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Les CAC doivent apprendre à se vendre

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Les CAC doivent apprendre  à se vendre
© A.P.

La promotion du rôle de “garant de la sécurité financière de l'entreprise” et le développement de nouvelles missions d'audit adapté, de cyber-audit ou d'audit fiscal, vont-ils suffire au commissaire aux comptes à ne pas couler?

Ce qui est certain est que les débats sont houleux quant à l'avenir des CAC fortement ballotté par la loi Pacte qui relève les seuils d'audit légal. « Personne au ministère de la Justice ne minimise l'importance, voire la violence, de ce qui est en train de se passer », a tenté de rassurer le directeur des Affaires civiles et du Sceaux, Thomas Andrieu, au Forum CAC organisé récemment par le syndicat ECF.

Plus de 180 commissaires aux comptes (CAC) se sont réunis à Paris pour revenir sur les principaux enjeux impactant leur profession. Une rare occasion pour eux de manifester leur mécontentement en face des représentants des institutions comptables et fiscales. Les débats ont donc été agités et entrecoupés d'interventions virulentes.

Les CAC en pleine mutation

« Les conséquences de l'article 9 de la loi Pacte auront des conséquences considérables dans tous nos cabinets », a déclaré Jean-Luc Flabeau, président d'ECF, en ouvrant la journée

Pour Olivier Salustro, président de la CRCC de Paris, membre du collectif CAC en mouvement qui réunit 17 chambres régionales, « il faut absolument savoir dans quelle mesure on va être touché par cette remontée des seuils absurde et incohérente par l'analyse de son portefeuille clients ».

Les CAC doivent ainsi anticiper les effets néfastes de ce relèvement des seuils sans se voiler la face, et proposer de nouveaux services aux entreprises.

« 150 000 mandats en moins, ce n'est pas des opportunités mais un massacre », a lancé un CAC très remonté de la salle. Selon lui, les nouveaux seuils sont incohérents, et il s'étonne qu'il n'y ait pas de possibilité de recours constitutionnel « contre cette loi scélérate ».

« Il va falloir savoir se vendre, même si c'est compliqué à admettre », a lancé Farouk Boulbahri, président de la CRCC Aix Bastia. « Qui mieux que nous peut être le garant de la sécurité financière des entreprises ? », a-t-il souligné.

En accord avec ce rebond nécessaire de la profession, Jean Bouquot, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC), a conclu : « Il est important qu'on soit capable de montrer nous-mêmes qu'on est une profession moderne avec des institutions modernes ». La profession examine plusieurs pistes.

Vers une mission d'audit fiscal ?

Pour compenser leur perte de 150 000 mandats d'audit légal, la Direction générale des finances publiques (DGFP) souhaite proposer aux CAC une nouvelle mission dite d'“examen de conformité fiscale” à destination des entreprises.

Intégrée dans le programme gouvernemental Confiance plus, cette initiative de « véritable privatisation des contrôles fiscaux » divise les CAC. C'est pourquoi ECF a invité des représentants de la DGFP et des CAC pour en débattre.

Est-ce le début d'un marché de la compliance auprès des PME pour les CAC ? Cette nouvelle mission est-elle dans l'ADN des CAC ou doit-elle être laissée à d'autres acteurs ? Est-ce au commissaire aux comptes ou à l'expert-comptable de répondre à cette demande de conformité fiscale ? Quelle sécurité juridique offre les interventions des CAC ? Vont-ils pouvoir délivrer des certificats de conformité fiscale aux entreprises ? Avec quelle responsabilité ?

Dans la salle, certains professionnels du chiffre très méfiants ont exprimé leur totale opposition quant au niveau de responsabilité juridique qui leur incomberait. « Bercy n'a pas l'intention de vous faire payer. Il va falloir travailler, et que nous aussi on s'engage », a rassuré Maïté Gabet, représentante de l'administration fiscale.

Pour Nathalie Lutz, vice-présidente statutaire de la CRCC de Paris, « il faut réussir à construire quelque chose ensemble car si on ne le fait pas les autres comme Bureau Veritas le feront ».
« C'est un jeu à quatre avec les CAC, les EC, l'administration et les entreprises », a commenté un CAC dans la salle sous les applaudissements.

« Je savais que ce thème susciterait la discussion », a conclu Jean-Luc Flabeau, précisant que sur le sujet de la compliance fiscale, il faut parler d'auditeurs, et ne plus distinguer EC et CAC.

Développement de l'audit informatique

En marche vers un avenir incertain, les CAC mettent tout en œuvre pour aider leurs clients à prendre le virage digital le plus rapidement et le plus efficacement possible.

