Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Les commissaires aux comptes satisfaits du plan d'accompagnement des entreprises

le - - Actualité - Interview

Les commissaires aux comptes satisfaits du plan d'accompagnement des entreprises
© Adobe Stock - Yannick Ollivier, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, décrypte le plan Yannick Ollivier, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, décrypte le plan d'action d'accompagnement des entreprises en sortie de crise dévoilé mardi par le gouvernement.

Un plan d'action sur l'accompagnement des entreprises en sortie de crise, élaboré par le gouvernement avec les acteurs de terrain tels que les syndicats patronaux, les greffiers des tribunaux de commerce, les mandataires judicaires et les experts-comptables, a été présenté ce mardi 1er juin par les ministres de l'Economie et de la Justice, Bruno Le Maire et Éric Dupond-Moretti. Yannick Ollivier, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, institution largement associée à ce travail depuis le rapport Richelme paru cet hiver et dont les propositions ont été retenues, décrypte ce plan.

Affiches Parisiennes : Ce plan d'accompagnement des entreprises en difficulté depuis la pandémie s'appuie sur trois piliers : la détection précoce, l'orientation et l'accompagnement. Pensez-vous que ces trois axes suffisent à éviter la vague de faillite qui s'annonce ?

Yannick Ollivier : Je ne sais pas si cela va suffire mais, en tout cas, c'est un ensemble de dispositifs qui, je pense, va permettre de limiter au maximum les effets des éventuelles défaillances essentiellement liées aux difficultés économiques dues à la pandémie. Ce qui est sûr, c'est que ce dispositif, que je trouve très complet tel qu'il existe, est de nature à fortement diminuer les impacts que pourrait avoir une vague significative de défaillances d'entreprises dans les semaines à venir. Je trouve que c'est un plan d'action qui a du sens.

A.P. : Que pensez-vous de la méthode de concertation retenue ? A-t-elle été efficace ? Le plan dévoilé hier vous satisfait-il ?

Y. O. : C'est la première fois que l'on mobilise autant d'acteurs autour d'une table avec une démarche vraiment partagée. Les représentants des syndicats patronaux, les professionnels du droit, les professions judiciaires, et les professions du chiffre étaient au rendez-vous. Nous, commissaires aux comptes, qui sommes d'ailleurs un peu à la charnière, car au carrefour de l'économie et du droit, avons vu une vraie mobilisation de chacun car il y a un intérêt général à limiter les effets de ces défaillances sur notre économie. J'ai l'impression que le terrain a été bien entendu. D'ailleurs, les premiers qui ont été interrogés dans cette table ronde étaient les représentants des entreprises, qui ont globalement émis un avis assez favorable sur ce plan d'action, que ce soit le Medef, la CPME ou l'U2P, ce qui est plutôt réjouissant.

Ce qui a été vraiment très positif c'est que nous avons parlé des entreprises mais aussi des chefs d'entreprise. Des entreprises qui effectivement ne pourront peut-être pas s'en sortir, mais aussi de celles dont les “business models” leur permettront de rebondir et de reprendre leur activité avec un mode de fonctionnement pérenne. Il y a aussi le sort des entrepreneurs, ceux qui, au-delà même de l'entreprise qui peut être défaillante, vont pouvoir quand même redémarrer une activité dans de bonnes conditions et recréer une dynamique et de la croissance.

« C'est le fruit d'une belle démarche collaborative »

Nous avons aussi parlé de l'après, et en ce sens, oui, j'ai le sentiment que nous sommes sur un plan d'action solidaire, mobilisateur, qui couvre bien les points que nous avions mis en avant à l'occasion de la mission Richelme : la nécessité d'identifier le plus en amont possible les difficultés, de mettre en place des plans d'actions le plus rapidement possible, et de mettre à disposition des dirigeants les dispositifs qui vont leur permettre de se projeter vers l'avenir. Je crois que ces trois choses essentielles sont au rendez-vous, c'est le fruit d'une belle démarche collaborative.

A.P. : Les propositions de votre profession ont-elles été prises en compte ?

Y. O. : Tout à fait. Un certain nombre de propositions qui avaient été émises par les uns et les autres ont été entendues. La CNCC a fait des propositions, et le gouvernement les a entendues et prises en compte dans ce plan d'action. Le résultat et les dispositifs choisis sont réellement le fruit d'un échange entre les acteurs et les parties-prenantes de l'entreprise. Il y a eu beaucoup d'échanges entre chacun, ce qui permet le déploiement de dispositifs et d'un plan d'actions adaptés à la réalité du terrain.

En ce qui nous concerne, au niveau du commissariat aux comptes, il y a aussi l'enjeu de la nouvelle missions « relation de confiance », qui justement comporte cette double dimension vers la prévention et la relance, et qui consiste à orienter les entreprises en difficultés, et à rassurer les parties-prenantes de celles qui ont déjà un potentiel de rebond, pour les aider à sécuriser des financements et aborder sereinement la reprise.

