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L'externalisation : un nouveau visage pour les cabinets d'avocats ?

Observateur privilégié des professions libérales, l'OMPL a pu constater une forte baisse des professions intermédiaires employées dans la branche des avocats, et, en parallèle, une augmentation du nombre de cabinets. L'externalisation pourrait expliquer ce paradoxe, selon une étude présentée récemment par l'organisme.
L'externalisation : un nouveau visage pour les cabinets d'avocats ?
@A.P. - Stéphane Rapelli, économiste, s'est dit fortement étonné par ce recours à l'externalisation chez les avocats.

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Si l'on s'en tient à l'image traditionnellement véhiculée par les cabinets d'avocat, l'externalisation n'est pas le premier mot qui vient à l'esprit. Elle est pourtant au cœur d'un travail mené actuellement par l'Observatoire des métiers dans les professions libérales (OMPL), qui montre que si le nombre de cabinets d'avocats augmente, l'emploi salarié n'augmente guère et a même tendance à baisser pour les professions libérales (secrétaires, assistants juridiques…). Et l'externalisation en serait l'un des principaux facteurs, selon l'étude éponyme menée par Stéphane Rapelli, spécialiste des professions libérales, et Svetlana Strimbu, économiste.

En effet, comment expliquer autrement cette baisse du nombre de salariés, eu égard au dynamisme affiché par la branche ? L'OMPL a effectivement constaté que le nombre de travailleurs non-salariés (avocats collaborateurs, associés indépendants) n'avait cessé de croître depuis 2009 (+30%), à la différence de l'emploi salarié, qui a stagné, voir baissé de 44% pour les professions intermédiaires entre 2007 et 2012. Au total, 41% des cabinets sont dépourvus de main d'œuvre salariée.

Un constat qui a fortement surpris Stéphane Rapelli, l'externalisation étant courante dans l'industrie, mais peu connue s'agissant des cabinets d'avocats. L'OMPL a donc réalisé un état des lieux du phénomène (étude qualitative effectuée auprès de 10 professionnels, comprenant 3 associés, 3 collaborateurs, 2 indépendants, une secrétaire juridique et une avocate stagiaire) avant de se lancer prochainement dans une étude quantitative proprement dite.

Une phénomène mal perçu

L'étude pose d'abord le constat selon lequel il existe une sorte d'invisibilisation partielle de l'exernalisation. En ce sens que ce modèle d'organisation n'est pas traité dans les productions institutionnelles ou académiques. De même, les professionnels eux-mêmes n'ont pas forcément pris la mesure du phénomène, et en ont une perception différente selon l'âge.

Pour les avocats âgés de 50 ans et plus, l'externalisation n'est pas envisagée ou envisageable, l'organisation traditionnelle privilégiant l'internalisation de l'ensemble des tâches. Au contraire des jeunes générations, pour qui l'externalisation est naturelle, et fait partie de la culture professionnelle.

C'est ensuite la taille qui influe sur le recours à l'externalisation : les très petits cabinets et les gros cabinets sont plutôt friands du procédé, au contraire des cabinets de taille moyenne. La stratégie entrepreneuriale est également un facteur important, certains cabinets placent même l'externalisation au cœur de leur modèle économique.

Enfin, l'étude indique que l'externalisation est « niée » par les avocats, tant les cabinets sont focalisés sur leur cœur de métier et oublient par conséquent l'externalisation des fonctions support (et alors même que certains y ont recours !).

Une branche en pleine mutation

Ce constat posé, pour quelles raisons les cabinets font-ils appel à des prestataires extérieurs ? D'abord, les besoins ponctuels de spécialisation (matières complexes) ou de capacité (période à forte charge de travail) peuvent le commander. Il s'agit là d'une forme de sous-traitance qui ne dit pas son nom.

Ensuite, dans un contexte fortement concurrentiel, les cabinets sont amenés à rationnaliser les coûts au maximum. Le procédé permet ainsi de comprimer la masse salariale (externalisation des fonctions support) ou d'assurer la pérennité économique des entreprises en déléguant ponctuellement des fonctions support à des prestataires extérieurs (maintenance et services informatiques, comptabilité, accueil téléphoniques sont les fonctions les plus externalisées).

Enfin, l'OMPL constate un phénomène appelé « atomisation associative » chez les avocats indépendants, qui recherchent une plus grande adéquation entre leur vie professionnelle et personnelle dans un environnement économique instable. Il s'agit simplement d'une association d'avocats louant des locaux (faisant office de bureau partagé pour l'accueil de la clientèle), tandis que le travail est effectué à domicile et les fonctions supports sont externalisées.

Cependant, il ne faut pas occulter le recours aux outils informatiques, qui à l'inverse ont tendance à réduire l'externalisation (baisse du besoin en secrétaires… ). D'autres facteurs sont limitants : le recours aux collaborateurs libéraux et aux stagiaires, permettant de comprimer efficacement la masse salariale, l'intensification du travail favorisé par les nouvelles technologies (accroissement de la productivité individuelle provoquant une réduction des postes), ou encore la diversification des tâches allouées à chaque travailleur.

De même, il est à noter que la préservation de l'image du cabinet peut également être un facteur limitant. En effet, le travailleur externalisé n'est pas immergé dans la culture du cabinet ou dans ses routines, et la confidentialité des dossiers peut également être mise à mal par cet intervenant extérieur.

En conclusion, l'OMPL prédit une stagnation voire une réduction de l'emploi salarié dans les cabinets d'avocats, la main-d'oeuvre étant directement transférée de la branche vers celle des prestataires externes.

Des enseignements qui seront à confirmer lors de l'enquête quantitative qui sera menée prochainement, même si le portrait des cabinets dressé par l'OMPL semble d'ores et déjà refléter avec acuité le nouveau visage de ces structures en pleine mutation.

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