L'été dernier, la Compagnie nationale des commissaires aux comptes CNCC a organisé un HackAudit, en laissant à des start-up mâtures ou étudiantes le soin d'imaginer les innovations de demain dans la pratique de l'audit, grâce au numérique.

Ce hackathon comptable inédit a montré que la profession compte bien exploiter la révolution digitale en cours. IA, blockchain ou encore dataviz peuvent ainsi être des leviers précieux de valorisation des données des entreprises.

« La CRCC Paris mène beaucoup de travail sur les nouvelles missions autour du cyber et de l'IA », a expliqué Olivier Salustro, son président, lors du Forum ECF.

Par ailleurs, avec l'avènement du RGPD, les CAC se lancent dans des missions d'audit des cyber-risques et d'audit de protection et de traçabilité des données. Serge Yablonsky, coprésident GT Audit informatique de la CRCC de Paris, est venu présenter CyberAUDIT©, une nouvelle offre de la CNCC pour évaluer la maturité de ses clients en cyber sécurité.

Comment promouvoir l'audit légal volontaire ?

Concernant les CAC, la « principale innovation » du projet de loi Pacte est le basculement de l'audit légal obligatoire vers l'audit volontaire. Les ministres parlent du passage d'une utilité décrétée à une utilité à démontrer.

Le défi qui se présente à chaque professionnel est alors de séduire leurs clients pour réussir le meilleur taux de conversion entre l'audit légal obligatoire d'aujourd'hui et le volontaire de demain.

Pour Olivier Salustro, président de la CRCC de Paris, il faut d'abord « être convaincu et convaincre que l'audit est important pour l'économie ».

« Dans les nombreuses sociétés que je dirige, je demande toujours qu'il y ait un CAC, car c'est pour moi une immense protection et une véritable sécurité économique », a témoigné Patrick Bertrand, directeur général de la Family Office de Jean-Michel Aulas, en soulignant le rôle social des entreprises et l'importance d'avoir un auditeur, notamment pour les start-up qui lèvent les fonds.

Il faut ensuite « adopter une démarche marketing et proactive » et « penser différemment ses prix », selon Olivier Salustro. « Au niveau des institutions, je reste persuadé qu'on a besoin de deux choses : une norme ALPE (audit légal petite entité) et la promotion de la vertu », a-t-il ajouté. Sur ce deuxième point, il envisage de mettre en avant les entreprises qui feront le choix de l'audit volontaire sur une plateforme interrégionale portant le label CAC, même européenne (actuellement en discussion avec le land de la Sarre).

En outre, « Partout où il y a de l'argent public, il devrait y avoir une obligation de certification ». Patrick Bertrand a ainsi conseillé aux CAC de profiter de cette période de transition pour aller de l'avant dans leur rôle de conseil, notamment auprès de la sphère publique, en contactant Bpifrance, la Sécurité sociale ou encore la Banque de France.

Le directeur des Affaires civiles et du Sceau rassurant

Si Thomas Andrieu a admis que la loi Pacte allait « impacter la vie des cabinets de CAC de manière significative », il est toutefois resté très optimiste.

« Le projet de loi Pacte s'est bonifié, à l'Assemblée et au Sénat, et par vos amendements », a souligné le directeur des Affaires civiles et du Sceau.

Pour le Gouvernement, le projet d'établir que l'audit légal n'est plus obligatoire pour les PME est cohérent avec les attentes du monde économique. Il faut toutefois veiller à ne pas faire l'écueil anglais qui a un modèle d'audit réformé « catastrophique en termes de conflit d'intérêts et de service aux entreprises », et qui est d'ailleurs dénoncé par la cour des comptes britannique.

Pour permettre aux CAC de rebondir facilement, le législateur a inventé une mission d'Audit légal petite entité (ALPE) en renvoyant son contenu à une norme qui reste à écrire. « Il faut aller vite pour élaborer très rapidement la norme d'exercice professionnel de ce nouvel audit PE », a expliqué Thomas Andrieu à des CAC découragés. Pendant six ans, il y aura deux normes PE qui vont coexister, l'ancienne et la nouvelle.

En outre, « l'idée de confier un soutien au CAC avec une mission fiscale est pertinente , car ils sont numéro 1 en termes de compétence ». Mais pour Thomas Andrieu, « le diable est dans les détails ». Il faudra ainsi donner la capacité aux CAC « d'aller plonger dans les comptes des filiales ».




Anne MOREAUX
Journaliste

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