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Les Notaires du Grand Paris ouvrent le débat sur l'héritage

Le think tank des Notaires du Grand Paris, le Club du Châtelet, a récemment invité le sociologue Jean Viard à venir soulever les questions de société autour de la transmission d'héritage et du droit des successions.
Les Notaires du Grand Paris ouvrent le débat sur l'héritage

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Au cœur de la campagne présidentielle, mais surtout une des grandes questions de société actuelles, l’héritage mérite une mise en perspective. De fait, presque tous les candidats proposent une réforme de la fiscalisation de l’héritage pour une réduction ou une hausse. C’est pourquoi les Notaires du Grand Paris ont décidé d’accueillir un expert pour venir poser un regard original sur cette thématique juridique et sociale majeure.

Animée par David Abiker, journaliste et chroniqueur sur Radio Classique, cette 27e édition des Rendez-vous du Club du Chatelet a proposé un débat riche d’enseignements entre Jean-François Sagaut, président du Club du Châtelet, Cédric Blanchet, président de la Chambre des notaires de Paris, et le sociologue Jean Viard.

« C’est vrai que l’héritage est au cœur des préoccupations de nos concitoyens et ça nous parait intéressant d’avoir une vision un peu différente de celle qu’on peut avoir dans nos études et très technique de la matière », a précisé Cédric Blanchet en introduisant le sujet.

Pour la Chambre, « c’était une certaine surprise de voir que les candidats en parlent tous », à tel point qu’elle est actuellement en plein travail de recueil sur ce sujet et prépare un livre blanc avec différentes propositions en matière de fiscalité de la succession « et pas que, car la fiscalité est une chose importante, mais ce n’est pas le seul élément de l’héritage ».

« Nous recevons près de 20 millions de Français dans nos études chaque année, que nous sommes amenés à accompagner, à comprendre ce qui les anime à ce moment critique de la transmission, donc nous avons perçu que regarder uniquement l’angle fiscal est souvent anxiogène et amène à des décisions contreproductives », a ajouté Jean-François Sagaut mettant en avant le rôle de pacificateur du notaire.

L’esprit du Club du Châtelet étant de développer et renforcer les relations entre les notaires franciliens et les responsables des institutions politiques, économiques, universitaires, administratives et judiciaires, son ambition est d’apporter une contribution aux débats sur des sujets juridiques d’intérêt général comme le droit des successions.

Le sociologue spécialisé dans l’étude de l’utilisation du temps libre des Français, s’est vite rendu compte que « plus la vie est longue, plus on la vit par séquences courtes et qu’à tout âge on peut recommencer sa vie, ce qui n’était pas le cas des générations précédentes ». Il trouve ainsi « fascinante » cette société du temps long et des périodes courtes qui permettent de se réinventer.

© DR

Aujourd’hui on hérite après la vie d’adulte

L’âge moyen des héritiers français est actuellement de 50 ans, et l’âge médian de 63 ans. Le montant moyen de l’héritage s’établit autour de 120 000 euros, tandis que l’héritage médian se situe à environ 70 000 euros. Désormais, il n’est pas rare d’hériter à plus de 65 ans, « à un moment où finalement on a plus vraiment besoin d’un capital pour démarrer dans la vie », a fait remarquer David Abiker avant de demander à Jean Viard, avec une délicieuse indiscrétion, de « se décrire en tant qu’héritier et légataire ».

L’invité s’est alors qualifié de « caractéristique de sa génération », expliquant que ses parents lui ont payé ses études jusqu’à Bac+3, qu’il est ensuite allé vivre à la campagne « en mode babacool » en achetant une ruine dans le Lubéron qu’il a « reconstruite de ses blanches mains » et qui vaut aujourd’hui une fortune. A côté de ça, il a créé une entreprise d’édition « qui marche bien et publie entre autres le Président de la République », dont il organise en ce moment la reprise par une de ces filles, en essayant de ne pas défavoriser ses autres enfants. Il salue d’ailleurs le régime successoral avantageux instauré par le Pacte Dutreil.

Jean Viard se considère comme « typique » de son époque en ce qu’il a une famille recomposée : il eu 4 enfants avec 2 femmes différentes dont 2 qui ne sont pas de lui mais qu’il a élevé. Il trouve d’ailleurs intéressant de constater qu’il n’a pas forcément la même vision de l’héritage envers eux parce que « mine de rien la génétique existe et que des enfants qu’on a simplement élevé, on ne les considère quelque part pas exactement pareil, y compris parce que le contrat de long terme n’est pas le même : quand le conjoint vous quitte, ses enfants s’en vont, alors que vos propre enfants, même si vous ne vous entendez pas avec, seront là à votre enterrement ».

« Aujourd’hui on hérite après la vie d’adulte alors que les générations précédentes héritaient vers 40 ans ce qui leur permettait un changement de vie», explique Jean Viard.

Le sociologue confie en effet « avoir hérité comme tout le monde » et gardé la maison familiale qui est pour lui un objet symbolique et a pu acheter une maison secondaire avec l’héritage de son épouse.

Repenser les politiques par la géographie des familles

Ce qui est crucial pour le sociologue est de « penser une géographie des familles » avec un échange intergénérationnel pour « garder les enfants et garder les vieux en recréant du lien territorial ». Il critique d’ailleurs que l’Etat ne pense pas à cet état de fait dans ses politiques, notamment pour le logement social par exemple, qui n’intègre absolument pas les critères d’ascendant ou de descendant isolé, ou bien pour les nominations des fonctionnaires ou les réversions de pensions toujours liées au mariage.

Selon lui, la société post-68 a fait sortir les gens de leurs liens sociaux, ce qui a complètement modifier les dynamiques familiales car « on a pris de la distance avec les règles institutionnelles comme le mariage » et qui offre « une extraordinaire liberté individuelle ». Si la structure des familles s’est énormément renforcée, elle est devenue une « famille-tribue et non-institutionnelle » avec beaucoup de solidarité des générations, dont les ruptures ont été accélérées par la pandémie.

« Je suis favorable à l’héritage car à un moment c’est aussi ce qui fait qu’on se concentre dans un projet de protection de nos descendants…ça relève de l’intime, c’est une mémoire, une trace », a déclaré Jean Viard.

Pour lui, plus les Français ont peu confiance dans le fait de toucher leur retraite, plus ils sont attachés à l’héritage, c’est pourquoi les questions du patrimoine, des successions et des retraites sont profondément liées. En France, une grande partie des gens ont des toutes petites retraites ce qui les poussent à investir dans la pierre pour avoir des revenus-loyer afin d’assurer leurs vieux jours. Le sociologue lie aussi cela avec la question politique de l’égalité éducative qui devrait assurer à chaque enfant les mêmes possibilités d’avenir, ce qui est loin d’être le cas. Le capital familial, monétaire et éducatif doivent ainsi être mis sur la table en même temps.

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