M.-A. P. : Bien entendu. J'ai travaillé pendant trois ans au bureau du CNB avec Jérôme Gavaudan, le nouveau président de la Conférence des bâtonniers. J'ai pour lui la plus grande estime. Il sait qu'il peut compter sur la solidarité des avocats parisiens, notamment concernant les réflexions en cours sur la carte judiciaire.

Nous sommes actuellement, en quelque sorte, sur un alignement des planètes, non seulement avec la Conférence des bâtonniers, mais aussi avec Christiane Féral-Schuhl qui vient de prendre la présidence du CNB. Avec elle, nous allons démontrer que nos enjeux sont communs, de l'évolution de l'exercice de la profession au numérique.

A.-P. : à ce propos, vous avez également créé la commission “Réforme et modernisation”...

M.-A. P. : En effet, au vu des événements survenus cette année au barreau de Paris, il nous a paru nécessaire de faire des propositions de réforme, tant en ce qui concerne les missionnés que les élections, la discipline, la place du plaignant, la communication...

Les services de l'Ordre constituent sa profonde richesse. Nos confrères ne les connaissent et ne les utilisent pas assez. Nous avons, par exemple, la Ligne bleue, grâce à laquelle des avocats et des professionnels de santé peuvent répondre aux avocats en difficulté.

Elle reçoit actuellement deux ou trois appels mensuels. Il est évident que nous allons la promouvoir et la transformer en “ligne SOS Avocats” afin d'en intensifier l'usage.

A.-P. : Vous avez évoqué votre attachement à l'interprofessionnalité, comment allez-vous organiser votre action en la matière ? Quelle sera, par ailleurs, votre position vis-à-vis du statut des juristes d'entreprise ?

M.-A. P. : Vous savez qu'à titre personnel, je me suis engagée comme signataire fondateur de « Tous Droits Devant » le think & do-tank dont la création a été annoncée à l'issu du 1er Grenelle du Droit organisé par l'AFJE et le Cercle Montesquieu.

Je suis pour la création de la grande profession du droit. Le droit est partout, les avocats doivent donc être partout. Je suis extrêmement favorable à l'avocat en entreprise dont il faudra définir le cadre. J'ai été élue en le disant haut et fort. Je suis également pour l'interprofessionnalité. Les avocats doivent se rapprocher des notaires et des autres professions réglementées.

Plus nous intervenons dans nos domaines de compétence, meilleur est le service aux citoyens. C'est cette qualité du service qui doit compter. Lorsque nous nous battons, ce n'est pas uniquement pour notre profession. C'est aussi pour la liberté. Quand on défend le secret professionnel, ce n'est pas l'écoute de l'avocat qui est en jeu, mais celle du justiciable.

Nous sommes les garants des libertés fondamentales. Une fois encore, le bâtonnier et le vice-bâtonnier doivent être les sentinelles du droit et des libertés. Bien sûr, nous ne pourrons pas tout faire en quelques mois, mais nous avançons avec nos feuilles de route, méthodiquement, thème par thème, étape par étape.

A.-P. : Vous vous êtes aussi engagée sur la condition des femmes avocats au sein des cabinets...

M.-A. P. : C'est la grande cause de mon bâtonnat. Je veux faire sauter le plafond de verre. J'ai été la quatrième femme présidente de l'UJA de Paris. Aujourd'hui, c'est tout à fait naturel que des femmes se succèdent à la tête de ce syndicat. à Paris, nous sommes à 54 % un barreau féminin. Nous devons absolument lutter contre la disparité des rémunérations.

Au barreau de Paris, en moyenne, les femmes gagnent 50 % de moins que les hommes dans les cabinets. C'est totalement anormal. Elles travaillent tout autant, à compétences égales. Cette discrimination sera la plus difficile à combattre. Il faut également mettre un terme aux mauvais traitements, dans le cadre de la collaboration libérale, et au licenciement abusif des femmes qui annoncent leur future maternité.

Notre programme de campagne est très clair sur ce point. J'ai toujours dit qu'élue, je poursuivrai les agissements inadmissibles. Ces décisions ne relèvent pas uniquement de la conciliation mais doivent également faire l'objet de sanctions disciplinaires.

Parallèlement, concernant les congés maternité, l'Ordre met en place une avance de trésorerie pour les cabinets qui en ont besoin et qui en formulent la demande. Nous allons par ailleurs promouvoir le télétravail.

A.-P. : Vous allez également mettre en place un référent collaboration ?

M.-A. P. : Ce référent collaboration, en fonction à l'Ordre depuis le 2 janvier, va pouvoir être appelé ou rencontré par les collaborateurs, anonymement ou non, de façon à faire part des difficultés qu'ils rencontrent, que ce soit pour maltraitance, non-respect du contrat de collaboration ou tout autre problème.

A.-P. : Au regard de l'importance des missions que vous vous assignez, seriez-vous favorable à l'extension de la durée du mandat du bâtonnier et du vice-bâtonnier de Paris ?

M.-A. P. : Nous allons mettre toute notre énergie pour faire avancer rapidement les dossiers. Je sais que notre programme est ambitieux, mais l'année de dauphinat nous a permis de préparer une série de mesures applicables immédiatement. Pour l'EFB, par exemple, tout est prêt. La réforme pédagogique a été déposée le 30 juin dernier à la commission formation du CNB. La nouvelle direction est en place. Nous finalisons la rentrée du 11 janvier, avec Jean-Michel Darrois comme parrain de la promotion 2018-2019.

Nous en sommes très fiers, car c'est l'image que nous souhaitions donner à ce barreau ; un barreau fort, un barreau ouvert, précurseur. Jean-Michel Darrois est le père de l'acte d'avocat. C'est l'un de ceux qui prônent cette grande profession du droit qu'il a commencé à structurer dans son fameux rapport.

C'est ce barreau entrepreneurial que nous appelons de nos vœux, bien entendu sans oublier l'importance des barreaux pénal et civil ; ces activités traditionnelles qui doivent être défendues et assistées. A ce titre, avec Basile Ader, nous mettons en place le service “SOS droit de la défense” où intervient le groupe des “12 samouraïs”, comme nous l'avons baptisé. Six anciens membres du Conseil de l'Ordre et six membres en exercice s'y impliquent et répondront présent à nos côtés pour défendre les droits de la défense en toutes circonstances : respect du secret professionnel dans le cadre des écoutes, dépôt de plainte à chaque atteinte à ce secret, respect des conditions de travail dans le cadre des permanences, formuler des propositions de nouveaux financement de l'aide juridictionnelle...

Encore une fois, pour moi, le bâtonnier et le vice-bâtonnier sont les avocats des avocats.

Pour en revenir à votre question, il convient donc d'ajouter cette année de dauphinat – nos très bons rapports avec Frédéric Sicard et Dominique Attias nous ont permis d'avancer très rapidement – aux deux ans de mandat de bâtonnier.

Il faut également prendre en compte l'année de campagne ! Travailler pendant deux années à temps plein avec la volonté de demeurer avocat en exercice à l'issue du mandat, en intégrant l'année de campagne et celle de dauphinat, me paraît suffisant...

A.-P. : Un certain nombre d'avocats continuent à penser que l'Ordre de Paris est une manière de sérail inaccessible. Pensez-vous que l'arrivée dans le nouveau Palais de justice et dans la nouvelle Maison des avocats va faire évoluer cette vision ?

M.-A. P. : Pour moi, c'est fondamental ! C'est la raison pour laquelle nous mettons en place le business center et les espaces de coworking. C'est cette ouverture, ces outils et ces services qui permettront aux avocats de mieux comprendre notre travail et améliorer l'image de l'Ordre.

Nous voulons aussi réaffirmer aux avocats, à travers des décisions symboliques – comme par exemple celle de tirer au sort un avocat pour la sélection des missionnés –, que “l'Ordre, c'est vous”. Nous voulons que disparaisse ce sentiment “d'entre soi” qui est encore trop souvent ressenti. à nous de mieux communiquer notre implication de tous les instants.

Nous avons d'ailleurs demandé aux membres du Conseil de l'Ordre de rendre compte de leur travail au quotidien sur les réseaux sociaux. Nous voulons un barreau participatif. Que nos confrères avocats nous disent ce qu'ils souhaitent, ce dont ils ont besoin. Nous sommes à leur service et avec eux au service de tous les justiciables.




Anne MOREAUX
Journaliste

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