« J'ai le sentiment que nous sommes sur un plan d'action solidaire, mobilisateur et qui couvre bien les points que nous avions mis en avant à l'occasion de la mission Richelme »

Nous sommes satisfaits car nos propositions et celles des différents acteurs ont été réellement écoutées et prises en compte, et nous pensons que les dispositifs et actions sélectionnés seront efficaces. Par exemple, la mise en place d'une procédure simplifiée en trois mois, où les petites entreprises de moins de 20 salariés vont pouvoir échanger avec leurs créditeurs et obtenir une restructuration de leur dette leur permettra de se positionner plus rapidement dans une relance sereine. C'est un dispositif qui allie efficacité et rapidité, et c'est aujourd'hui fondamental.

A.P. : Pour aider les petites entreprises qui n'ont pas d'expert-comptable, le Conseil supérieur de l'Ordre vient d'annoncer qu'il va lancer dans les prochaines semaines une plateforme en ligne de mise en relation avec ses membres bénévoles pour réaliser gratuitement des diagnostics de détection des difficultés. La CNCC est-elle associée à cette action ou bien propose-t-elle de son côté des conseils gratuits ?

Y. O. : Nous trouvons en effet que cette initiative est très bonne, elle va permettre de mettre en contact les plus petites entreprises avec des experts pour mieux les accompagner dans la reprise, mais les commissaires aux comptes ne s'y associeront pas et nous ne comptons pas mener une action pourrait polluer la visibilité du Conseil supérieur et être une source de confusion pour les entreprises.

En tant que CAC, nous ne pouvons pas et n'avons pas vocation à faire du conseil. En revanche, en tant que commissaires aux comptes, nous sommes disposés à faire un état des lieux de la santé financière des entreprises,et nous proposons donc des entretiens gratuits pour dresser cet état des lieux, et échanger avec les dirigeants et les orienter vers un expert-comptable, un CIP, un GPA ou éventuellement vers le tribunal de commerce. Nous jouerons ce rôle complémentaire d'orientation à titre gracieux.

A.P. : Comment bien orienter les chefs d'entreprises en difficulté pour les engager sur la voie de la prévention avant qu'il ne soit trop tard ? Votre devoir d'alerte des présidents des tribunaux de commerce n'est-il pas un peu tardif dans la situation de crise actuelle ?

Y. O. : C'est une problématique que nous avons adressé dans le cadre de la nouvelle mission « relation de confiance ». Aujourd'hui l'application de la procédure d'alerte ne concerne que les commissaires aux comptes qui sont mandatés par une entreprise en tant que certificateur pour une mission d'audit légal, et nous souhaiterions étendre cela à toutes nos missions. Nous avons donc demandé un texte de loi pour cela, l'enjeu étant de pouvoir faire de la prévention auprès des PME en dessous des seuils d'audit légal.

Aujourd'hui, les CAC sont extrêmement vigilants et échangent régulièrement avec leurs clients sur la prévention et l'orientation en cas de difficulté. Vous savez, ce qu'on ne voit pas, c'est ce qu'on appelle la phase zéro de la procédure d'alerte, celle du dialogue. Ce qui est visible c'est seulement les alertes auprès du tribunal, mais celles-ci représentent en réalitéune part très faible de notre travail préventif, donc je ne crois pas que l'on puisse considérer que notre devoir d'alerte soit trop tardif.

A.P. : Quels sont les signaux faibles que vous prenez en compte en ce moment étant donné que les entreprises ont bénéficié de nombreux soutiens financiers comme le PGE ? Avez-vous changé d'approche pour évaluer leur état de santé ?

Y. O. : Effectivement, nous devons être très pointu car, justement, les aides et autres prêts rendent les signaux faibles parfois moins visibles que par le passé. Nous affinons beaucoup plus nos analyses. Par exemple, plutôt que de regarder directement le niveau de trésorerie, nous allons nous demander plutôt comment et à quel rythme l'entreprise la consomme. A-t-elle des éléments de projection, comme des plans de trésorerie pour les mois à venir ? À quel rythme compte-t-elle consommer son PGE ? Comment va-t-elle gérer ses enjeux de reprise d'activité notamment avec l'approvisionnement ?

« nous devons être très pointu car les aides et autres prêts rendent les signaux faibles parfois moins visibles que par le passé »

Nous analysons les signaux faibles de manière globale, c'est-à-dire pas uniquement en se basant sur la situation actuelle, mais en ayant une approche prospective, en prenant en compte les effets de relance, de reprise économique et de consommation mais aussi de consommation du PGE et de capacité future à rembourser la dette. Il est évident que nous nous devions nous adapter à la situation et à la réalité du terrain. Nous sommes aussi très vigilants quant au paiement des fournisseurs, mais globalement les entreprises ont bien joué le jeu et il n'y a eu qu'une légère dégradation des crédits interentreprises.

