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LexDev, la legaltech qui automatise les documents juridiques les plus complexes

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LexDev, la legaltech qui automatise les documents juridiques les plus complexes
© DR - Hamdi OUAISSI

Hamdi Ouaissi, cofondateur de LexDev, fait le point sur l'avenir des legaltech et l'utilisation de l'IA dans le droit. Sa start-up propose une solution d'automatisation de documents juridiques fondée sur des algorithmes.

Nous sommes allés à la rencontre d'Hamdi Ouaissi, cofondateur de la legaltech LexDev. Initialement avocat en droit du travail, il fonde fin 2016 sa legaltech, avec son associé avocat Haïba Ouaissi ainsi que deux développeurs, Vincent Bernier et Julien Herran. Aujourd'hui, l'équipe compte huit personnes, et espère s'agrandir dans les mois à venir.

Cette legaltech propose d'automatiser des documents juridiques, permettant à la fois un gain de temps et de productivité, mais également de sécuriser chaque document. Les clients ont le choix entre un abonnement donnant accès au catalogue de la legaltech, composé de plus de 30 documents juridiques automatisés, et une formule d'automatisation sur mesure.

LexDev s'est installée au sein de Station F, le plus grand incubateur d'Europe situé dans le 13e arrondissement de Paris, aux côtés notamment de trois autres legaltech, Share Your Knowledge, Le Droit pour moi et Case Law Analytics. Les quatre start-up ont d'ailleurs fondé ensemble l'association Legal F.

Affiches Parisiennes : Comment est née l'idée de fonder une legaltech ?

Hamdi Ouaissi : L'idée de la legaltech nous est venue, à l'origine, par un besoin que nous avions. J'étais avocat spécialisé en droit du travail, dans le cabinet Cassius Avocats. Nous rédigions beaucoup de documents juridiques complexes. Lorsqu'est arrivé le début de la legaltech en France, nous nous sommes posés la question de la transformation numérique de notre structure et des outils qui pouvaient nous aider. Il existait beaucoup de solutions B to C, mais pas de solution qui collait aux besoins des professionnels du droit, notamment en termes d'automatisation. Nous avons donc décidé de créer la nôtre, en pensant que ça allait durer quelques mois. Finalement, le projet a pris beaucoup d'ampleur et c'est devenu une start-up à part entière. Aujourd'hui, nous sommes quatre associés, deux avocats et deux développeurs, avec une répartition des tâches très complémentaire.

A.-P. : Comment fonctionne votre solution ?

H.O : C'est une solution d'automatisation sur-mesure de documents juridiques. Nous avons créé notre propre langage informatique, à la croisée du droit et de l'informatique. Nous avons réuni autour de la table des développeurs, des avocats et avons débuté avec un modèle de contrat complexe en droit du travail : un CDD personnalisé avec la convention collective Syntec. Il fallait créer un langage suffisamment simple pour être compris par les juristes et suffisamment complexe pour prendre en compte toutes les variables du droit du travail. Ensuite, nous avons pu décliner le langage dans d'autres domaines de droit, notamment en droit des sociétés et en droit immobilier.

A.-P. : Une fois le langage établi, est-il plus simple d'appliquer cette solution dans les autres branches du droit ?

H.O : Exactement, c'est un langage universel basé sur la logique informatique appliquée au droit. Une fois les algorithmes créés et testés sur un premier contrat complexe, ils étaient prêts et applicables à d'autres types de contrats.

A.-P. : Quelle a été la première étape de votre travail ?

H.O : Nous avons commencé par construire un arbre décisionnel pour un contrat-type. Après avoir créé cet arbre long et complexe, nous avons élaboré des algorithmes qui permettaient de naviguer au sein de cet arbre, notamment par le bais d'un questionnaire intelligent. C'est ainsi qu'on a pu diviser le temps moyen de rédaction d'un document par cinq au minimum, tout en conservant le plus haut degré de sécurité.

A.-P. : L'aide de votre associé juriste-informaticien Vincent Vernier était-elle précieuse ?

H.O. : La logique juridique et la logique informatique sont complètement différentes. Les faire se comprendre et plus encore collaborer était un véritable défi. Donc oui, l'associé qui a une formation de juriste et qui est développeur depuis plus de 15 ans, nous a permis de faire communiquer les deux, surtout au départ, lors de la création du langage informatique.

D'ailleurs, le fait que nous maîtrisions ce langage informatique si important que nous avons créé, c'est notre particularité. La plupart des legaltech dans le domaine de l'automatisation utilisent des solutions « clés en main », le plus souvent américaines, d'assemblage de clauses. Ces solutions standards répondent à des besoins simples mais sont du coup un peu limitées en matière d'automatisation. C'est la raison pour laquelle elles ne séduisent pas les professionnels du droit qui ont des besoins spécifiques. Pour répondre à ces besoins, par exemple automatiser un contrat de travail avec convention collective ou un bail commercial spécifique, la seule voie possible était pour nous de créer notre propre langage, totalement modulable.

A.-P. : Qu'en est-il de la protection de votre solution ?

H.O. : En France comme en Europe, on ne peut pas déposer un brevet sur un langage informatique. C'est, si on peut dire, un angle mort du droit de la propriété intellectuelle. Cependant, plutôt que de nous concentrer sur la protection de la solution, nous préférons profiter de cette technologie pour équiper le plus grand nombre de professionnels du droit et continuer à améliorer sans cesse notre outil.

A.-P. : Avez-vous rencontré des critiques ?

H.O. : Oui, bien sûr, comme tous les entrepreneurs qui lancent une solution nouvelle sur un marché particulier. Ceci dit, un entrepreneur se doit d'avoir une vision, de convaincre, d'aller au-delà des obstacles qu'il rencontre et, parfois, de faire un véritable travail de pédagogie pour expliquer en quoi ce qu'il propose apporte de réels bénéfices à ceux à qui il s'adresse. Ce fut le cas pour LexDev sur le marché du droit où l'automatisation n'est pas totalement entrée dans les pratiques quotidiennes.

Cela étant, les craintes et/ou critiques ont été bien moindres pour nous qui sommes dans le domaine de l'automatisation que pour d'autres start-up qui se sont lancées dans l'IA. L'Intelligence Artificielle soulève encore beaucoup de doutes, à la fois sur la viabilité de la technologie et sur sa finalité. Certains craignent notamment que l'IA puisse à terme remplacer leur profession. On en est très loin. Le droit, c'est très spécifique, l'intervention humaine au début et à la fin de la chaîne de valeur est absolument indispensable, certainement pour encore longtemps. Et surtout, l'état actuel de l'IA ne permet pas de couvrir tout le champ d'activité du juriste.

A.-P. : Pour le moment, l'IA permet-elle simplement de gagner du temps ?

H.O. : Pas seulement. L'IA, comme la technologie en général, devrait être abordée positivement par les professionnels du droit. C'est ce qui nous permettra à tous à la fois de gagner en productivité, en sécurité juridique mais aussi de mieux délivrer les services et prestations juridiques aux clients. Finalement, cela permet également de devenir plus compétitifs.

A.-P. : Vous qui êtes avocat à l'origine, comment avez-vous été reçu ?

H.O. : Le regard porté sur la legaltech a beaucoup évolué depuis deux ans. Au départ, il y avait un regard interrogatif à l'égard de la legaltech, dubitatif, voire suspicieux. Aujourd'hui, la plupart des professionnels du droit, juristes en entreprise ou avocats, cherchent à savoir comment collaborer avec les legaltech. Ils ont compris que les startup
qui leur proposaient des solutions technologiques n'étaient pas leurs concurrents mais de possibles partenaires pour la transformation numérique de leur profession.

A.-P. : Combien de temps vous faut-il en moyenne pour élaborer un document ?

H.O. : Automatiser un document sur-mesure peut prendre quelques heures ou quelques jours, en fonction de sa complexité. Ce que nous faisons, c'est que nous partons des modèles transmis par nos clients, leur proposons un premier modèle automatisé que nous enrichissons de toutes les conditions et variables que le client souhaite. Une fois ce modèle réalisé, il est intégré au catalogue disponible aux cotés de tous les autres modèles, et peut être utilisé de manière illimitée par tous les juristes et les avocats.

A.-P. : En février 2018, vous recevez le prix Legal Tech Challenge. Vous vouliez à ce moment développer une nouvelle fonctionnalité à votre solution, qu'en est-il aujourd'hui ?

H.O. : Ce prix nous a apporté beaucoup de visibilité. Depuis, nous avons été contactés par plusieurs directions RH et directions juridiques, par des cabinets d'avocats souhaitant engager leur transformation numérique, par des experts-comptables et quelques investisseurs. En discutant avec nos utilisateurs, nous avons réfléchi à développer d'autres fonctionnalités, notamment en utilisant l'IA et pour ce qu'on appelle la « sécurisation de contrats ». Mais aujourd'hui ce n'est pas notre priorité, nous continuons surtout à développer la solution d'automatisation avec des fonctionnalités de type work flow notamment.

A.-P. : Votre solution soulève la question des données personnelles. Comment avez-vous appréhendé l'entrée en vigueur du RGPD ?

H.O. : Notre plateforme a, dès sa conception, été pensée pour garantir les droits des utilisateurs concernant le traitement de leurs données personnelles, c'est le concept de « privacy by design » inspiré par le règlement européen sur la protection des données, le fameux « RGPD » qui entre en vigueur le 25 mai. Ainsi, nous avons mené un audit complet de nos infrastructures qui nous a conduit à prendre en charge nous-mêmes tout un ensemble de fonctionnalités habituellement déléguées à des tiers, des fonctionnalités qui engendrent habituellement des transferts de données en dehors de l'Union européenne.

De plus, au sein de notre site, nous avons une interface claire qui permet au client d'exercer l'ensemble des droits garantis parle RGPD (notamment la révocation du consentement au traitement des données, la rectification des données, leur portabilité, etc.).

Enfin, nous avons conduit un audit des risques concernant les possibilités de vol de données et établi des procédures de réaction. Dans tous les cas, les données sensibles sont cryptées, conformément aux dispositions du RGPD.

A.-P. : Quelles données exactement ?

H.O. : Dans le cadre de l'objectif de « minimisation » des données (c'est-à-dire ne recueillir que les données strictement nécessaires) et d'intérêt légitime du traitement, nous ne recueillons pas de données superflues dont la collecte n'aurait pas un but légitime. En résumé, les données collectées nous permettent l'exécution du contrat avec le client,et uniquement cela.

 Hamdi Ouaissi, Vincent Bernier, Julien Herran et Haïba Ouaissi.
Hamdi Ouaissi, Vincent Bernier, Julien Herran et Haïba Ouaissi.




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