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Marie-Aimée Peyron et Basile Ader : Une voix pour tous les avocats

Marie-Aimée Peyron et Basile Ader sont candidats à l'élection au bâtonnat et au vice-bâtonnat. Forts de leur expérience au Conseil de l'Ordre et au CNB, ils multiplient les propositions et les engagements répondant aux urgences de la profession : formation professionnalisante, respect de la discipline, défense de la collaboration libérale et des collaborateurs... Ils souhaitent, par ailleurs, avoir une institution économe, au service de tous.
Marie-Aimée Peyron et Basile Ader : Une voix pour tous les avocats

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Affiches Parisiennes : Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

Marie-Aimée Peyron : Lorsque j'ai prêté serment en 1989, j'étais salariée du cabinet Thomas et Associés. Je suivais mes études d'avocate tout en travaillant. Jean-Bernard Thomas était à l'époque président de l'Acavi – association des avocats d'affaires à vocation internationale – qui donnera naissance à l'ACE – Avocats conseils d'entreprises. Une associée de ce cabinet, Janine Franceschi-Bariani, était, quant à elle, présidente de la FNUJA. Éric Boyer et Jean-Marie Leloup, mes deux parrains avocats, sont d'anciens présidents de la FNUJA. D'autres avocats, comme Rémy Douarre et Francis Teitgen, m'ont aussi amené à adhérer tout naturellement à l'UJA de Paris.

Très rapidement, j'y ai pris des responsabilités. C'est là que j'ai rencontré Basile Ader. Il était alors 12e secrétaire de la Conférence et moi secrétaire de l'UJA. Le bâtonnier Flécheux avait coupé les vivres de la Conférence, mettant en péril la soirée du jeune barreau. Basile était venu nous voir en proposant l'organisation de cette soirée en partenariat avec l'UJA de Paris. Nous avons ainsi inauguré d'excellentes relations entre les jeunes des deux institutions.

J'ai présidé l'UJA de Paris en 1995 et 1996, avant de devenir pendant deux ans vice-présidente de la FNUJA. Au moment de la création du deuxième Conseil national des barreaux, en 1997, j'ai été élue sur le collège général, tête de liste de l'UJA de Paris. J'ai ensuite été pendant deux ans secrétaire du Conseil de l'Ordre, sous le bâtonnat de Paul-Albert Iweins, et un an secrétaire de la déontologie, sous celui de Jean-Marie Burguburu. J'ai ensuite assuré un mandat de membre du bureau et un mandat de vice-présidente du Conseil national des barreaux. J'en suis actuellement la secrétaire générale.

Cette expérience du barreau m'amène à inscrire dans notre programme un certain nombre de propositions et d'engagement. Je suis, en effet, convaincue que le barreau de Paris doit être force de travail et de proposition au sein du CNB, de façon à ce que les avocats parlent d'une seule voix. Parallèlement à ce parcours extraprofessionnel, j'ai été associée au sein de la SELARL Haussmann et Associés en 1998. Nous avons ensuite constitué un cabinet européen en nous associant avec le cabinet anglais Hammonds, des cabinets italiens et des cabinets espagnols et avons constitué un cabinet européen. Squire Sanders présent dans les autres pays du monde s'est alors rapproché de nous pour constituer un cabinet de dimension mondiale. Nous sommes aujourd'hui Squire Patton Boggs, puisque Patton Boggs nous a rejoints dernièrement avec le Moyen-Orient. Nous avons ainsi changé sept fois de nom en sept ans. J'y suis en charge du département contentieux-arbitrage, composé de quatre associés et 12 collaborateurs. Mon cœur de métier d'origine est le droit social. Je me suis pris de passion pour le contentieux au CRFP – Centre régional de formation professionnel. L'arbitrage fait également partie de mes centres d'intérêt.

Basile Ader : Pour ma part, je suis avocat depuis 1987. J'ai été collaborateur d'Henri Leclerc au début de mon exercice professionnel. Je faisais surtout du pénal. J'ai fondé la revue Légipresse qui a orienté mon activité vers le droit des médias et de la propriété intellectuelle. Je continue néanmoins une activité de pénaliste. J'enseigne ces matières à l'école de journalisme (IPJ), après l'avoir fait en faculté et à l'EFB. Je suis aussi expert pour le Conseil de l'Europe. J'ai assuré de nombreuses missions à la fin des années 1990 et au début des années 2000, dans tous les pays qui rejoignaient le Conseil de l'Europe. Il fallait s'assurer que la législation des pays entrant dans l'Union était conforme à l'article 10. J'ai assuré la formation de juges et j'ai rencontré de nombreux journalistes de l'ex-bloc soviétique. Je suis également allé en mission en Turquie et en Serbie. En 1993, j'ai été 12e secrétaire de la Conférence, qui est en fait le troisième dans l'ordre de préséance, chargé des finances – mon Premier secrétaire était Arnaud Montebourg. Au terme de cette année formidable au cours de laquelle j'ai lié des amitiés pérennes, j'ai créé la troupe “Conférence et Compagnie” qui joue chaque année un spectacle pendant une semaine devant 1 500 à 2 000 personnes, au profit d'une œuvre caritative.