A.P. : Êtes-vous satisfaits des dispositifs de soutien financier qui ont été prolongés ou créés par l'exécutif ?

Y. O. : Oui, plutôt car ce que nous avions évoqué, et le gouvernement l'a entendu, c'est qu'il était nécessaire de mettre en place une transition, une sortie progressive des aides, tout en les adaptant en fonction des secteurs d'activité. Ça a été réaffirmé par le ministre de l'Economie hier matin, notamment avec la prise en compte de certains enjeux sectoriels pour l'hôtellerie et la restauration.

Nous avions également alerté le ministère de l'Economie sur l'absolue nécessité de renforcer les aides vis-à-vis des PME, et les 15 milliards d'aides supplémentaires ainsi que le fonds de transition de 3 milliards d'euros, complémentaires avec deux sortes de prêts et des prolongations répondent à cette enjeuNous nous réjouissons des mesures prises, qui offrent réellement une réponse au tissu économique local et les emplois directs et indirects qui y sont associés, vers un accompagnement adéquate pour une sortie de crise progressive.

Nous nous réjouissons également des dispositifs qui viennent renforcer les fonds propres les quasi-fonds propres des entreprises car c'est un enjeu de sortie de crise et de pérennité. Çela fait des années que nous alertons sur le manque de fonds propres des entreprises françaises, et tous ces dispositifs, comme les prêts participatifs, les avances subordonnées etc. répondent à cet enjeu de taille et aux besoins d'investissement des entreprises. La crise du covid a mis en avant le fait que nos entreprises ne sont pas assez capitalisées. On en tirera les conséquences. Les entreprises, et leurs parties prenantes, dont les commissaires aux comptes, portons l'idée que le renforcement des fonds propres et des financements à long terme, ce qu'on appelle dans notre jargon technique le renforcement de haut de bilan, va être un enjeu dans les années à venir.

A.P. : Au mois d'avril vous nous annonciez que la CNCC avait développé 4 nouvelles missions d'audit de crise adaptées à la taille des entités avec des attestations formatées délivrées par les CAC tiers de confiance. Les entreprises y ont-elles déjà recours ? Pensez-vous qu'elles vont se généraliser pendant encore plusieurs années dû au contexte ?

Y. O. : C'est difficile de vous répondre aujourd'hui car le confinement a duré longtemps et que les aides disponibles sont encore largement utilisées par les entreprises. La reprise économique commence à venir, mais elle est encore dans ses débuts. Je n'ai pas de statistiques de la profession puisque les CAC ne remontent pas en temps réel les missions qu'ils réalisent. La CNCC n'a pas cette visibilité aujourd'hui. Ce que nous savons en revanche, c'est que certaines parties prenantes comme les banques, par exemple, commencent à s'intéresser à ces missions.

Cependant, il va falloir un peu de temps pour que l'environnement comprenne ces nouvelles missions et sache bien s'en servir. C'est pourquoi nous travaillons aujourd'hui avec les financeurs, les gestionnaires d'actifs et les représentants des entreprises pour qu'ils puissent relayer l'opportunité de ces missions et que les entreprises sachent qu'il s'agit d'un outil à leur disposition pour pouvoir montrer patte blanche et redémarrer leur activité sereinement.

Nous n'avons pas créé ces missions pour développer le chiffre d'affaires de la profession mais parce que nous pensons, intrinsèquement, et dans une dynamique d'intérêt général, que la confiance sera nécessaire à une reprise rapide et efficace. Nous estimons que, dans les mois à venir, un certain nombre d'entreprises vont venir vers nous pour rassurer leurs partenaires. Nous ferons un état des lieux dans quelques mois de ces nouvelles prestations. Je suis persuadé que cette initiative a tout son sens pour les commissaires aux comptes, qui répondent déjà aujourd'hui à un besoin de transparence de l'information comptable, la plus à date possible.Dans les mois et les années à venir, les acteurs économiques vont être extrêmement vigilants sur l'évolution de l'état de la santé financière des entreprises. Au-delà des comptes certifiés ou audités tous les ans, l'écosystème va être en attente d'informations financières et même extra-financière fiables.

Ces attestations permettent de vérifier des éléments ciblés, comme des ratios ou des informations financières, voire prévisionnelles importantes pour rassurer les partenaires, et c'est réellement ce que le marché attend de nous aujourd'hui : que les commissaires aux comptes accompagnent les entreprises, pour donner du poids à l'information qu'elles communiquent.




Anne MOREAUX
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer