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Les quartiers d'affaires se réinventent

Le programme international Revolution@work organisé à La Défense, qui ambitionne de réinventer le travail de demain, a donné la parole durant deux jours à de nombreux acteurs impliqués dans cette transition. La mobilisation des quartiers d'affaires internationaux n'a pas été en reste, avec une plénière consacrée à l'hybridation progressive de ces poumons économiques.
Les quartiers d'affaires se réinventent

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Alors qu'ils étaient au départ uniquement destinés au business et au rayonnement des grandes entreprises, les quartiers d'affaires font aujourd'hui l'objet de mutations, à l'image de la transformation des métiers, des bureaux ou de la façon même de travailler.

Des mutations dont sont venus témoigner récemment des membres du RIQA, (membres du Réseau international des quartiers d'affaires) lors de la plénière de revolution@work intitulée « évolution des quartiers d'affaires ».

Dans la mesure où le travail connaît des évolutions majeures (nouvelles formes de management, plus grande porosité vie privée/vie professionnelle, nomadisme …), et sachant que les bureaux se vident, notamment en raison du télétravail, les quartiers d'affaires sont amenés à se réinventer.

Marie-Célie Guillaume, directrice générale de Defacto (établissement public chargé de la gestion de La Défense), a rappelé que si les différentes fonctions des quartiers étaient autrefois séparées (ville-dortoir, ville-centre…), il est aujourd'hui nécessaire de transformer les quartiers d'affaires en de véritables lieux de vie. Et du fait de l'arrivée des nouvelles formes de travail, introduite en partie grâce aux nouvelles technologies, cette communauté tend à déserter les bureaux traditionnels.

Le cas de La Défense est parlant en la matière, puisque de prime abord, le quartier paraît plutôt froid, et « semble incarner l'organisation du travail d'hier, la verticalité, le cloisonnement et la hiérarchie ». Or, Pour Marie-Célie Guillaume, ce qui fait la valeur du site, ce n'est pas seulement ses grandes entreprises ou son réseau de transport efficace, c'est aussi la communauté humaine qui le compose.

@A.P. - Michael Edwards, président du Chicago Loop Group, présentant son quartier d'affaires, et Gale Brewer, présidente du Manhattan Borough.

D'où la nécessité de poursuivre l'effort déjà amorcé (centre commercial des Quatre temps, cinéma) de fédérer cette communauté. Il s'agit notamment pour Defacto de faire de la dalle piétonne un « atout », en la transformant en lieu d'échange, de rencontres, afin de garder les salariés sur place une fois la journée de travail terminée.

Marie-Célie Guillaume souhaite réaliser en ce sens « des lieux qui vibrent », permettant de montrer aux 170 000 salariés qu'ils ne sont pas seulement locataires mais aussi acteurs de leur quartier. Avoir des lieux avec une « telle concentration de talents » nécessite des échanges, des rencontres. « L'underground » offert par la dalle peut faire partie de la solution.

La Défense étant cette année à la tête du Réseau international des quartiers d'affaires (RIQA), Defacto a pour ambition de donner une nouvelle impulsion à ce programme, et revolution@work fait partie de cet élan. Cette plénière a d'ailleurs été l'occasion de montrer que les quartiers d'affaires n'hésitent pas à tirer parti de l'expérience de leurs homologues.

C'est particulièrement le cas du district de Tianhe (préfecture de Canton). Qiu Weiqing, directeur de ce jeune quartier d'affaires, a confié s'être inspiré des erreurs et des réussites de ses concurrents, comme le fait d'avoir des transports en commun efficaces, ou de créer des lieux d'animation et de rencontres.

André Poulain, directeur général de Destination centre-ville à Montréal, a indiqué de son côté que Manhattan (représenté par Gale Brewer, sa présidente) était le modèle de référence pour sa ville, qui bénéficie tout de même d'une main-d'œuvre bilingue et particulièrement qualifiée (Montréal compte le premier studio d'Ubisoft situé sur le continent américain).