J'ai ensuite été membre du Conseil de l'Ordre, sous les bâtonnats successifs de Jean Castelain et de Christiane Féral-Shuhl. J'ai été délégué à l'autorité de poursuite, et en charge de plusieurs commissions de déontologie, comme les conflits d'intérêts et le secret professionnel.

« Les atteintes au secret professionnel constituent un danger pour l'avenir de l'avocat. » Marie-Aimée Peyron

A.-P. : Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter au bâtonnat ?

B. A. : Concernant notre candidature, Marie-Aimée et moi nous sommes proposés mutuellement cette candidature au bâtonnat pour gagner ensemble cette année. Cette mission de vice-bâtonnier est parfaitement conforme à mes aspirations au regard de mon parcours et surtout de ce que j'aime faire.

M.-A. P. : C'est fort de notre complémentarité et de nos parcours respectifs que nous nous présentons ensemble au bâtonnat et vice-bâtonnat.

B. A. : Pendant mon passage au Conseil de l'Ordre, j'ai vu œuvrer le bâtonnier Castelain et le vice-bâtonnier Le Borgne. Cela m'a donné l'envie d'agir à mon tour, notamment pour la défense des libertés publiques et individuelles, l'organisation de la Conférence et le droit pénal. Pour finir de me présenter, ce n'est d'ailleurs pas sans lien avec notre programme de campagne, je dois préciser que Christiane Féral Schuhl m'avait chargé de faire un rapport sur l'activité d'avocat mandataire d'artistes et d'auteurs. Ce travail a été adopté par le Conseil de l'Ordre et par la commission plénière de déontologie. Sous le bâtonnat de Pierre-Olivier Sur, nous avons même modifié nos règles en ajoutant un statut particulier à côté de ceux d'avocat mandataire de sportifs, de lobbyiste, d'avocat mandataire en transactions immobilières, etc. Il y a donc aujourd'hui des règles particulières qui ont vocation à être adoptées prochainement par le CNB.

Avec Christiane Féral-Schuhl, j'ai même créé une commission ouverte sur ce sujet. Trois cent cinquante personnes ont assisté à notre première réunion, à la bibliothèque de l'Ordre. J'ai découvert une véritable attente avec l'ouverture de ce statut. Depuis, j'assure un cours à l'EFB sur ce nouveau métier. Cet exemple va tout à fait dans le sens de notre philosophie à travers cette formule que je fais mienne, “Partout où il y a du droit, nous voulons voir des avocats.”

M.-A. P. : Notre slogan est actuellement “1 voix pour tous les avocats” avec pour programme également « un Ordre au service de tous ». Nous sommes absolument persuadés que le barreau de Paris et son bâtonnier doivent s'organiser de façon à être force de propositions capable de les faire adopter par le Conseil national des barreaux. C'est ainsi unis que nous sommes parvenus à avoir l'acte d'avocat. Ce n'est qu'avec une profession unie que nous parviendrons à faire évoluer les choses.

Par ailleurs, l'Ordre doit être au service de tous. Il doit accompagner les avocats au quotidien, de façon à leur faciliter leur vie au quotidien de leur prestation de serment au terme de leur carrière et à les stimuler. Chaque avocat compte. Sur ce point, nous avons un programme très ambitieux.

B. A. : Au regard des missions qui me seraient dévolues si nous étions élus, j'ai deux grands axes de travail. D'abord la protection des droits de la défense. Dans ces temps troublés, le bâtonnier est « l'avocat des avocats ». À l'aune des nouvelles technologies et de la jurisprudence qui est assez permissive sur le terrain des écoutes téléphoniques, mais surtout à l'aune de l'état d'urgence, voire de guerre, qui justifierait toutes les atteintes aux libertés individuelles, la curiosité des enquêteurs et des juges pour ce qu'on peut trouver dans les cabinets d'avocats me paraît intolérable. Qu'un enquêteur ne coupe pas systématiquement l'écoute lorsque la personne suspectée mise sous écoute commence à parler à son avocat est inacceptable. C'est directement attentatoire aux droits de la défense. Aux États-Unis, par exemple, cela ne peut se produire. Leurs numéros de téléphone sont listés et les enquêteurs doivent interrompre instantanément les écoutes dès qu'ils sont sollicités. C'est un droit constitutionnel. Rappelons que c'est un droit du citoyen, pas un privilège de l'avocat. Sur ce point, nous serons très fermes. Nous viendrons immédiatement au secours des confrères inquiétés dans l'exercice professionnel des droits de la défense. Cela va aussi pour les relations avec les magistrats dont certains considèrent les avocats comme les complices naturels de leurs clients et surtout pour les atteintes au secret professionnel, pénalement protégé. L'Ordre saisira le procureur de la République et fera une communication aux médias chaque fois qu'il y aura atteinte patente au secret professionnel. Nous élèverons ostensiblement la voix pour réinstaurer un équilibre sur ce terrain. J'agirai comme un pénaliste avec toutes les armes que la loi nous offre pour défendre les confrères.

Cela suppose évidemment – et j'en viens à mon deuxième axe de travail – que les avocats soient irréprochables. Nous ne sommes pas là pour défendre les voyous. Nous donnerons également des signes forts pour rappeler que nous devons tous être respectueux de notre déontologie. Certes, cette dernière doit évoluer avec les techniques nouvelles, mais il n'est pas tolérable que certains confrères, au prétexte que l'Ordre est trop difficile à saisir, se livrent à des incivilités et à des manquements en quasi-impunité. C'est une fonction régalienne de l'Ordre que de faire respecter la discipline. Nous assumerons cette fonction avec force et avec énergie. Nous proposons, notamment, un référé déontologique d'heure à heure. Dans les 24 heures, un incident de communication de pièce, de lettre officielle, de conflit d'intérêts… connu des services de l'Ordre sera immédiatement instruit par ses membres, afin que ces derniers rendent très rapidement un avis qui, dans certaines circonstances, pourrait être public. Les confrères qui ne s'y conformeraient pas pourraient risquer des rappels à l'ordre, voire des poursuites disciplinaires.

Nous voulons discipliner ce barreau pour faire renaître la confraternité. Ce n'est pas un vain mot, c'est un postulat de principe. La confraternité est une éducation, une culture, qui est faite pour que les avocats aient entre eux des relations apaisées. Travailler en bonne intelligence, c'est ce que nous avons fait, Marie-Aimée et moi en arrivant il y a 20 ans dans ce palais. Cette profession peut apparaître comme une jungle pour les jeunes confrères qui prêtent serment. Ce n'est plus tolérable. Donc, halte aux incivilités et retour à une réelle confraternité !

« Certains ne savent pas qu'être avocat, c'est avoir un comportement encore plus irréprochable que tout citoyen. C'est notre force et c'est pour cela que nous sommes respectés. » Basile Ader

A.-P. : Quelles sont aujourd'hui les urgences pour les avocats parisiens ?

M.-A. P. : Nous allons prendre ces urgences dans l'ordre. Dans un premier temps, il faut revoir la formation à l'EFB de façon à ce qu'elle devienne véritablement professionnalisante. L'examen – qui vient de devenir national – ne devrait plus être universitaire, mais pris en charge par la profession. Le président du jury devrait être un avocat de façon à contrôler davantage les aptitudes professionnelles. Il faut ensuite travailler avec les cabinets d'avocats et les auditeurs de justice de façon à avoir des formations sur le terrain dans les cabinets – due diligence, data room… ou encore au palais de justice, avec une salle dédiée à des entraînements à la plaidoirie, avec les auditeurs de justice. À partir du moment où les auditeurs de justice et les élèves avocats seront pour partie formés ensemble, leurs relations professionnelles seront facilitées. Il faut également que les élèves avocats côtoient les autres professionnels du droit pendant leurs études. Nous devons par ailleurs veiller à l'internationalisation de nos formations avec une réciprocité pour les étudiants étrangers. Il faut nous adapter à ce monde qui se globalise et se modernise. C'est à l'Ordre d'accompagner cette modernisation, dans le respect de la déontologie.

Le deuxième volet de notre programme concerne la défense de la collaboration libérale et des collaborateurs. Si je suis élue bâtonnier, je serai autorité de poursuite. Je défendrai avec vigueur les collaboratrices et les collaborateurs libéraux contre tout comportement discriminatoire avéré. Basile vient d'aborder le problème de la discipline. Je trouve anormal que les jeunes collaboratrices se tournent aujourd'hui vers le défenseur des droits lorsqu'elles sont remerciées parce qu'elles sont enceintes. En revanche, il nous appartient aussi de mettre en place des solutions pour les cabinets qui n'ont pas les moyens et qui en formuleront la demande, de façon à mettre en place une avance des indemnités de maternité par l'Ordre.

