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ESTIVALES

Lionel Canesi, président du CSOEC, aux jeunes professionnels : « Nous avons un bel avenir, j’en suis certain »

L’ANECS et le CJEC ont organisé dernièrement ce congrès destiné aux jeunes professionnels du chiffre.
Lionel Canesi, président du CSOEC, aux jeunes professionnels : « Nous avons un bel avenir, j’en suis certain »
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« On se bat pour accompagner les stagiaires, il faut que l’institution prenne la dimension de l’importance des stagiaires, c’est l’avenir de la profession, c’est capital ». Organisées chaque année impaire, les Estivales rassemblent pendant deux jours stagiaires, mémorialistes, jeunes diplômés et jeunes inscrits, mais aussi les instances et acteurs de la profession. Cette année, l’accent a été mis sur le renouvellement des pratiques et du mode de fonctionnement des cabinets, dans un contexte de crise sanitaire.

Près de 600 personnes se sont rassemblées au Beffroi de Montrouge, dont quelque 380 congressistes, 125 exposants, et 100 intervenants. Des témoignages de jeunes experts-comptables nouvellement installés, des ateliers pratiques (diplôme, installation, réseau, et savoir-être) et des plénières de « contextualisation » étaient notamment proposés cette année, pour guider les congressistes à travers le stage, l’installation et le développement du cabinet.

La dernière des plénières a été consacrée à l’évolution des métiers du chiffre. Lionel Canesi, président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, et Yannick Ollivier, président du Compagnie nationale des commissaires aux comptes, ont répondu aux questions d’Adrien Decoster, président de l’Association nationale des experts-comptables et commissaires aux comptes stagiaires (ANECS) et François Merlet, président du Club des jeunes experts-comptables et commissaires aux comptes (CJEC).

Un rôle important au chevet des entreprises

Les présidents de l’ANECS et du CJEC ont d’abord souhaité revenir sur le rôle de « médecin généraliste » des professionnels du chiffre durant la crise sanitaire. Pour Lionel Canesi, cette période a permis de mettre en lumière le rôle de l’expert-comptable et du commissaire aux comptes (CAC). « J’étais alors président du CROEC PACA. Des textes sortaient très régulièrement. J’ai décidé d’accompagner tous les professionnels, afin qu’ils puissent être au front, auprès de leurs clients, en proposant une analyse des textes dès leur parution », a-t-il expliqué, ajoutant que cet accompagnement se faisait désormais au niveau national. Pour lui, les professionnels du chiffre ont assumé leur rôle au cœur de l’économie, de sorte que le regard de l’exécutif à leur égard a changé. En témoigne la reprise des propositions faites par les instances représentatives à propos des dispositifs « coûts fixes », de la procédure de sauvegarde simplifiée, ou encore de l’amortissement fiscal du fonds de commerce.

Pour Yannick Ollivier, les experts-comptables comme les commissaires aux comptes ont montré à quel point ils étaient indispensables durant cette période. Les clients ne s’y sont pas trompés, en faisant logiquement appel à eux lorsqu’ils ont eu besoin d’aide. De même, face à un besoin renouvelé de faire appel à des tiers de confiance pour assurer la sortie de crise, le rôle des CAC a également été reconnu, notamment dans le cadre de la mission « prévention et relation de confiance ». « Aujourd’hui, les autorités ne reviennent plus sur la loi Pacte en disant que les CAC n’ont plus d’utilité », a assuré le président de la CNCC, estimant toutefois que les professionnels du chiffre devront continuer à se montrer prudents.

Le contenu des stages

Adrien Decoster et François Merlet ont ensuite souhaité questionner les présidents sur la problématique de l’expérience lors du stage. En effet, bien que les stagiaires aient la volonté de s’investir, ils n’ont pas toujours accès aux missions à forte valeur ajoutée. « Je ne comprends pas que ces attitudes puissent exister. Vous êtes hyper motivés et compétents. Vous allez porter la profession, en tant que futurs associés », a lancé Yannick Ollivier. « Pour pallier cela, nous essayons d’expliquer que l’avenir des cabinets, c’est nos jeunes et qu’il faut leur donner les moyens, leur permettre de se former. Nous sommes en train de créer du lien entre l’institution et les stagiaires : s’ils ont la chance d’assister à des événements, des ateliers, et des discours, ils seront porteurs d’idées dans les cabinets ».

Mais pour participer à ces événements, encore faut-il que les jeunes diplômés s’inscrivent à la Compagnie. « Nous avons constaté que les jeunes s’inscrivaient à l’Ordre, mais pas la Compagnie. Nous nous sommes demandés pourquoi », a expliqué Yannick Ollivier, indiquant qu’il y a plusieurs raisons à cela. Parfois, le cabinet ne veut pas payer la cotisation. L’obligation de formation complémentaire représente un coût et nécessite de prendre des jours de congés pas forcément octroyés… Aussi, Yannick Ollivier a officiellement annoncé que la cotisation allait devenir gratuite pendant les trois premières années. Une grande partie du coût de formation des jeunes diplômés sera également prise en charge par la CNCC, et tous les événements seront à prix réduits. Enfin, les outils digitaux seront gratuits et accessibles directement aux jeunes professionnels. « Il est impensable que le stagiaire ne puisse pas accéder le plus rapidement possible à l’institution », a lancé le président de la CNCC, sous les applaudissements de la salle.

