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Licornes VS députés : choc des cultures

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Licornes VS députés : choc des cultures
S.Baldeyrou (Deezer), E.Carreel (Withings), F.Mazzella (Blablacar),deux députés,C.Lazorthes (Leetchi),L.Le Moan (Sigfox)

Les fondateurs des sociétés Deezer, Withings, Blablacar, Leetchi et Sigfox, entrés dans le club très sélect des « licornes » du numérique, ont été réuni par la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale pour une table ronde avec les députés. Les parlementaires précautionneux se sont confrontés aux startupers audacieux afin « d'identifier les priorités d'actions pour une France numérique ».

Le constat est clair : il faut mettre le pied à l’étrier. La France souffre d’un malheureux retard en matière d’économie digitale. « Si on veut voir émerger de plus en plus de sociétés du numérique, il faut aider à la structuration de cet écosystème », souligne Frédéric Mazzella, fondateur de Blablacar, la célèbre entreprise de covoiturage, start-up dynamique avec une moyenne d'âge de 29 ans. Eric Carreel, président et co-fondateur de Withings, dans le domaine des objets connectés, dénonce quant à lui, un « manque de prise de conscience globale » sur l'impact de la transformation numérique dans les entreprises françaises.

Le 110 mètres haies des start-up françaises

« La différence entre croître pour une société américaine et croître pour une société française ou européenne, c’est comme courir un 100 m et courir un 110 m haies » dénonce avec humour le fondateur de Blablacar. En effet, aux Etats-Unis les textes sont unifiés. Pour atteindre un marché de 350 millions de personnes, il existe une seule régulation et une TVA pour les 50 Etats. Pendant ce temps-là, ici, à chaque nouveau pays « c’est un nouveau casse-tête ». Blablacar est présent dans 19 pays d'Europe, et à chaque fois il a fallu analyser la culture juridique, comprendre les lois, le code du travail, la gestion des données… Bref, c'est un enfer réglementaire !

Le président de cette licorne n’est d’ailleurs pas le seul à demander l’unification de la réglementation européenne en la matière. La France est en retard et met des embûches sur le chemin des entreprises. Les startupers demandent que le code du travail, la TVA et la gestion des données soient enfin unifiés au niveau européen. « Le principe de précaution est l’aberration fondamentale de ce pays » du coup, rien ne bouge pour Eric Carreel, qui demande aux députés de trouver les moyens de valoriser le risque.

Selon Frédéric Mazzella, il faut accélérer un certain nombre de choses, comme les formations sur les nouveaux métiers du numérique, améliorer le financement et la structuration des start-up. Coté financement, le constat est criant : aux Etats-Unis, il y a 50 fois plus de fonds de capital-risque qu'en France, alors que le PIB du pays n'est que de 6 fois supérieur à celui de l'Hexagone. Comment nos start-up peuvent-elles s’insérer sur le marché mondial lorsqu’elles ne jouent pas avec les mêmes règles ? Pour Ludovic Le Moan, fondateur de la société Sigfox, qui offre une connectivité cellulaire mondiale pour l'internet des objets, estime qu’il faut favoriser les levées de fonds pour les entreprises françaises.

« L'international est vraiment l'enjeu de nos métiers », les licornes du numérique ne peuvent pas s'arrêter à nos frontières hexagonales explique Céline Lazorthes, présidente et fondatrice de Leetchi (site de cagnottes communautaires qui a 4 millions d'utilisateurs et vient de se faire racheter par la banque Crédit mutuel). Les règles doivent être européennes a minima, ajoute Eric Carreel, « c'est ridicule de se battre sur des lois franco-françaises » les start-up du numérique exportant 90% de leurs produits ou services.

Simon Baldeyrou, le directeur général de Deezer (service d’abonnement à de la musique créée en 2007 qui a pour « modestes » concurrents Spotify, Youtube et Applestore), soulève le soucis du besoin d'harmonisation des droits d'auteurs et du droit du travail. Ce dernier se voit obligé d’embaucher de plus en plus à Londres pour la flexibilité du droit du travail britannique qui prévoit un préavis d’un mois au lieu de trois en France. Et chacun sait que le temps, c’est de l’argent…crucial pour une start-up.

Pour la jeune entrepreneuse créatrice de Leetchi, les problématiques principales des fondateurs de start-up sont effectivement le financement et le recrutement, mais aussi la lisibilité administrative. « Comprendre comment  fonctionne le CIR ou comment monter un JEI est un vrai challenge ». Elle dénonce aussi les nombreux changements de politiques « pour nous c’est terrible parce qu’on doit déjà gérer nos entreprises, et apprendre à s’adapter en fonction des changements de mesures prises par un gouvernement, puis un autre…Donc si vous pouviez ne plus rien faire, à limite ce serait mieux ». Rires et applaudissements des députés.

Si le parcours des entrepreneurs français est semé d’embûches, il n’en demeure pas moins que les parlementaires ont voté des dispositifs d’aides aux start-up qui se révèlent efficaces.

Il n’y a pas que des obstacles dans cette course

« Etre entrepreneur aujourd'hui est infiniment plus facile », souligne Eric Carreel, président et co-fondateur de Withings. Ça va de mieux en mieux parce que « les démarches administratives sont plus faciles, les jeunes ingénieurs sont heureux de venir travailler dans une start-up - il y a 20 ans ils préféraient aller dans les grands groupes-, le CIR s’est simplifié au cours du temps, je trouve que c’est un système qui fonctionne bien, de même que le JEI que je trouve être une très bonne mesure, le régime d’imposition sur la plus-value – après quelques couacs – s’est stabilisé à quelque chose de pas mal ». Le contrat de travail est à remanier, même si c'est beaucoup plus simple aujourd'hui de recruter et de licencier. Il ne faut pas oublier non plus l’aspect culturel, car nos contemporains sont très favorables aux start-up, « ce qui n'était pas le cas il y a vingt ans », dixit ce quinqua entrepreneur.

Ces audacieux qui ont su surfer la vague d’internet ne sont pas avares de compliment pour la BPI, qui fait « un travail extraordinaire, et nous n’avons pas vu ça dans notre pays depuis plus de 20 ans », s’exclame Eric Carreel. En outre, ils ont pratiquement tous bénéficié du CIR et du statut de JEI (voir encadré).

Un dialogue députés/licornes plutôt productif

Il ressort de cette rencontre entre deux univers de nombreuses interrogations, mais aussi de très bonnes idées. Une petite vingtaine de députés a posé des questions aux licornes. Au-delà de la grande admiration, on perçoit des craintes quant à la réforme et l’uniformisation des réglementations sur les entreprises, le numérique, le droit des données, la fiscalité…Ces crispations n’ont pas le moins du monde refroidi les licornes qui ont proposé des idées aux parlementaires. Ainsi, le président de Withing, qui s'inquiète de la situation de l'emploi des jeunes, estime que c’est aux grands groupes français d’investir dans les start-up et d’être plus efficaces en matière de rachat de celles-ci. Deezer est l'exemple parfait d'une start-up associée avec un grand groupe français car elle a lié très tôt un partenariat avec Orange et Xavier Niel. Leetchi en est aussi un bon exemple puisqu’elle vient d’être rachetée par le Crédit mutuel. Le fondateur de Sigfox est tout à fait d’accord. Il propose même aux députés, qu’au lieu de développer des subventions pour les start-up, ils essayent plutôt de « favoriser les partenariats avec les grands comptes ou les ETI ».

Eric Carreel a, quant à lui, proposé de créer un grand prix de l'audace qui mettrait aussi en avant les échecs.

Pour Frédéric Mazzella de Blablacar, il faudrait taxer davantage les dividendes que les plus-values afin que les capitaux aillent vers le futur, dans les entreprises innovantes, plutôt que dans les banques.

La formation en ligne devrait rentrer dans les politiques d'aide à la formation des entreprises selon la fondatrice de Leetchi qui n’a pas pu recevoir d’aide au financement des cours d’anglais pris par ses employés.

« Essayons de faire en sorte que les boîtes comme Uber se développent en France » lance Ludovic Le Moan. L’ubérisation et la désintermédiation ne font pas peur aux licornes. C’est même une chance à saisir.

