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Lubomir Roglev : Le groupe DS, un cabinet expert en Afrique

Lubomir Roglev, avocat associé de DS Avocats, spécialisé en corporate finance, s'intéresse à l'Afrique et à son développement depuis une quinzaine d'années. Il fait le point sur l'engouement pour ce continent qui fait actuellement figure d'eldorado, notamment en termes de développement du droit.
Lubomir Roglev : Le groupe DS, un cabinet expert en Afrique
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A.-P. : L'Afrique est-elle, à vos yeux un nouvel eldorado ?
Lubomir Roglev : Personnellement, je m'intéresse à ce continent depuis une quinzaine d'années. Il y a effectivement aujourd'hui un engouement particulier pour l'Afrique, à la fois au niveau des industriels, des investisseurs et, par conséquent, des cabinets d'avocats. Ce prochain eldorado vient partiellement pallier la faible croissance des pays européens. Le continent est en plein développement, il est donc très intéressant d'être présent. Cette vague d'optimisme est-elle justifiée ? Difficile de le confirmer ou de l'infirmer. Pendant des années après l'independence on parlait d'un continent en désarroi. Les institutions internationales essayaient d'appliquer des recettes d'inspiration libérale.
Les pays développés, Europe, mais aussi États-Unis et Asie, reviennent aujourd'hui en Afrique avec d'autres recettes et d'autres ambitions. Il y a visiblement beaucoup de choses à entreprendre pour le développement des économies nationales. Comment faire ? C'est la grande question qui se pose à présent. L'approche actuelle est frappée au sceau d'un certain vécu et d'une certaine expérience. Les dirigeants et les différents acteurs économiques se retrouvent aujourd'hui dans un contexte différent, qui a largement évolué par rapport à ce qu'il était voilà 20 ou 30 ans.

A.-P. : L'Afrique est-il un continent facile à aborder ?
L. R. : On parle de l'Afrique, mais le continent est multiple avec de nombreux pays, de nombreux écosystèmes à des différents niveaux de développement de l'économie. L'Est est plus développé que l'Ouest, l'Afrique du Sud, qui était florissante, commence à peiner, le Nigéria progresse, l'Afrique du Nord est un autre monde… Il y a pourtant deux problèmes majeurs sur une grande partie du continent, ceux relatifs au taux d'électrification, qui reste relativement faible, et ceux relatifs aux infrastructures.
En termes d'électrification, les équipements sont extrêmement disparates et la production insuffisante pour répondre aux besoins de plus en plus importants. Sans électricité, il est impossible de développer une économie. Les initiatives sont actuellement très nombreuses pour un développement homogène de tout le continent. Il y a également les intérêts géopolitiques des Chinois, des Européens et des Américains qui s'entrechoquent, notamment en matière de ressources naturelles et d'énergie.
Le développement des infrastructures pose un autre problème, pas exclusivement en termes de ports, d'aéroports et d'autoroutes, mais aussi dans le domaine de la santé publique. Beaucoup d'initiatives ont vu le jour ces dernières années, notamment celles de la Banque africaine de développement sur ce sujet majeur du développement des infrastructures, à travers le véhicule Africa 50.
Le développent des infrastructures et de l'électrification sont des éléments très importants également d'un point de vue politique puisque ce développement devrait apporter une certaine stabilité, limiter les processus migratoires et tempérer des conflits armés.

A.-P. : Quelles sont les activités dominantes de DS Consulting sur ce continent, notamment en droit des affaires ?
L. R. : En droit des affaires, l'offre que nous proposons à nos clients et à nos prospects est multiple. Nos domaines d'intervention son nombreux. En plus des deux secteurs traditionnels que sont les ressources naturelles et l'énergie, nous proposons une large palette de spécialités juridiques. Nous intrevenons en matière de droit du numérique, un secteur en fort développement en Afrique ; nous accompagnons les entreprises en matière de capital-investissement et de fusion-acquisition, à la fois pour des structures étrangères intervenant en Afrique ou interafricaines. Le cabinet DS est expert également en matière de stratégies urbaines et aménagement territorial. Les grandes villes africaines sont en pleine croissance avec l'afflux de la population rurale, il faut donc aider ces grandes métropoles à fonctionner de manière plus efficace. Dans ce secteur, comme dans celui de l'énergie, nous travaillons différemment, en prenant en compte la nouvelle problématique du développement durable qui n'est d'ailleurs pas exclusivement liée à l'environnement.
Nous proposons également à nos clients des activités liées au commerce international, d'une manière générale. Nous constatons que les pays africains ont du mal à évoluer dans ce magma que constitue l'OMC. Ils ont réellement besoin d'une assistance dans ce domaine. Sur ces sujets, nous leur proposons des prix plus attractifs que les rares cabinets qui interviennent dans ce secteur. Nous les assistons dans la mise en place des instruments en matière de commerce extérieur et de règlements douaniers.
Nous avons parallèlement une activité qui concerne certains pays africains, au niveau de la problématique des embargos et des restrictions commerciales. Enfin, notre offre comprend aussi les partenariats public-privé et les autres contrats publics.

A.-P. : Vous travaillez à la fois pour les Européens et pour les Africains ?
L. R. : Oui. En Afrique, nous souhaitons surtout développer le tissu local. Nous avons commencé par ouvrir deux bureaux de conseil juridique. L'un est à Dakar, l'autre à Alger, dirigés par des juristes. Nous espérons que ces implantations constituent l'amorce du développement d'un réseau plus important. Nous pensons qu'il convient d'être sur place pour accompagner les entreprises. Nous ne pouvons pas uniquement traiter les dossiers de Paris, de Londres ou de New York. Cette recherche de proximité a toujours fait partie du mode de fonctionnement de
DS Avocats. Nous souhaitons le pérenniser en Afrique. Cette pénétration du tissu local se fonde sur notre offre multiple qui touche beaucoup de secteurs, renforcée par nos axes géographiques d'intervention que sont la Chine et le Canada.
L'Afrique compte de plus en plus d'entreprises et de banques, en plein développement. Le vaste réseau de PME qui commence également à se constituer a besoin d'une assistance juridique complète et sérieuse, afin que ces structures se préparent à affronter d'autres défis.

A.-P. : Quels sont les modes de règlement de litiges que vous préconisez à vos clients entreprises intervenant en Afrique ?
L. R. : La justice reste néanmoins un problème important en Afrique, qui concerne directement les investisseurs, africains ou non africains. Tout le monde a besoin d'une bonne stabilité dans le monde des affaires.
Le mode de règlement des litiges préconisé est l'arbitrage. Par ailleurs, dans les pays qui appliquent le droit Ohada, au niveau judiciaire, la cour commune de justice et d'arbitrage, dont le siège est à Abidjan, fonctionne plutôt bien et garantit une certaine indépendance des juges. Il y a une jurisprudence plus ou moins cohérente qui a réellement vu le jour dans les différentes matières avec une publication régulière des décisions.

« L'Afrique compte de plus en plus d'entreprises et de banques, en plein développement. Le vaste réseau de PME qui commence également à se constituer a besoin d'une assistance juridique complète et sérieuse, afin que ces structures se préparent à affronter d'autres défis. »

A.-P. : Affrontez-vous des problèmes de corruption dans les pays africains où vous intervenez ?
L. R. : Bien sûr. L'Afrique affronte les mêmes problèmes de corruption que la plupart des pays du monde. Il y en a peut-être un peu plus qu'ailleurs, mais cette corruption, nous la trouvons aussi dans les pays de l'Est et même au sein de l'Union européenne… D'où l'importance de la mise en place de tous les mécanismes de conformité. Le problème est que tous les pays n'ont pas la même approche en la matière…

A.-P. : En Afrique, la fiscalité est-elle avantageuse pour les investisseurs ?
L. R. : La fiscalité est un problème important en Afrique. Tout d'abord, il n'y a pas un réseau de conventions fiscales qui permet d'éviter la double imposition. Pour pallier cet inconvénient, il faut passer par des pays tiers, par l'intermédiaire de holdings et de systèmes de holdings, non pas pour cacher des capitaux, mais pour éviter cette double imposition qui est très handicapante pour les investisseurs.
D'autre part, il n'y a malheureusement pas toujours une politique cohérente visant à protéger les investissements. D'une année sur l'autre, les lois de finances de certains pays africains octroient et retirent, permettent et interdisent… Il n'y a pas réellement de stratégie fiscale pérenne.

A.-P. : Votre rôle en tant que cabinet d'avocats est de sécuriser ces investissements du mieux possible ?
L. R. : Notre rôle est déjà de proposer aux entreprises et aux investisseurs différentes options, bien entendu conformes aux législations des pays dans lesquels nous intervenons, et de sécuriser au mieux celle que le client choisit.

A.-P. : Quelles sont les différences que vous souhaitez mettre en avant quant à l'intervention de DS Consulting, par rapport à d'autres cabinets implantés localement ?
L. R. : En Afrique subsaharienne, il y a quelques réseaux d'avocats qui interviennent, mais peu de cabinets s'implantent localement. À Dakar, par exemple, nous sommes les seuls. À Abidjan, il n'y a que le cabinet Orrick Rambaud Martel qui est présent. C'est tout. Les autres travaillent avec des correspondants, mais n'interviennent pas sur place, en direct. Dans les prochaines années, nous souhaitons multiplier ces implantations locales pour accompagner nos clients. Sur ce continent, la plupart des cabinets misent sur des activités très rentables. Le reste ne les intéresse pas vraiment. De notre côté, nous préférons offrir la gamme de services la plus large possible, même si toutes les activités n'ont pas le même taux élevé de rentabilité.
Par rapport aux cabinets qui ont une vocation internationale, le nôtre s'appuie sur l'Europe, le Canada et la Chine. Peu de cabinets bénéficient aujourd'hui de cette ouverture.

A.-P. : La perspective de voir l'Afrique revenir réellement aux Africains, notamment en termes d'économie, devient-elle réalité ?
L. R. : Oui, la situation évolue. Reste que tous les pays africains ont besoin d'investisseurs étrangers, France comprise. La question est de savoir si cet investisseur intervient en position dominante ou s'il préfère une approche de partenaire. Pour que ces partenariats d'envergure s'instaurent, il faut également que dans ces pays africains se développent des entreprises suffisamment puissantes. Il y a 20 ans, on ne voyait pas du tout cela en Afrique de l'Ouest. Aujourd'hui, cela devient courant. Les acteurs économiques locaux sont en mesure d'être les partenaires des investisseurs étrangers. Le vrai changement viendra lorsque la sous-traitance sera une vraie co-traitance.

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