Michael Edwards, président de la Chicago Loop Alliance, a également confié avec humour qu'il dérobait certaines idées des différents quartiers d'affaires concurrents, comme la mise en place d'un service de vélos partagés.

Mais c'est finalement le passage d'un monde vertical (modèle hiérarchique, gratte-ciel) à un monde plus horizontal sur lequel travaillent activement les quartiers d'affaires internationaux. À l'image de la dalle parisienne qui devra apporter plus « de ludique et de poésie » au quartier de La Défense et constituera une avant-garde de ce que deviendront les quartiers d'affaires hybrides de demain.

Trois questions à... Marie-Célie Guillaume

Pourriez-vous rappeler quels sont les atouts de La Défense, dans le cadre de révolution@work?

Le premier atout de La Défense c'est cette concentration formidable de talents, nous avons 500 entreprises et 170 000 salariés qui viennent travailler ici tous les jours. C'est une concentration exceptionnelle et c'est de fait un laboratoire des nouvelles façons de travailler ce qui n'est pas forcément évident au premier abord. Les gens qui ne connaissent pas La Défense pensent plutôt à l'univers des très grandes entreprises, et du monde du travail de l'organisation d'hier, mais en réalité ce n'est plus le cas.

L'innovation est entrée partout. C'est une obligation aujourd'hui pour toutes les entreprises, y compris les grandes, si elles veulent continuer à être attractives, ne serait-ce que pour les talents, il faut qu'elles se remettent en cause, sur leur façon de manager, sur l'organisation des espaces et sur leur relation avec le territoire/environnement, donc avec le quartier. C'est vraiment un laboratoire et l'objectif pendant ces deux journées était aussi de le montrer.

Quelles réalisations ont été faites en la matière ?

Nous, chez Defacto, nous sommes en charge des espaces publics. Sur la dalle, c'est-à-dire l'horizontal qui relie les tours entre elles, nous faisons beaucoup d'expérimentations, parce que nous y croyons beaucoup, au lieu de faire des grands plans à 30 ans.

Par exemple, nous travaillons sur la question de savoir comment utiliser le mobilier urbain pour en faire des lieux qui favorisent l'échange, la rencontre, et qui soient l'extension du bureau.

Vous en avez ici la démonstration, avec la rue des utopies (un espace zen sans connexion internet, ndlr) ou Big Board (une table de meeting géante, ndlr) qui sont deux mobiliers créés pour La Défense à l'échelle du quartier et ont vocation à être à la fois des espaces de rencontre, à injecter aussi de la poésie et une dimension ludique dans ce quartier très minéral et très focalisé sur le travail.

Quelle forme prendra la nouvelle impulsion que vous souhaitez donner au RIQA ?

Durant ces dernières années, alors que le RIQA était présidé par la Chine, il a surtout permis de fédérer les quartiers d'affaires chinois qui sont en plein essor, et cela a été intéressant de voir ce qui se passe là-bas.

Maintenant que je prends la présidence de ce réseau, je souhaite en faire un espace d'échange de nos pratiques, un vrai réseau où l'on puisse partager sur nos problèmes respectifs. Nous avons quand même beaucoup de choses en commun, et cela m'intéresse de voir quelles sont les solutions imaginées à Montréal, Tokyo et Canton.

La deuxième chose, et cela a été évoqué lors de cette conférence, les start-up, même quand elles sont petites, sont déjà mondiales, et le RIQA doit nous permettre de travailler en coopération les unes avec les autres.

Bien sûr, nous sommes en compétition mais nous devrions pouvoir partager notre hub et notre pépinière de start-up afin de les aider lorsqu'elles le souhaitent s'installer dans un autre quartier d'affaires.

Si j'ai Montréal dans mon réseau, par exemple, je sais que si je les envoie là-bas elles seront bien orientées avec une réponse adaptée à leurs besoins de bureaux ou d'habitation. C'est une piste que l'on va explorer pour renforcer ce réseau des quartiers d'affaires.

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