Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Les banques européennes coincées entre deux géants

le - - Actualité - Europe

Les banques européennes coincées entre deux géants
© AP - Frédéric Pichard a présenté les défis de l'Europe financière.

De nombreux acteurs de la finance étaient réunis le 14 mars au Pavillon Gabriel (8e), pour une conférence consacrée à la régulation et à la supervision des banques européennes. Il s'agissait de comprendre où se situe le point d'équilibre entre sécurité et efficacité.

Le cabinet de conseil TNP a récemment organisé une conférence sur le thème “Régulation et supervision : Quelle stratégie pour l'Europe financière”. La régulation entendue comme l'ensemble de règles et la supervision, comme le contrôle de la bonne application de ces règles.

Comment constituer des champions européens, capables de rivaliser avec les géants chinois et américains ? Pour une majorité des intervenants, la principale difficulté tient au cadre règlementaire qui, malgré la constitution d'une Union bancaire, demeure fragmenté.

« Les Européens doivent avant tout sortir de leur déni, car l'Europe est particulièrement menacée par la compétition géopolitique mondiale », a déclaré Frédéric Pichard (Cercle de la Régulation et de la Supervision Financière) à l'ouverture des débats, ajoutant « L'Europe fait semblant d'ignorer que les États-Unis et la Chine ont pris pour cible ses forces économiques ».

Le trésorier du CRSF a notamment rappelé que d'importantes réformes ont été amorcées après la crise de 2008. Désormais, pas moins de 119 banques sont supervisées par la Banque centrale européenne (BCE), depuis Francfort. Néanmoins, parmi les dix premiers établissements mondiaux, cinq sont chinois et quatre sont américains.

« Il serait audacieux d'affirmer que le système est stabilisé », conclut-il.

Une réglementation trop pesante ?

La compétitivité des établissements bancaires européens a-t-elle été ébranlée par la réglementation post-crise ? Pour Laurent Mignon, président du directoire de la Banque populaire et à la Caisse d'épargne française (BPCE), « la réglementation telle qu'elle a été mise en place depuis 2009 va dans le bon sens ».

«La banque est une industrie darwinienne (…) si l'environnement réglementaire est plus dur, elle s'adapte», considère-t-il.

Pourtant, dans une enquête sur la réglementation financière, réalisée d'octobre à décembre 2018 par TNP et le CRSF, les professionnels du secteur bancaire se montrent plutôt sceptiques. En 2018, 32 % d'entre eux estimaient que le niveau de cohérence des réglementations, recommandations et normes était faible. Les banquiers sont d'autant plus sévères lorsqu'il s'agit du niveau de coordination des régulateurs, qu'ils jugent majoritairement faible
(68 %).

«L'un des enjeux demeure l'harmonisation de la réglementation entre les différents pays de la zone euro», souligne Frédéric Pichard.

L'application hétérogène d'une même règle constitue selon les acteurs du secteur bancaire un désavantage pour faire face au géant américain, « alors qu'aux États-Unis, la même règle ouvre tout de suite un marché d'un demi-milliard de consommateurs », comme le souligne Philippe de Fontaine Vive, directeur général de la banque privée Compagnie Richelieu.

Gérald Voitot (TNP) considère cependant qu'il faut prendre en compte les spécificités locales. « Est-ce que la standardisation de l'ensemble des établissements financiers pérennise le système ? » interroge-t-il. « Dans la compétition européenne, je pense que la différenciation va se faire sur la capacité d'adaptation des acteurs aux besoins des clients (…), il faut que l'on s'adapte aux mœurs, aux habitudes sociales de chacun des pays », ajoute Philippe de Fontaine Vive.

Superviser sans perturber des mécanismes vertueux

Les cinq plus grandes banques américaines possèdent 60 % de part du marché américain. Les sept plus grandes banques européennes avaient seulement 18 % de part du marché en Europe en 2018. L'enjeu est donc de constituer une véritable souveraineté financière. Mais comment ?

« C'est une étape importante de mieux intégrer la supervision », explique Florence Lustman, directrice financière de La Banque Postale.

Cette dernière constate un décalage entre la théorie et la pratique : « Lors de la dernière crise bancaire, il y avait des règles communes en théorie mais des façons d'appliquer et d'en superviser l'application non homogènes en Europe ».

Le défi à venir selon elle réside dans la capacité du superviseur intégré européen à contrôler avec la même intensité les applications européennes, sans modifier les pratiques de marché locales. « Je pense que la supervision est un art, ce n'est pas quelque chose qui doit être mécanique », conclut la directrice financière.

Le bras de fer mondial

Selon Philippe de Fontaine Vive, « il n'y a pas de préférence européenne portée aujourd'hui par les politiques européens ». Il considère en effet que la vraie question ne porte pas sur les régulateurs qui mettent en œuvre une volonté d'harmonisation, mais sur une volonté politique européenne d'avoir une souveraineté européenne.

Frédéric Pichard évoque également un « abus de droit des États-Unis ».

« L'extraterritorialité du droit américain représentante une arme financière redoutable à laquelle l'Europe n'a pas réussi à s'opposer », déclare-t-il avant d'ajouter « ils utilisent le dollar et un régime de sanctions pour frapper les entreprises étrangères coupables d'avoir faire des affaires avec des pays sanctionnés par Washington ».




Thuy-My VU
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer