Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Les Lundis de l'Ihedn : Pierre Moscovici défend le modèle de protection de l'Europe

le -

Les Lundis de l'Ihedn : Pierre Moscovici défend le modèle de protection de l'Europe
@ DR - Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes.

Invité des Lundis de l'Institut des hautes études de défense nationale (Ihedn), Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, s'est exprimé le 8 février dernier et a exposé sa vision de « l'Europe qui protège ».

Acteur incontournable de la diffusion de l'esprit de défense, l'Ihedn se veut être le lieu privilégié du débat et de la réflexion nécessaires à la compréhension des enjeux stratégiques. A travers ses « Lundis de l'Ihedn », l'institut propose des conférences publiques de haut niveau, afin de décrypter un environnement de plus en plus complexe, permettant, à chacun, de se situer et de susciter des échanges sur les questions clés du moment.

C'est dans ce cadre que L'Ihedn a récemment organisé une conférence-débat sur le thème de l'Europe qui protège, en présence de Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes depuis juin dernier, en qualité d'invité exceptionnel, et de Madame l'Ambassadeur de France Sylvie Bermann, en qualité de grand témoin.

Lors de son intervention, celui qui se dit avoir « l'Europe dans la peau » a partagé son regard sur la protection européenne menée tant sur le plan social, économique, sanitaire, environnemental, que sur celui de la sécurité commune, de la défense et sur la construction d'un modèle de développement européen.

Une Europe qui protège

Comme l'a rappelé Pierre Moscovici, le sujet de l'Europe qui protège n'est pas nouveau et les réflexions qu'il soulève remontent à loin. Lors du traité de Maastricht en 1992, le Président François Mitterrand l'avait évoqué et envisagée comme multiplicateur de puissance pour la France et en 2008, le Président Sarkozy l'avait repris, sous l'angle de l'Europe forteresse. La place de ce sujet dans le débat public et européen est donc ancienne et s'est structurée sur l'objectif de répondre aux craintes des citoyens.

Le thème de la protection est également devenu de plus en plus important ces dix dernières années, durant lesquelles l'Europe a subi un enchainement de crises : en 2008, 2010 puis en 2016 avec successivement les chocs du Brexit et de l'élection de Trump.

D'autres sujets inquiétude sont peu à peu apparus, relatifs au réchauffement climatique, à la mondialisation, aux ruptures technologiques, sur fond d'une croissance peu dynamique dans plusieurs État membres. S'en est suivi une volonté accrue de protection de la part de ces derniers. Face à ce besoin grandissant, le Président Macron a fait du thème de la protection le cœur de son projet européen, qui comprend trois enjeux : la liberté, la protection et le progrès.

Pierre Moscovici refuse, pour sa part, l'écueil de l'angle uniquement sécuritaire ou uniquement défensif et en appelle à « élargir le spectre, avoir un discours positif et combatif, oser dire que l'Europe nous protège déjà ».

Il rappelle tout d'abord que la première des protections qu'offre l'Europe est la liberté, la protection des droits fondamentaux et des libertés individuelles, à un niveau qui est sans comparaison à celui dans le monde, grâce à des institutions qui viellent à assurer le respect des engagements souscris par les pays membres, comme la CEDH et la CJUE, dont les décisions permettent de faire évoluer les législations nationales.

L'Union européenne (UE) assure une réelle protection des citoyens, notamment via la Charte des droits fondamentaux proclamée en 2000, mais aussi des travailleurs, des consommateurs, des données personnelles, avec le Règlement général sur la protection des données (RGPD) de 2016, de l'écologie et de la santé. En cette période de crise sanitaire, l'UE s'est largement mobilisée et a commandé près de 2 milliards de doses à six laboratoires pharmaceutiques. Son rôle est central dans l'accès au vaccin, tant pour les citoyens européens que pour le reste du monde.

« Le nationalisme vaccinal n'est pas la réponse et l'Europe est, là encore, une protection », assure Pierre Moscovici.

Comme l'explique le premier président de la Cour des comptes, elle est, en effet, l'un des principaux donateurs du Covax, une initiative de l'OMS visant à favoriser un accès mondial et équitable à la vaccination contre la Covid-19, notamment aux pays aux revenus faibles ou intermédiaires, et a annoncé en novembre dernier qu'elle apporterait 100 millions d'euros supplémentaires, sous forme de subventions, qui compléteront les 400 millions déjà engagés.

Et qui se protège

Parce que l'UE doit aussi se protéger, elle veille, tout d'abord, à la défense de ses intérêts économiques et financiers. Pour cela, elle doit bénéficier de conditions de concurrence justes et équitables pour l'accès aux marchés publics, exiger la réciprocité, de « jouer à armes égales ».

Si le marché européen est le plus ouvert au monde, l'UE doit protéger ses producteurs et donc mieux s'armer dans le cadre des échanges internationaux, pour être plus crédibles. Pierre Moscovici défend, à ce titre, une réforme de la politique commerciale européenne, pour la moderniser, un sujet sur lequel l'UE est de plus en plus proactive : elle a notamment instauré des taxes sur certains produits américains et ouvert une enquête sur les aides d'Etat en Chine, dans le secteur de l'aluminium. L'objectif d'une concurrence équitable doit aller de pair avec la souveraineté juridique et la politique de concurrence de l'UE, pour lesquelles elle doit continuer de se mobiliser, comme avec les amendes imposées aux GAFAM ou la promotion du rôle international de l'euro. Elle doit continuer de protéger ses savoir-faire, ses technologies et ses secteurs stratégiques et renforcer sa souveraineté économique, pour lui permettre de protéger au mieux ses infrastructures, ses entreprises et ses grands groupes contre les acquisitions étrangères.