Nous voulons également un Ordre économe et exemplaire, transparent sur le plan des comptes. Nous voulons mettre en place des appels d'offres pour tous les avocats qui ont à traiter des dossiers pour le compte de l'Ordre.

Nous souhaitons donc une institution économe. Nous l'initions déjà dans le cadre de notre campagne. Nous travaillons principalement avec des amis qui nous aident gracieusement ou nous consentent de bons prix. Nous remercierons sur notre site tous ceux qui nous accueillent et qui font des efforts de façon à ce que le coût de notre campagne au bâtonnat soit raisonnable. On peut faire aussi bien avec les moyens du bord et avoir une campagne décente sur le plan de l'investissement. Nous avons vu par le passé des campagnes indécentes. Basile Ader et moi-même n'avons pas de fortune personnelle. Nous veillerons d'ailleurs à ce que tout candidat puisse se présenter au bâtonnat ou au Conseil de l'Ordre en mettant des outils à disposition.

A.-P. : Devrait-on contrôler les moyens financiers des candidats au bâtonnat ?

M.-A. P. : Je ne sais pas s'il faut aller jusque-là. Il faut veiller à avoir une campagne raisonnable parce qu'elle présume de la façon dont les finances de l'Ordre seront ensuite gérées et veiller à ce que l'argent ne soit pas un obstacle à des candidatures.

Bien au-delà des campagnes, lorsque nous parlons d'outils pour faciliter l'exercice des avocats, nous intégrons notamment la possibilité pour eux de faire de la publicité. Nous ne voulons pas d'un barreau à deux vitesses : celui qui a les moyens d'en faire et celui qui n'en a pas les moyens. Dans notre programme, nous proposons que l'Ordre mette en place des outils, négocie avec des agences de communication ou des communicants internes, de façon à aider les avocats à communiquer, à réaliser des vidéos, des sites, être sur les réseaux sociaux… C'est la mission de l'Ordre d'être un facilitateur et de mettre des outils à disposition des cabinets d'avocats, de façon à ce qu'ils puissent développer leur activité.

De la même façon, de manière très pragmatique, nous souhaitons aider les avocats à se mettre au numérique, à développer des plateformes internet. S'il le faut, l'Ordre embauchera des ingénieurs et des geeks afin de faire face au développement de ces nouvelles technologies. Les avocats doivent être à la pointe du progrès technologique.

A.-P. : Voyez-vous d'autres sources de développement ?

M.-A. P. : Oui, bien sûr, notamment l'interprofessionnalité. Il appartient à notre profession de se développer à travers ce mode d'exercice. Je reprends notre formule “Partout où il y a du droit, il doit y avoir des avocats”.

A.-P. : En entreprise également ?

M.-A. P. : Nous sommes, Basile et moi, favorables à l'avocat en entreprise. Il est quand même regrettable que des avocats soient contraints de demander leur omission pour devenir directeurs juridiques. L'avocat doit pouvoir conserver son titre, bien entendu dans l'entier respect de sa déontologie, avec le secret professionnel, la confidentialité, l'indépendance… Nous devons développer l'avocat en entreprise, non sans avoir au préalable rassuré nos confrères sur l'impact que pourrait avoir ce développement sur leur activité. Un avocat ne plaide pas pour sa famille, il ne plaidera donc pas pour son entreprise. Actuellement, les directeurs juridiques pourraient le faire devant le tribunal de commerce ou le tribunal des Prud'hommes, mais ils ne le font pas. Ils s'adressent à des avocats pour les plaidoiries.

A.-P. : Pourquoi les avocats parisiens vont-ils voter pour votre binôme ?

M.-A. P. : D'une part parce que c'est incontestablement un binôme complémentaire dans la répartition des tâches qui nous attendent. Par ailleurs, il s'avère qu'avec mon parcours au sein des institutions, j'ai une parfaite connaissance du fonctionnement du Conseil de l'Ordre et du Conseil national des barreaux. Nous savons donc quels types de réformes mettre en œuvre pour que le travail et la force de proposition de l'Ordre de Paris soient adoptés par le CNB, afin que cette profession parle enfin d'une seule voix. Je n'imagine pas aujourd'hui, un bâtonnier de Paris qui n'ait jamais siégé au Conseil national des barreaux qui est le représentant de la profession auprès des Pouvoirs publics. C'est notre Parlement où les décisions sont arrêtées, notamment sur les modifications du Règlement intérieur national.

Troisième atout de notre candidature : une troisième femme bâtonnier ne serait pas du superflu. Quatrième atout, je pense que Basile et moi avons une expérience qui garantit notre volonté de défendre les collaborateurs et les collaboratrices.

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