Le terme « stagiaire » pouvant prêter à confusion vis-à-vis des tiers, le CSOEC va également lancer une « grand consultation » et choisir un nouveau nom, pour, « enfin valoriser l’expert-comptable stagiaire ». Lionel Canesi, souhaite également faciliter l’installation des jeunes. En effet, par rapport à il y a une quinzaine d’années, beaucoup d’entre eux créent leur cabinet ex-nihilo et arrivent rapidement à se constituer une clientèle. « Il y a aussi un engouement sociétal pour la création d’entreprise. 3000 autoentrepreneurs se lancent chaque jour, cette envie d’entreprendre n’existait pas auparavant. Il y a donc aussi de la place pour les experts-comptables sur ce plan », a assuré le président du CSOEC.

Numérique et attractivité

Sur la question du numérique et l’emballement de la réglementation, Lionel Canesi a assuré qu’il ne fallait pas avoir peur des plateformes, la profession ayant démontré son utilité lors de la crise. « Nous sommes 21 000 experts-comptables, nous avons 130 000 collaborateurs et 3 millions d’entreprises clientes », a-t-il rappelé. S’il reconnait que le virage numérique arrive, il s’agit plus, pour lui, d’une évolution que d’une révolution.

« Nous allons passer de chef d’orchestre de flux papier à l’interprétation des flux numérique. Nous allons avoir besoin d’outils, de datavisualisation, de compta prédictive pour aller plus loin. Mais notre métier de base ne changera pas, ce sont les outils pour le faire qui vont changer », a-t-il assuré. La data étant un sujet capital, un département spécifique est en création au CSOEC et une prise de participation « très importante » dans une start-up spécialisée est en cours.

« Celui qui détient la facture détient la compta. Nous devons nous l’approprier. Avec ce système, la différence, c’est l’immédiateté, il faut aussi basculer dans ce monde », a poursuivi Lionel Canesi, conseillant à ses jeunes confrères d’ouvrir rapidement un compte sur jefacture.com pour en faire une plateforme leader.

Un autre point de la stratégie numérique du Conseil supérieur consiste en la création du fonds d’investissement Drakarys. L’objectif ? Susciter de l’innovation dans la profession, en stimulant la concurrence, notamment. Pour compléter cette stratégie numérique, la profession souhaite également devenir copropriétaire de ses outils numériques. « Nous avons fait la compta. Nous avons lancé la paye. Nous allons faire le juridique et la dataviz », a expliqué Lionel Canesi. Il est par ailleurs essentiel, selon lui, d’intégrer les petits et les moyens cabinets, qui ont besoin de la mutualisation des moyens du CSOEC, dans cette transformation numérique. « Le temps que nous gagnons sur les tâches à base valeur ajoutée (la saisie), nous allons le redonner à notre clients. Nous serons plus proche d’eux. Nous avons un bel avenir, j’en suis certain », a conclu le président du CSOEC.

Sur le même sujet, Yannick Ollivier a indiqué : « Ce n’est pas la machine qui fait tout. La valorisation de notre métier, c’est l’humain. Ce que le client dit, c’est que sans son CAC, il perd une forte valeur ajoutée par rapport à sa façon d’analyser les enjeux de l’entreprise et les risques associés. Le digital est une opportunité unique par rapport à cela ».

D’autant que pour lui, le métier historique du CAC est « loin d’être mort ». Trois ans après l’application de la loi Pacte et le relèvement des seuils, les mandats ont été, en majorité, renouvelés, d’après lui. « Au terme des premières statistiques de déclaration d’activité, quelque 13 000 mandats ont effectivement été perdus, mais il y a 9600 nouveaux mandats PE », a-t-il indiqué. Finalement, la loi Pacte a permis d’ouvrir le marché, de sorte que les professionnels puissent se consacrer à des missions à plus haute valeur ajoutée.

A l’avenir, le CAC devra également doter son cabinet de compétences complémentaires, pour proposer des ressources correspondant aux besoins des entreprises. « C’est pour cela que nous créons une école de l’audit. Nous donnons accès aux métiers de l’audit à des professionnels venant d’autres domaines », a confié Yannick Ollivier.

Un autre business pourrait largement profiter à la profession prochainement : celui lié à la création, au niveau européen, d’une obligation légale de certification des données extra-financières. « Elle sera réservée aux auditeurs accrédités par le Cofrac et pas seulement aux auditeurs légaux. Quand on regarde aujourd’hui ceux qui sont accrédités, ce sont essentiellement des CAC. Ce marché nous est ouvert, mais il faut y aller. Faites les démarches de formation », a conseillé Yannick Ollivier. « Qu’il s’agisse des TPE-PME, des grandes entreprises ou des multinationales, toutes ont compris qu’elles devaient communiquer et donner de la confiance dans un monde où tout le monde a peur du greenwashing. Nous sommes là pour donner cette confiance. Nous devons montrer que l’acteur légitime et incontournable de la RSE, c’est le CAC ».

La CNCC passe également des accords, notamment avec la Cnil et l’ANSSI, pour voir dans quelle mesure les entreprises pourraient se targuer d’avoir des CAC. « C’est un nouveau paradigme.Avec la facture électronique et le big data, nous serons capables d’apporter plus de sécurité sur ces sujets et de mieux répondre aux attentes du marchés, qui touchent à la continuité d’exploitation (avec la comptabilité prédictive), à la fraude et au contrôle interne », a conclu Yannick Ollivier.

En guise de clôture de ces Estivales riches en contenu, les congressistes ont fêté les 75 ans de l’ANECS et assisté au passage de témoin entre Adrien Decoster et Jean-Pascal Charpentier, nouveau président de l’association.

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