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Congrès de l'Orde des experts-comptables Lionel Canesi : « Les experts-comptables sont au cœur de la relance »

Le président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables veut profiter du 76e Congrès de la profession pour réaffirmer la place prépondérante que les experts-comptables ont pris dans la relance de l’économie nationale.
Lionel Canesi : « Les experts-comptables sont au cœur de la relance »
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EntrepriseChiffre Publié le ,

Affiches Parisiennes : Le 76e Congrès de la profession va se tenir à Bordeaux. C'est le temps fort de la profession. Quelle est votre actualité depuis la sortie du confinement ? Comment se portent les experts-comptables ?

Lionel Canesi : Ce qui est important, c'est que la profession a montré depuis des mois qu'elle est au cœur de l'économie et je veux qu'elle soit aussi au cœur de la relance. Les experts-comptables doivent être des acteurs majeurs de l'accompagnement de la relance auprès des entreprises de notre pays. D'où le thème de notre congrès “Experts-comptables au cœur de la relance”.

C'est un véritable objectif. Nous avons une profession qui a montré toute son utilité, toute sa légitimité au cœur des TPE-PME. Elle a compté parmi les essentiels de la République dans cette crise à qui, on l'espère est derrière nous. Je veux montrer que nous sommes fiers d'être experts-comptables, fiers d'être utiles à notre pays et de participer à cette aventure qu'est la sortie de crise et la relance de l'économie d'un pays.

A.-P. : Comment se portent actuellement les entreprises ?

L. C. : On se rend compte que l'investissement du Gouvernement dans le “quoi qu'il en coûte”, donc dans le sauvetage de l'économie de notre pays, fonctionne. Aujourd'hui, il y a quand même un tissu économique qui est en bonne santé, malgré la crise, qui a besoin d'une relance vigoureuse. C'est donc notre rôle de porter des mesures d'accompagnement et de relance. Voilà pourquoi nous allons remettre, dans la continuité des 50 propositions, un livre blanc avec de nouvelles mesures. Certaines qui n'ont pas encore été reprises, d'autres que nous avons eues depuis, puisque l'économie évolue. Notre participation est importante. 

Il y a aujourd’hui quelques secteurs de l'économie à surveiller, même s’il est difficile de généraliser. Un restaurant dans le Sud de la France n’affronte pas la même problématique qu'un restaurant à Paris ou dans le Centre. Nous avons donc mis l'économie sous surveillance, avec notre baromètre “Image PME”. Mais globalement, la situation est plutôt bonne. Il faut être optimiste. De surcroît, nous disposons d’outils pour accompagner la sortie de crise, notamment la procédure de sauvegarde simplifiée. Bruno Le Maire a annoncé la fin du “quoi qu'il en coûte”, mais le maintien, à partir du 1er octobre, d’un dispositif de fonds de solidarité des coûts fixes, co-écrit entre Bercy et les experts-comptables. C'est une de nos cinquante propositions. 

Il y a des outils sur la table pour accompagner les entreprises. Les entrepreneurs ne veulent qu'une chose : ne plus avoir besoin d’aides et retrouver leur chiffre d'affaires.

A.-P. : Vous avez invité de grandes figures de l’entreprise, comme Michel-Édouard Leclerc. Qu’attendez-vous de cette intervention ?

L. C. : Quand on s'est rencontré avec Michel-Edouard Leclerc pour préparer la conférence, il m'a expliqué que le 16 mars 2020, dans un contexte insolite, il a fallu réorganiser toute la filière de l'alimentation pour être en capacité, pendant le confinement, de nourrir les Français. La distribution a été une profession essentielle. Je lui ai dis qu’une autre profession l’avait également été. Ce sont les experts-comptables et leurs équipes. Parce que dès le 16 mars, ils se sont mis en capacité d'accompagner les entreprises pour les conseiller, mettre en œuvre les dispositifs d'aides. Dans un premier temps, il y a donc ce parallèle entre deux essentiels de la République, la grande distribution et les experts-comptables.

C'est bien de toujours revenir sur la crise, mais ce qui est important, c'est aujourd’hui et demain. En invitant Michel-Édouard Leclerc, nous voulons avoir la vision d'un grand chef d'entreprise qui est proche des TPE-PME. Les Centres Leclerc sont des franchisés. Ce n'est pas une structure unique avec des filiales.

Je crois que ce qui est important pour accompagner nos clients dans la relance, c'est de prendre un peu de hauteur, profiter de ce congrès pour avoir une respiration et imaginer demain ; voir ce que de grandes personnalités pensent de l’avenir, pour qu'on puisse encore mieux accompagner nos clients dans leur réflexion stratégique de la relance. La grande distribution a subi des évolutions depuis des années. L'arrivée d'Amazon, par exemple, va-t-elle révolutionner les modes de distribution. Est-ce que le monde va changer ? Les nouveaux modes de consommation vont-ils perdurer ? Comment un grand professionnel de la distribution voit l'avenir de la consommation, ce qui est quand même important pour tous nos clients.