Se protéger implique également de la part de l'UE qu'elle fasse respecter de la part de ses partenaires commerciaux et des leurs, les valeurs essentielles qu'elle s'est fixées : le respect des normes sanitaires et environnementales, la protection des données, le juste paiement de l'impôt etc. La fiscalité s'avère d'ailleurs être un sujet de nombreux blocages au sein de l'UE, s'agissant de la taxe sur le numérique ou de la réforme de la TVA, pourtant porteuses d'avancées pour les entreprises.

A ce titre, Pierre Moscovici avait proposé d'abandonner à terme la règle de l'unanimité pour les réformes fiscales, « qui ne nous permettaient plus d'avancer et de faire face aux menaces ».

« Je suis convaincu que la transparence et la justice fiscale doivent prospérer au sein de l'Union européenne », a-t-il déclaré.

L'UE doit également protéger sa souveraineté numérique, en faisant émerger des champions européens dans le domaine, mener à bien le chantier du cloud indépendant, entamé avec le projet Gaia-x qui vise à construire une infrastructure européenne des données.

Enfin, une Europe qui défend ses intérêts protège ses frontières. Elle le fait déjà grâce à l'agence Frontex et à sa politique commune en matière d'asile. Mais l'UE a subi une crise migratoire qui a suscité de nombreux débats sur ce que devait être la solidarité des État membres dans l'accueil des réfugiés. Or, chacun d'entre eux ne peut pas introduire régulièrement et de manière indéterminée des contrôles aux frontières intérieures. Il lui apparait nécessaire de trouver une architecture commune de surveillance des frontières et de politique d'asile mais aussi responsabiliser les État membres et décharger ceux géographiquement en première ligne dans l'accueil des migrants, comme l'Italie et la Grèce.

L'UE doit aussi se protéger à l'intérieur de ses frontières, contre les criminalités et les ingérences démocratiques. Sur le premier point, des avancées en termes de coopération ont été menées, avec Europol qui dispose de plusieurs unités spécialisées, l'Office européen de lutte anti-fraude et le mandat d'arrêt européen. Pour faire progresser sa lutte contre la cybercriminalité ou contre le commerce de contrefaçons, il est impératif d'harmoniser les droits européens de propriété intellectuelle, les contrôles douaniers mais aussi décloisonner l'approche du crime organisé pour développer une stratégie globale. L'UE doit renforcer sa lutte contre les actes d'ingérence, tels que les cyberattaques, les manipulations, la diffusion de fake news, et mener des actions en faveur de la protection de ses valeurs et du fonctionnement de la démocratie.

Se projeter et préparer l'avenir

Comme l'a souligné le premier président de la Cour des comptes, « protéger c'est aussi et d'abord aider à construire l'avenir ». Depuis l'élection de Donald Trump, les Etats membres ont compris qu'un fossé pouvait se créer avec des alliés historiques et que l'ordre international n'est pas immuable et « qu'un partenaire fidèle et sûr ne peut pas et ne doit pas endosser la responsabilité de tous nos intérêts et réciproquement », a déclaré Pierre Moscovici.

Cette Europe puissante, attendue des État membres, a une occasion de se déployer, grâce à une action collective lui permettant de devenir une force géopolitique qui puisse traiter d'égal à égal avec les USA, la Russie et la Chine. Pour Pierre Moscovici, le développement d'industries de défense autonomes, qui ne dépendraient pas de normes et de fabricants américains, est, par exemple, une voie dans laquelle il faut s'engager, de même que celle d'une politique de sécurité et de défense commune dotée de davantage de capacités pour pouvoir répondre à une crise sur son sol ou de réagir à un conflit naissant à sa périphérie.

L'avenir, c'est établir « un modèle de défense européen unique, pacifique et non hégémonique, mais détenteur des attributs du pouvoir », a-t-il affirmé.

Car protéger c'est aussi offrir un projet mobilisateur pour les européens mais aussi pour le monde entier. L'Europe peut être un « moteur au niveau international pour de nombreux sujets », a-t-il ajouté.

Toutefois, elle doit encore répondre à plusieurs défis, comme la sécurisation des approvisionnements énergétiques, l'UE étant encore trop dépendante des importations en pétrole, gaz et le charbon, alors même qu'avec le green deal, elle pourrait être la première à sortir de l'ère du carbone et montrer qu'une transition énergétique peut générer de nouveaux emplois.

« L'Europe peut offrir au reste du monde un modèle de société, ouvert, inclusif, libéral, caractérisé par le respect des droits fondamentaux et des libertés individuelles, un modèle éthique (…). Dans ce nouvel ordre mondial, l'Europe peut enfin incarner les valeurs de la démocratie et du multilatéralisme. »

S'il est vrai que l'Europe ne peut pas tout et dont on ne peut pas tout attendre, elle sera « le fruit de ce que nous en ferons, la somme de nos efforts, de nos engagements, parfois aussi le produit de nos crises », a insisté Pierre Moscovici qui, s'inspirant d'un vers de L'Année terrible de Victor Hugo, a conclu : « nous n'avons pas fini d'être européen ».




Anne MOREAUX
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer