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Les experts-comptables en plein renouveau stratégique

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Les experts-comptables en plein renouveau stratégique
© A.P.

« Les professionnels du chiffre remplissent presque tous les besoins pour les centaines de milliers de chefs d'entreprise, c'est pour cela qu'on vous aime », a lancé le Premier ministre aux 4 000 experts-comptables présents au Zénith d'Auvergne. Fortement impactée par la révolution digitale et l'automatisation, la profession comptable a choisi de saisir les opportunités qui s'offrent à elle.

« Vous contribuez à la bonne santé des territoires, un rôle extrêmement important », a annoncé Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand, en accueillant la profession comptable avec plaisir, après un bon mot adressé au président de région, Laurent Wauquiez, qui n'a pas fait le déplacement. « L'expert-comptable est la typicité de l'organisation économique française en laquelle je crois, avec certification et sérieux », a toutefois commenté ce dernier dans un clip vidéo projeté en introduction.

Olivier Bianchi s'est dit ravi que la profession comptable ait choisi l'Auvergne pour tenir son congrès annuel. Elle n'était venue dans ce territoire qu'une fois, à Royat en 1965, et avait réuni alors 400 personnes.

Ce 73e congrès est d'une toute autre ampleur puisque le Zénith et la Grande Halle d'Auvergne ont accueilli pas moins de 4 017 congressistes et des centaines de partenaires et exposants. L'occasion parfaite pour faire la promotion de la métropole et dynamiser l'activité économique. « Le tourisme d'affaire est un superbe vecteur de promotion territoriale », a souligné l'édile.

Un congrès visionnaire

En ouverture, le président du Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables (CSOEC), Charles-René Tandé, s'est félicité de la bonne fréquentation de cette 73e édition du congrès annuel, malgré un lieu « qui n'a pas fait l'unanimité », et a présenté ses remerciements à tous les organisateurs pour cette belle réussite.

Il s'est ensuite fortement réjoui d'annoncer la visite du Premier ministre pour la clôture du congrès, seulement le quatrième à faire le déplacement à la grand-messe de la profession comptable.

Après le conseil, l'an dernier à Lille, cette année le congrès annuel était dédié à la stratégie et aux compétences au service de la croissance « car ce qui est essentiel pour nous est d'avoir une vision pour notre profession et nos cabinets ».

Pour Charles-René Tandé, « il y a une chance pour tous, à la condition de définir une stratégie tenant compte des évolutions technologiques et réglementaires ».

Le virage numérique, l'automatisation, l'intelligence artificielle, le prélèvement à la source et le projet de loi Pacte (lire encadré) sont en effet en train de bouleverser la profession.

Dynamiques et enjoués, les quatre rapporteurs du congrès, arrivés sur scène Stan Smith aux pieds, ont introduit le sujet avec un quiz participatif mettant en lumière les enjeux auxquels fait face la profession.

« Si dans notre profession le savoir-faire est reconnu, notre faire savoir l'est beaucoup moins », a déploré Catherine Grima.

Il est donc nécessaire d'établir des stratégies, notamment en matière de marketing et de communication. Plus profondément, les cabinets d'expertise doivent revoir leur offre de fond en comble afin de satisfaire au mieux leur clientèle et d'intégrer les nouvelles technologies.

La loi Pacte soulève la profession

Si la loi Pacte contient plusieurs mesures positives pour la profession comptable (honoraires de succès, mandat de paiement, mandat implicite, activités commerciales accessoires, reconnaissance du rôle dans l'accompagnement numérique, statut d'experts-comptables en entreprise), elle semble condamner une partie des commissaires aux comptes.

« Jean Bouquot a exprimé son inquiétude légitime à propos du relèvement des seuils, cette inquiétude est partagée par de nombreux professionnels qui s'interrogent », a expliqué Charles-René Tandé au Premier ministre.

« Nous ne remplacerons pas le CAC dans son rôle d'alerte, pas plus que le contrôleur fiscal ou l'Ursaff, à chacun son rôle », a-t-il lancé sous les applaudissements.

En effet, juste avant lui, Jean Bouquot, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC), est revenu sur l'adoption en première lecture, la veille, du projet de loi Pacte qui soulève la colère de la profession car il envisage la suppression de 153 000 mandats en relevant les seuils d'audit légal pour les petites entreprises.

« Nous ne sommes qu'à mi-chemin de la loi Pacte, les négociations ne sont pas encore terminées », a-t-il cependant souligné en annonçant qu'il ne manquera pas de défendre le rôle des CAC à l'occasion des prochains débats au Sénat « en se battant pour la sécurité financière de notre économie ».

Cette réforme va nécessairement engendrer un changement de paradigme pour les CAC et impacter la profession comptable. « Je voudrais bâtir pour notre profession les fondements d'un nécessaire rebond. Il va falloir que nous soyons très inventifs pour garder notre rôle de proximité au service de la réflexion et de la transparence », a expliqué Jean Bouquot en envisageant la création d'un label des entreprises contrôlées sur la base du volontariat et d'un concept d'attestation « pour que la profession retrouve toute sa fierté et toute son utilité ». « Si l'attractivité et la considération de notre métier ne sont pas renouvelées, nous ne serons pas dans le contrat gagnant-gagnant que vous nous proposez », a-t-il expliqué à Edouard Philippe.

« Un bon stratège prend le temps de la réflexion afin de pouvoir aménager son offre et son cabinet », a souligné Marie-Dominique Cavalli.

Ce congrès était ainsi l'occasion de tracer la route d'une démarche d'optimisation du triptyque cabinet-missions-marchés, avec des conférences organisées autour de deux pôles :

- la stratégie pour permettre à chaque cabinet d'être en capacité de bâtir un véritable projet d'entreprise tenant compte de l'analyse du marché, des besoins de ses clients, de ses objectifs et de ses ressources internes ;

- les compétences pour que chacun approfondisse ses connaissances et son savoir-faire, et puisse apporter les réponses adéquates aux besoins spécifiques de ses clients.

Gilbert Le Pironnec a filé la métaphore avec le bateau qui part en mer en rappelant l'importance de connaître la destination précise, la route à emprunter, l'état du bateau, son équipage, la météo et les réserves dans la cale. Yann Benchora a, quant à lui, mis en avant le principe d'holacratie, une gouvernance basée sur l'intelligence collective.

Discours virulent de Jean Bouquot, président de la CNCC, devant le Premier ministre et Charles-René Tandé, président du CSOEC. © A.P.

Des modèles inspirants

Pour la plénière d'ouverture, le CSOEC a réuni un panel d'intervenants inspirant et varié autour d'une table ronde sur la stratégie économique.

« Michelin est l'exemple parfait d'une transformation et d'une continuité », a confié Marc Henry. Le directeur financier du célèbre groupe industriel qui fait la fierté de Clermont a ainsi partagé des anecdotes sur les nombreuses innovations de Michelin issues du besoin des clients en termes de produits et de services (restauration pendant les dépannages, facturation du pneu au kilomètre, nouveaux matériaux…). « Le point constant est de savoir comment réduire la consommation énergétique de l'usage de nos produits », a-t-il expliqué en soulignant que le groupe ne cessera jamais de « prendre des virages technologiques ».

Stéphane Sclafert, président du groupe R3S International, a témoigné du succès de sa PME du secteur industriel diversifiée dans l'activité automobile et l'activité environnement, après que Frédéric Fréry, enseignant-chercheur à l'ESCP Europe, ait abordé la stratégie de diversification des entreprises.

Mais c'est surtout l'exposé de l'explorateur Christian Clot qui a captivé la foule sur l'adaptation du cerveau aux conditions extrêmes et la résilience.

« La conquête est notre capacité à imaginer et créer », pour celui qui rappelle sans cesse l'importance de l'acceptation et de l'adaptation.

Le conseil supérieur avait aussi convié le « digital champion » Gilles Babinet, représentant de la France auprès de la Commission européenne, qui est revenu sur les grandes dynamiques de la révolution digitale avant d'expliquer le bouleversement induit dans la création de richesse et les opportunités pour les experts-comptables.

« Vous êtes ceux qui pouvez accompagner vos clients sur le virage numérique », a d'ailleurs souligné Mounir Mahjoubi, dans une vidéo passée en clôture du congrès.

Un dialogue avec les Pouvoirs publics

Malgré le climat tendu sur le projet de loi Pacte, Charles-René Tandé a tenu à préciser que les institutions représentatives de la profession comptable reconnaissent « un soutien et un dialogue » avec leurs autorités de tutelle.

Le Premier ministre est d'ailleurs revenu longuement sur les objectifs de la loi Pacte « pour lever les freins de la croissance » avant de renouveler sa confiance à la profession comptable. « Vos missions restent constitutives de l'activité de produire, commercé et de l'activité économique ».

« Les professionnels du chiffre remplissent presque tous les besoins pour les centaines de milliers de chefs d'entreprise, c'est pour cela qu'on vous aime », a lancé Edouard Philippe pour séduire l'assistance sur ses gardes.

Entre le projet de fusion de ses instances représentatives, le relèvement des seuils d'audit légal, le prélèvement à la source (lire encadré) la réforme de la formation, le dossier TESE (Titre emploi service entreprise), le projet Confiance + et les bruits sur la déréglementation de la profession, la profession a de quoi se méfier.

Charles-René Tandé a confirmé qu'il mettait en place un « chantier institutionnel pour mettre en cohérence nos organisations » en réunissant CAC et EC afin d'avoir davantage de poids face à l'exécutif. « Le risque est d'aller vers une fusion-absorption de la CNCC par le Conseil supérieur sans réflexion », alerte Jean-Luc Flabeau, président du syndicat ECF.

Sur l'adaptation de la formation, le président du Conseil supérieur a admis qu'il fallait s'adapter à l'évolution du métier car il y a « un trop grand décalage aujourd'hui entre la formation théorique dispensée, les programmes et les compétences nécessaires ».

Enfin, soutenu par la députée Cendra Motin, membre de la commission des finances, Charles-René Tandé a démentie toute rumeur de déréglementation. « Je n'ai aucune inquiétude sur une éventuelle déréglementation de notre profession, je n'y crois pas du tout », a-t-il commenté.

Décryptage du fameux PAS

La députée de l'Isère, membre de la commission des finances, Cendra Motin, et de Patrick Bordas, membre du CSO, ont animé une conférence sur le prélèvement à la source (PAS) de l'impôt sur le revenu.

Institué pour les revenus perçus ou réalisés à compter du 1er janvier prochain, le PAS est une des problématiques techniques actuelles des experts-comptables.

Un sujet qui soulève de nombreuses questions de la part des professionnels, notamment sur les réductions et crédits d'impôts comme le CICE, sur la détermination du caractère exceptionnel des revenus, sur la déclaration des changements de situation (mariage, Pacs, divorce, naissance, décès), ou encore sur l'évolution régulière de l'activité des indépendants. Des interrogations qui n'ont pas toutes trouvé de réponses claires.

C'est pourquoi l'Ordre met à disposition de ses confrères des outils numériques pour la promotion et l'explication du fameux PAS, tandis que le Gouvernement mettra en place un Numéro vert dès janvier 2019.

Avec cette réforme, c'est simplement le mode de retenu de l'impôt qui est modifié et pas son mode de calcul. « Il n'y a pas de grand soir de l'impôt, son mode de calcul reste le même, il reste lié au foyer fiscal et à la famille », a précisé la députée « intimement persuadée que les choses vont bien se passer ».

« Sur le plan opérationnel, les voyants sont au vert, un audit externe a montré que tout est en ordre », a confirmé Edouard Philippe dans son discours.

Pour Cendra Motin, « nous allons changer notre rapport à l'impôt car on saura demain ce qui nous reste pour la fin du mois. Ça ne servira plus à rien de faire de l'épargne de précaution pour payer ses impôts ». Par ailleurs, les dirigeants d'entreprise n'auront plus à subir les problèmes de mauvaise gestion budgétaire de leurs salariés.

En outre, la façon de parler salaire avec les postulants et salariés va être modifiée. « Il va falloir changer de prisme en RH car il faudra parler en salaire brut et plus en net », a expliqué Patrick Bordas. « Ce sujet est une fenêtre d'opportunité de conseil pour nous, tout comme l'année blanche », a-t-il ajouté.




Philippe CHARRESSON
Journaliste

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