Cinq nécessités ressortent des échanges :

  • l’obligation d'avoir un agenda numérique européen ambitieux
  • un changement de culture profond, prise de risque, audace, innovation
  • mettre en place des formations aux nouveaux métiers du numérique
  • améliorer le financement, les dispositifs fiscaux et financiers
  • mener une réflexion au niveau éthique

 

Les Licornes

Il s’agit des start-up des nouvelles technologies dont la valeur est estimée à plus d’ 1 milliard de dollars. Elles ont donc une réserve d'argent très conséquente sans les inconvénients d'être cotées en Bourse (publication des résultats, pression pour devenir rentable rapidement, attention portée au cours en Bourse, etc.). Après avoir levé 200 millions de dollars,  BlaBlacar – refondé en 2006 par Frédéric Mazzella – vaut désormais 1,6 milliard de dollars (1,4 milliard d’euros) et remplit tous les critères pour faire partie de cette famille.
Le nombre des licornes évolue rapidement. Dans le monde, il en existe aujourd’hui 134 parmi lesquelles figurent des noms bien connus du grand public : le service de VTC Uber, le fabricant chinois de téléphone Xiaomi, le site de location immobilière AirBnB, le service de partage de photos Snapchat ou encore le site d’infotainment Buzzfeed. Sans oublier Dropbox, SpaceX, Pinterest, Lyft, etc.

Rapport d’information Agir pour une France numérique « De l’audace,encore de l’audace, toujours de l’audace… »

Dans ce rapport, les députées Corinne Erhel (PS) et Laure de la Raudière (LR) présentent  deux objectifs. L’un est pédagogique. Il faut prendre conscience des bouleversements induits par le numérique. Le second est d’ordre prospectif. La révolution numérique n’en est qu’à ses débuts. Il faut s’attendre à de grandes batailles industrielles pour le partage de la valeur, le contrôle des industries, la captation des publics, le développement de nouvelles applications, l’accès à la position dominante sur les marchés, qui ne sont même pas encore envisagées.
Avec une centaine d’auditions et plusieurs déplacements à l’étranger, ce rapport n’a pas l’ambition de répondre à tous les enjeux soulevés par le numérique, mais simplement de livrer quelques pistes permettant d’agir pour engager pleinement la révolution numérique.

Les aides :

Crédit d’impôt recherche (CIR) : c’est une mesure générique de soutien aux activités de recherche et développement (R&D) des entreprises, sans restriction de secteur ou de taille. Les entreprises qui engagent des dépenses de recherche fondamentale et de développement expérimental peuvent bénéficier du CIR en les déduisant de leur impôt sous certaines conditions. Le taux du CIR varie selon le montant des investissements.

Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) : il a pour objectif de redonner aux entreprises des marges de manœuvre pour investir, prospecter de nouveaux marchés, innover, favoriser la recherche et l’innovation, recruter, restaurer leur fonds de roulement ou accompagner la transition écologique et énergétique grâce à une baisse du coût du travail. Il est accessible à toutes les entreprises françaises employant des salariés, le CICE permet de bénéficier d’une économie d’impôt substantielle. Depuis 2014, elle équivaut à 6% de la masse salariale, hors salaires supérieurs à 2,5 fois le SMIC (4 % en 2013).

Statut de Jeune entreprise innovante ou universitaire (JEI - JEU) : les nouvelles entreprises, qui se créent avant le 31 décembre 2016 et qui investissent dans la recherche et le développement (R&D), ayant le statut de jeune entreprise innovante (JEI) ou de jeune entreprise universitaire (JEU), peuvent bénéficier d'exonérations fiscales et sociales. Le statut de JEI a été étendu aux JEU qui constituent une catégorie particulière de JEI. www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits

Banque publique d’investissement BPIfrance : saluée par les entrepreneurs présents à l’Assemblée nationale, Bpifrance est un soutien précieux. La banque publique d’investissement accompagne les entreprises pour voir plus grand et plus loin et faire émerger les entreprises compétitives de demain.  De l'amorçage jusqu'à la cotation en bourse, du crédit aux fonds propres, Bpifrance offre, en région, des solutions de financement adaptées à chaque étape de la vie de l’entreprise :

• Aide aux entreprises dans leurs premiers besoins d'investissement : amorçage, garantie, innovation ;
• Soutien de la croissance des PME partout en France : capital-risque et développement, "build-up", cofinancement, garantie ;
• Renforcement des ETI dans leur développement et leur internationalisation : capital développement et transmission, cofinancement, crédit export, accompagnement ;
• Participation au rayonnement des grandes entreprises et stabilisation de leur capital : capital transmission, cofinancement crédit export, accompagnement.

www.bpifrance.fr




Anne MOREAUX
Journaliste

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