A.-P. : Vous avez même trouvé un titre assez évocateur pour ce rendez-vous : “Osez, vous pouvez”…

L. C. : Bien sûr. Quand on vit une période de crise comme celle que nous traversons, il y a deux attitudes : soit on se cache, soit on se rend compte que dans une crise, tout est possible. On innove, on tente, on bouge, on crée de l'agilité, du mouvement. C'est comme ça qu'on fait de belles choses. C'est plutôt cette dynamique-là que portent les experts-comptables.

A.-P. : Vous avez également invité l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, pour décrypter la crise sanitaire que nous venons de vivre…

L. C. : Nous avons la chance d'avoir le dernier président de la République qui a dû réagir à une grande crise économique, celle de 2008. J'aimerais qu'il fasse un parallèle avec l'entreprise. Il a affronté cette crise économique, avec le problème des subprimes. Nous aimerions qu’il nous dise comment un dirigeant doit réagir dans une telle période et comment on se projette, comment on sort de la crise. Comme pour Michel-Edouard Leclerc, il est intéressant d’avoir la vision de Nicolas Sarkozy sur le monde de demain, sur les enjeux géopolitiques… Quel est l’avenir des marchés économiques ? Quel sera le comportement des populations ? Sa vision du monde va être très enrichissante.

A.-P. : Il y a d'ailleurs des élections présidentielles dans quelques mois. Si vous étiez président de la République, que feriez-vous pour l'économie, pour les entreprises et pour les experts-comptables ?

L. C. : Excellente question, mais je n'ai pas l'ambition d'être président de la République. Dès que le congrès sera achevé, nous allons travailler sur un programme présidentiel économique pour les TPE-PME, de façon à soumettre ce projet aux différents candidats à la présidence de la République et essayer de faire changer certaines choses parce que je crois que c'est important. Nous sommes les “économistes du quotidien”, au cœur des dispositifs, au cœur de l’économie réelle. Je crois que nous avons surtout besoin de solidarité, de fraternité et de liberté. Si on pouvait libérer un peu les énergies en simplifiant beaucoup de choses dans notre pays, ça permettrait aussi de créer plus de valeur et de libérer les énergies.

Ce qui est important pour moi, c'est l’emploi. Comment faire en sorte que l’immense majorité des Français puisse se réaliser en travaillant ? Voilà des sujets d’importance…

A.-P. : Vous allez accueillir également Bruno Le Maire, le ministre qui a porté la loi Pacte. Quel bilan tirez-vous de cette loi ?

L. C. : Je trouve que la loi Pacte est un formidable rendez-vous manqué pour les experts-comptables. On a vécu un traumatisme dans la profession avec le relèvement des seuils. Et c'était le moment d'obtenir des avancées pour la profession, dans le sens de l'accompagnement de nos clients. En fait, la précédente mandature n'a pas eu cette ambition. C'est dommage. Maintenant, on n'a pas le droit de manquer le rendez-vous de la relance et c'est pour qu’il est important que Bruno Le Maire vienne à notre congrès pour qu'on puisse lui remettre nos propositions pour accompagner la relance de l'économie de notre pays.

A.-P. : Vous êtes en quelque sorte des lanceurs d'alerte dans les entreprises. Vous êtes en première ligne pour prévenir les difficultés. Comment voyez-vous votre mission ?

L. C. : Pour moi, c’est actuellement un sujet capital. Comment faire en sorte que le minimum d'entreprises soit en difficulté ? Plus on est en capacité de détecter tôt, meilleures sont les chances de survie. Nous travaillons sur plusieurs choses. Nous avons immédiatement mis en place “Business Story Prévention”, un dispositif à la disposition des experts-comptables. C'est gratuit pour toute entreprise qui n'a pas la chance de bénéficier d'un expert-comptable. Elle peut prendre contact avec des experts-comptables volontaires qui vont faire une détection des difficultés de l'entreprise, ce qui permettra d'aiguiller l'entreprise vers les différents dispositifs de procédures collectives. Pour leurs clients, les experts-comptables disposeront de l’outil qui leur permettra aussi de remettre un rapport à leurs clients. On informe beaucoup, on formalise plus rarement. Ce dispositif va nous permettre de formaliser.

Nous travaillons aussi sur des outils de comptabilité prédictive. À partir des algorithmes, nous essayons de déceler des signes précoces de difficultés.

A.-P. : Peut-on dire que l'expert-comptable propose le “full service” pour l’entreprise ? 

L. C. : Notre objectif, c'est d'être le couteau suisse de l'entreprise et de décharger le chef d'entreprise de plein de tâches, de façon à le laisser se concentrer sur son cœur de métier, sur ses clients, sur son développement. La facture électronique va nous y aider, parce que l'automatisation de la comptabilité va permettre aussi de simplifier le chaînage entre le bon de livraison, la facture et le paiement, en ayant les outils de pilotage en temps réel.

Je reçois une facture… Automatiquement, je connais mon volume d'achats, mon encours de dettes. Je paye en projetant ma trésorerie… Tous ces outils arrivent et nous travaillons dessus. Un expert-comptable doit toujours avoir un temps d'avance sur le numérique. Il doit s'approprier tous ces outils pour rendre le meilleur service aux entreprises.

A.-P. : Le congrès, c'est aussi un grand moment de formation, à travers de nombreux ateliers…

L. C. : Oui, la formation est capitale. Si nous volons rester à la pointe du conseil et de l'accompagnement, nous devons nous former tout au long de notre carrière. C'est une habitude. Le congrès est aussi le moment pour les quelque 4 000 congressistes – plus ceux qui seront en distanciel, puisqu'on a la particularité d'avoir, cette année, un congrès hybride –, d'avoir les meilleurs intervenants de la place sur les sujets les plus pointus, pour repartir du congrès en ayant les dernières informations sur plein de sujets.

A.-P. : Aujourd'hui, les cabinets ont parfois du mal à attirer les jeunes, les talents. Que faut-il faire justement pour devenir plus attractif ? Quels efforts faites-vous au niveau des institutions ?

L. C. : C'est un vaste sujet. Déjà, il y a une première réflexion, c'est qu'il faut que les 21 000 experts-comptables de France soient les ambassadeurs de l'attractivité. C'est aussi dans nos comportements, dans la façon dont on parle de notre métier. Typiquement, si je dis mon métier est pénible, que je travaille 70 heures par semaine, ça ne donne pas envie... Ce qui n’est pas la réalité de notre métier puisqu’il est passionnant. Beaucoup d'experts-comptables sont passionnés par leur métier.

Après, nous devons être en capacité d'envahir les médias pour expliquer ce que nous sommes. Nous avons plein de choses à dire. Pendant cette crise, il n’y a pas d’experts-comptables sur les plateaux télé. Il y a très peu d'experts-comptables qui donnent leur point de vue sur l'économie ni sur la relance. Voilà ce qu’il faut commencer par faire. Nous devons avoir une présence récurrente sur les plateaux télé pour qu'on dise « Ah oui, un expert-comptable, c'est ça ».

Concernant le recrutement, toutes les études montrent qu'il y a toujours autant de candidats pour la filière d'expertise-comptable. En revanche, comme il y a de plus en plus d'entreprises qui se créent, nous avons de plus en plus de besoins ; des besoins de niveau supérieur. Donc, il faut prospecter dans tous les domaines. Nous avons commencé par passer des accords avec le ministère de la Défense. Parce qu’il y a des militaires en fin de carrière qui doivent être reclassés dans le privé. On va leur offrir des formations pour aller dans l'expertise-comptable, dans la comptabilité. Il y a des demandeurs d'emploi, la réinsertion. Il y a l'alternance, des apprentis. Nous devons aussi être en capacité de former nos collaborateurs aux nouvelles technologies. Pour nous, la réponse au problème d’attractivité est multiple et le temps d'attirer et de former est assez long. Nous devons faire passer le message que notre métier est passionnant, que c’est un métier d'avenir, complètement moderne et qui ne craint pas la crise. Puisqu’on recrute, on recrute, on recrute, il n’y a pas de chômage dans la branche.

C'est important aussi pour les jeunes d'aller dans un métier où ils se sentent utiles. C’est, à mon sens, c'est le sentiment qui est important. Les collaborateurs des cabinets d'expertise-comptable ont trouvé et ont montré leur utilité pendant cette crise. 

A.-P. : Vous venez également de lancer un fonds d’investissement ?

L. C. : Oui, nous avons lancé Drakarys, le premier fonds d'investissement numérique de la profession. Il aura un stand dédié au congrès. L'idée, c'est que les experts-comptables s'emparent de leur futur numérique, deviennent actionnaires des outils de demain. Ils peuvent donc souscrire à ce fonds d'investissement créé par les experts-comptables pour les experts-comptables.

A.-P. : Quel est le rôle de ce fonds d'investissement ?

L. C. : C'est une société réservée aux experts-comptables. On lève des fonds pour rentrer au capital de start-up qui développent des produits innovants pour nos métiers. On est entré au capital de MyUnisoft, qui est une compta-tech et je suis en négociations très avancées pour une RH-tech et à terme, pour legaltech. Avant la fin de l'année, l’idée est d'avoir fait la compta, la paye et le juridique. Après, nous allons regarder les autres besoins de la profession. 

Nous prenons ainsi notre destin numérique en main, en nous faisant respecter par la concurrence sur le marché. Il est important pour nous de bénéficier des dernières technologies, des derniers outils pour être encore plus à la pointe pour accompagner nos clients. n

 

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