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Les professions du droit et du chiffre mobilisées face à la disruption

le - - Entreprise - Vie des entreprises

Les professions du droit et du chiffre mobilisées face à la disruption
© A.P. - Jaap Bosman présente son ouvrage intitulé Death of a Law Firm

Lors de la dernière JINOV (Journée de l'innovation du droit et du chiffre) les principaux acteurs des mondes du chiffre et du droit ont débattu de l'avenir de leurs professions, en ces temps de mutation avec la transition digitale, l'open data, les legaltechs et l'interprofessionnalité. L'avocat Kami Haeri y a notamment présenté son rapport sur la profession d'avocat remis le jour même au garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas.

Loin d'être consensuelle, la session plénière de cette deuxième édition de JINOV intitulée « Comment réussir la transition digitale ? » a réuni des points de vue variés sur le sujet majeur qui bouscule les professions du droit. « Un débat dont on ne peut se priver aujourd'hui », explique le célèbre professeur de droit Bruno Dondero.

Du latin « rompre », la disruption est une stratégie d'innovation par la remise en question des formes généralement pratiquées sur un marché, pour accoucher d'une vision créatrice de produits ou de services radicalement innovants. Remis au goût du jour avec l'arrivée d'Uber sur le marché du transport, ce terme est parfois utilisé pour qualifier la rupture que connaît le marché juridique.

Si on n'évoque pas ce débat d'autres le feront à notre place

En effet, le numérique change la donne. Après une belle ouverture du sujet par le bâtonnier de Paris, Frédéric Sicard, Bruno Dondero a animé une table ronde réunissant Kami Haeri (associé, August & Debouzy) et Pierre Berlioz (conseiller du garde des Sceaux), Benjamin Jean (président d'Open Law), Stéphanie Fougou (présidente de l'AFJE), Jean-François Henrotte (associé Lexing Belgique, Prix de l'innovation 2016 du CCBE) et Alexis Deborde (fondateur de Leganov). Les deux premiers étaient venus présenter le rapport sur « L'avenir de la profession d'avocat » en avant-première.

« C'est une période compliquée, car on ne peut plus se contenter de suivre l'évolution du droit, il faut être attentif à l'évolution du ‘‘comment on fait du droit et comment on le vend''. Si on n'évoque pas ce débat, nous les juristes, d'autres le feront à notre place ! », a introduit Bruno Dondero. Ce dernier a ensuite donné la parole aux représentants de la première profession du droit, les avocats, et de la deuxième, les juristes d'entreprise.

Frédéric Sicard est un bâtonnier moderne conscient des défis que sa profession doit relever. Enclin à nouer des partenariats avec des legaltechs, il tient toutefois à préserver la déontologie du barreau. Il estime ainsi que la démarche de labellisation des legaltechs qui s'ouvre avec la charte Open Law est « une très bonne voie ». Le barreau parisien est attentif aux services juridiques proposés sur le net. Il a ainsi fait suspendre des sites mensongers relatifs au divorce sans juge. Il milite pour que les producteurs de services juridiques se soumettent à des règles d'audits interne et externe. Le bâtonnier « souhaite rester positif là-dessus, même s'il faut du contrôle ».

Stéphanie Fougou, présidente de l'Association française des juristes d'entreprise, est sur la même longueur d'onde. Le numérique propose des outils incontournables. « La transformation digitale s'est faite en entreprise depuis bien longtemps », a-t-elle souligné. En outre, les jeunes souhaitent entrer dans des entreprises où ils peuvent utiliser le numérique (télétravail, information en ligne, partage des données à toute heure, benchmark facilité…). « 70 % des juristes d'entreprise travaillent sur des matières internationales, ils ont donc besoin d'internet et du digital », a-t-elle ajouté avant de partager son retour d'expérience de négociations avec les assureurs. Former les juristes aux outils digitaux est ainsi « une priorité absolue ». Selon elle, les legaltechs se sont développées, car il y avait des besoins qui n'étaient pas satisfaits.

Former les juristes aux outils digitaux est « une priorité absolue »

Alexis Deborde, fondateur de Leganov, qui conseille les professionnels du droit dans leur communication digitale, acquiesce. L'espace internet est indispensable pour les professions juridiques, car il permet de vendre une marque et ses services. « Le marketing digital se rapproche du client et l'attire dans un parcours prédéfini. » Selon lui, la deuxième vague qui arrive après l'uberisation est celle de l'intelligence artificielle. « Malheureusement, on ne sera jamais aussi fort que l'IA, il faut donc repenser complètement la prestation juridique. » Ce consultant conseille ainsi de mettre en avant la déontologie, l'humain, le relationnel et la confiance.

Pour lui, les véritables enjeux seront :

• comment appréhender l'IA et trouver les outils pour un meilleur service humain ;

• construire l'expérience client ;

• développer une gouvernance du droit digital ;

• modifier la manière dont on construit les lois.

Pour Benjamin Jean, président d'Open Law « un ensemble de personnes qui a réussi à mener à bien un certain nombre de projets juridiques en collaboration, telle que la charte éthique des legaltechs » agite la sphère juridique sur ces sujets.

Si le numérique transforme considérablement les usages du monde du droit, ce dernier n'est pas une matière si simple pour les technologies digitales car les données à traiter sont délicates et très techniques. C'est pourquoi, Open Law mène des réflexions sur l'ouverture de la jurisprudence, l'éthique, l'IA, la blockchain, le legal design…

Jean-François Henrotte - « un cousin du Nord » qui a reçu le Prix de l'innovation 2016 du Conseil des barreaux européens - a créé un groupe de travail au barreau de Bruxelles pour élaborer « un avocat augmenté par l'IA et le Big data » avec un outil mutualisé qui puisse élever l'ensemble de l'avocature. Ce logiciel va apprendre au fur et à mesure en utilisant la technologie du deep learning avec les retours d'expérience des nombreux avocats utilisateurs. Il a d'ailleurs fait une démonstration en utilisant l'outil « pythagoria » devant une assemblée conquise.

Pour finir, Jaap Bosman (TGO consulting) est venu faire la présentation dynamique de son livre intitulé Death of a Law Firm, qui prévoit non pas la fin des cabinets d'avocats et de la profession, mais celle de leur business model. Cet ouvrage soulève la question épineuse de la standardisation du service juridique, notamment grâce à l'IA, sa nature furtive et le refus des avocats qu'elle n'affecte leur pratique.

De nombreux défis à relever

Cette Journée de l'innovation du droit et du chiffre a proposé six ateliers thématiques offrant un lieu d'échange et de réflexion stratégique sur l'avenir et la transformation des professions :

  • Protection des données des juristes et secret professionnel
  • Ouverture de la jurisprudence : quelles opportunités pour les professionnels ?
  • Coécriture de la loi : comment rendre les textes plus adaptés à notre nouvel environnement ?
  • Développement des plateformes : quelle(s) attitude(s) face aux nouveaux acteurs ?
  • Les nouvelles collaborations des experts-comptables après la loi Macron
  • Développer son cabinet d'expertise-comptable à l'ère du numérique.

Avec la problématique plus générale de la transition digitale, ces différents thèmes reflètent les défis induits par la révolution numérique que les professions du droit et du chiffre doivent relever




Anne MOREAUX
Journaliste

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