AccueilDroitLes avocats en quête de "nouveaux métiers"

Les avocats en quête de "nouveaux métiers"

Aux yeux du grand public, l'avocat n'est souvent que ce pénaliste en robe noire qui défend délinquants et criminels, pourtant la profession ne cesse d'évoluer vers de nouveaux métiers et notamment vers le monde de l'entreprise.

Droit Publié le ,

Le sujet est si crucial que le premier président de la Cour de cassation, Vincent Lamanda, s'est lui-même déplacé à Cannes (Alpes-Maritimes) pour participer au XXe congrès du syndicat ACE (Avocats conseils d'entreprise) centré sur les "nouveaux métiers". "Au cours des deux dernières décennies, peu de métiers ont connu autant de mutations", relève le premier magistrat de France. Aujourd'hui, ajoute-t-il, "il est très important que les avocats prennent conscience que tout n'est pas judiciaire et que le droit irrigue tous les rapports de la société".

Ainsi de "la vie des affaires" qui "ne peut s'affranchir des règles du droit". "Le droit des affaires est un moteur de la profession", renchérit le président du Conseil national des barreaux (CNB), Christian Charrière-Bournazel, tout en rappelant que "l'avocat du monde économique n'est pas seulement celui des grandes entreprises, mais aussi celui des petits artisans".

"Formons-les !"

"L'activité judiciaire décroît", affirme-t-il, alors que parallèlement, "le nombre d'avocats a été multiplié par quatre en quarante ans en France!" Il est donc indispensable d'explorer de nouveaux "champs d'activité". Avec seulement 55 000 avocats, la France a encore du chemin à faire face aux 160 000 représentants de la profession en Allemagne ou aux 130 000 en Espagne. "Il y a de la place pour tout le monde", assure le président du CNB, "simplement, formons-les!" Le hic en effet, c'est que les jeunes avocats sont peu sensibilisés au monde économique. "Il n'y a pas encore de réflexe. Ils ne savent pas se diversifier", regrette le bâtonnier du Barreau de Paris, Christiane Feral-Schuhl, qui appelle les jeunes à se spécialiser comme agent sportif, mandataire immobilier, lobbyiste ou encore correspondant informatique et liberté.

D'autant, rappelle-t-elle, que la profession traverse "une situation de crise, qui n'est pas seulement économique". Ainsi, un cinquième des effectifs quittent la profession dans les cinq premières années d'exercice. Avec 85 % des entreprises qui n'ont pas de ressources juridiques internes, le monde économique a tout d'un eldorado. D'ailleurs, s'ils ne sont pas les plus nombreux, les cabinets d'affaires n'en sont pas moins les plus rentables. D'après plusieurs participants au congrès de l'ACE -devenue cette année la première force syndicale de la profession-, ils seraient environ un tiers en France à avoir fait du droit des affaires leur activité principale, beaucoup moins qu'en Europe du Nord ou aux États-Unis, où les spécialistes du droit ont appris à conseiller les entreprises en amont.

"En France, remarque le président de l'ACE, William Feugère, l'avocat est souvent celui que l'on vient trouver quand on est face aux difficultés, mais on oublie une dimension essentielle: nos clients ont besoin d'anticiper les risques auxquels ils peuvent être confrontés." Reste un frein: "l'avocat en entreprise provoque des craintes, des angoisses, notre indépendance serait en danger", mais c'est faux et, promet-il, dans quelques années, ces questionnements apparaîtront bien "surranés".

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