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Les CAC se préparent à l'impact de la loi Pacte

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Les CAC se préparent à l'impact de la loi Pacte
© A.P. - Olivier Salustro, président de la CRCC de Paris, Natalie Lutz et et Frédéric Burband, vice-présidents statutaires, ont expliqué aux CAC parisiens les actions de la CRCC pour rebondir face à la crise qui les menace.

La Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Paris a récemment organisé un forum d'actualité animé par Olivier Salustro sur la réaction de la profession quant au relèvement des seuils d'audit légal prévue par la loi Pacte. Même si la CRCC n'accepte pas cette réforme « scélérate », elle s'y prépare avec vigueur en élaborant des stratégies défensives et offensives.

« La loi Pacte est désormais presque figée dans ses grandes lignes », déplore Olivier Salustro, président de la CRCC de Paris, « fondamentalement déçu, en rage, en colère parce que les raisons qui ont présidé à cette décision sont uniquement politiques ».

"Nous suivons un volet défensif et un volet offensif."
Olivier Salustro, président de la CRCC de Paris

Vent debout contre le projet de loi Pacte réformant les seuils de chiffre d'affaires en deçà desquels la désignation d'un commissaire au compte ne sera plus obligatoire, la CRCC a tenté beaucoup de choses depuis 17 mois « ayant quelques effets mais aussi des échecs », regrette son président.

« 150 000 mandats en moins, ce n'est pas des opportunités mais un massacre », lance un commissaire aux comptes (CAC) très remonté dans la salle.

Réaction musclée de la CRCC de Paris

Sur la même longueur d'onde, Olivier Salustro ne s'avoue pas vaincu et passe à l'action.

« Nous sommes malheureusement au milieu du gué qui est large, il faut à tout prix atteindre la rive…Quatre pistes seront évoquées : avec un volet défensif et un volet offensif », lance-t-il à la centaine de CAC réunie à la Maison de la Chimie.

Côté défensif, la CRCC travaille avec Maître Bernard de Froment (avocat spécialisé dans les affaires publiques qui avait défendu les avoués à l'époque de la suppression de leur statut) sur un recours constitutionnel contre la loi Pacte, qui sera éventuellement suivi d'une QPC. Ses membres regrettent que la compagnie nationale n'ait pas encore engagé de procédure.

« Nous traversons une période de crise très importante. La CNCC est très fautive sur ce qui nous arrive car elle n'a jamais entendu les projets de réforme de l'audit adapté aux petites entreprises que les syndicats comme ECF proposent depuis 2003. Voilà ce qu'amène une politique autiste sans aucune anticipation », lance Jean-Luc Flabeau, ancien président de la CRCC de Paris président du syndicat ECF.

Par ailleurs, Olivier Salustro est d'avis que l'ensemble de la CNCC démissionne et empêche le Gouvernement d'avoir des interlocuteurs « vu qu'il n'y a pas de vrai débat ».

Côté offensif, l'institution met en place un dispositif d'accompagnement des CAC pour faire face aux conséquences de la loi Pacte, et développe un projet de plateforme régionale des entreprises ayant recours à l'audit volontaire. Pour l'institution, le fil rouge est de mettre en avant « l'absolue nécessité d'une régulation indépendante des entreprises » effectuée par les CAC.

La CRCC mène trois actions prioritaires pour préparer les CAC à l'impact de la loi Pacte.

Accompagnement

« Il faut identifier les cabinets les plus sévèrement touchés par la réforme et examiner les solutions adoptées par d'autres cabinets européens ayant vécu ce relèvement des seuils pour pouvoir proposer différents niveaux d'accompagnement aux confrères les plus impactés », constate Frédéric Burband, vice-président statutaire de la CRCC.

Le fichier client de la CRCC actuellement en cours d'analyse fait état de 24 327 mandats menacés.

Une plateforme développée par CAC en mouvement

La CRCC de Paris est membre du collectif “CAC en mouvement”, un think tank en forte relation avec le syndicat Croissance + réunissant onze CRCC signataires et cinq sympathisantes.
« Le cercle va s'élargir à n'en pas douter », constate Olivier Salustro, faisant écho d'une démarche très bien reçue. Les commissaires aux comptes ont opté pour un lobbying d'action économique. « Nous avons refusé la posture corporatiste, brutale et dure », explique ce dernier.
Le mouvement a pour projet de mettre en avant les entreprises ayant recours à l'audit volontaire sur une plateforme interrégionale portant le label CAC, même européenne (actuellement en discussion avec le land de la Sarre). Cette plateforme sera supervisée par le H3C qui a accueilli l'idée avec enthousiasme. Le dispositif sera testé par trois régions pilotes : la Normandie, le Sud et le Grand Est. « Ca ressemble à un small business act à l'européenne que nous appelons de nos vœux », explique Olivier Salustro.
L'idée est que les entreprises européennes labellisées soient présentées sous une forme synthétique avec l'opinion du CAC ayant certifié leurs comptes sur leur croissance.

L'institution prend ainsi exemple sur les expériences vécues en Belgique, en Italie, au Royaume-Uni, ou encore en Suède et aux Pays-Bas. Des discussions avec des professionnels du repositionnement et du management de transition sont aussi en cours.

Cinq niveaux d'accompagnement sont développés en fonction des besoins, de l'échange confraternel à la prévention du burn-out.

Développement de nouvelles missions

« Il s'agit d'identifier les besoins de nos clients et de ne pas les perdre », indique Natalie Lutz, vice-présidente statutaire de la CRCC de Paris, qui met en avant ces nouvelles missions, dites “SACC” (service autre que la certification des comptes), et ce qu'on peut mettre dedans. Pour elle, le maître mot est l'anticipation.

Sont ainsi passés en revue l'audit des risques (financiers, sociaux, informatiques), l'audit de gestion (performance, RSE, contrôle interne, due diligence), l'audit de conformité (contractuelle, comptable, réglementaire avec Sapin 2 et le RGPD) ou encore l'audit d'acquisition. Des fiches pratiques sur les SACC seront présentées le 9 juillet au forum de la CRCC.

« Nous avons énormément de ressources capables d'apporter des services à tous nos clients. Pacte, ce n'est pas la fin du commissariat aux comptes mais le début d'autre chose », lance cette dernière.

"Pacte, ce n'est pas la fin du commissariat aux comptes
mais le début d'autre chose."
Natalie Lutz, vice-présidente statutaire de la CRCC de Paris

Après avoir mis en avant la cartographie des risques sociaux et fiscaux, le diagnostic performance et croissance et l'audit des SI (allégé, RGPD, cybersécurité...), elle déconstruit des idées reçues. En effet, pour certains de ses confrères, les clients n'ont pas besoin de services d'accompagnement, tandis que d'autres pensent que leur assurance responsabilité civile professionnelle ne les couvre pas pour le conseil, ou encore que la déontologie de la profession les en empêche.

« Nous devons continuer à commercialiser des prestations sous la casquette CAC car nous avons la force de l'indépendance », précise-t-elle, mettant en valeur leur « prisme de contrôleur et de diagnostiqueur », de spécialistes rompus à la cartographie.

Formation

Afin d'accompagner les CAC à aborder ce virage, la CRCC propose des formations variées, notamment axées sur la communication avec les clients.

« Nous avions déjà identifié des pistes de réflexion prioritaires comme une formation générale des confrères sur les SACC, la mise en place d'outils pratiques techniques de communication et des parcours de coaching », annonce Catherine Bergès, vice-présidente déléguée.

Une réunion du comité d'urgence de l'Asforep (institut de formation de l'Ordre des experts-comptables Paris Ile-de-France et de la CRCC de Paris) a déjà eu lieu pour la mise en place d'une nouvelle formation sur les méthodes de vente et de marketing.

Catherine Bergès achève son propos par un point sur la réforme nationale de la formation professionnelle qui permet aux CAC de suivre des formations financées sur de nombreux champs variés comme la communication, les RH ou le management. La formation apparaît clairement comme le nerf de la guerre.

Le Lab50 : rendez-vous avec le futur



Non, l'obsolescence des professions du chiffre n'est pas programmée. C'est pourquoi l'Ordre des experts-comptables Paris Ile-de-France et la CRCC de Paris ont lancé un observatoire d'innovation.

Le Lab50 étudie ainsi les éventuelles applications de l'intelligence artificielle (IA) en comptabilité, à l'instar de l'audit prédictif, de la data visualisation ou de la revue de contrat.

« L'objectif est de réunir le capital humain des cabinets et les outils digitaux pour tester de nouvelles choses », explique Guillaume Proust, élu et l'OEC Paris IDF, coordinateur du Lab50.

Les travaux menés dans cet observatoire sont orientés et validés par un comité scientifique constitué de personnalités internes et externes à la profession. Quatre commissions (clients, technologies IA, éthique et juridique, prospective internationale) restituent leurs réflexions et proposent leurs pistes de solutions pour faciliter le virage digital des cabinets au travers d'articles publiés en ligne le site lelab50.fr.

L'observatoire propose déjà des formations en partenariat avec l'Asforep sur l'utilisation des datas.




Anne MOREAUX
Journaliste

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