AccueilEntrepriseLes artisans s'en vont en guerre contre le gouvernement

Les artisans s'en vont en guerre contre le gouvernement

Pour ne plus être seulement écoutée, mais bel et bien entendue, l'Union professionnelle artisanale (UPA) lance une campagne contre les projets de lois El Khomri et Sapin II qui, selon ses membres, s'apprêtent à nuire aux TPE-PME et cristallisent la colère des artisans et des commerçants de proximité.
Les artisans s'en vont en guerre contre le gouvernement

Entreprise Publié le ,

L'heure est grave, « l'UPA est en guerre », s'exclame Jean-Pierre Crouzet, président de l'union des entreprises de proximité, qu'il qualifie de première force patronale de France, et qui représente tout de même 1,3 million d'entreprises.

L'UPA s'en va en guerre, mais pas seule, car « il faut s'unir pour gagner ». Elle vient de nouer un partenariat de lutte contre le projet de loi Travail avec l'UNAPL et l'UDES pour que les artisans, commerçants, professionnels libéraux et les acteurs de l'économie sociale ne soient pas marginalisés et littéralement « bâillonnées » dans le dialogue social.


De fait, Jean-Pierre Crouzet explique que le projet de loi El Khomri oublie 98 % des entreprises françaises, les TPE-PME, et évince leurs organisations représentatives au profit des multinationales. « On va bâillonner l'artisanat » en faisant passer son taux de représentativité auprès du gouvernement de 20 à 14 % selon l'UPA.
Jean-Pierre Crouzet est déterminé à négocier avec le gouvernement et les deux autres syndicats patronaux majoritaires (Medef et CGPME) pour « faire bouger les lignes ». S'il a pu s'entretenir le 28 avril avec Myriam El Khomri, la ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, et le 29 avril avec Pierre Gattaz, président du Medef, le président de la CGPME François Asselin, a préféré annuler la réunion à la dernière minute. L'UPA espère pourtant trouver un accord d'ici lundi soir car les débats parlementaires commenceront le lendemain matin, le 3 mai.
Une véritable exaspération se fait sentir dans le discours des différents représentants de l'UPA qui se sentent inconsidérés et même dévalorisés.

L'UPA est aussi vent debout contre le projet de loi Sapin II « qui va généraliser la concurrence déloyale et dévaloriser les métiers de l'artisanat, en supprimant l'exigence d'une qualification professionnelle pour exercer une activité artisanale ». Convaincus que ce n'est pas en baissant le niveau de compétences requis pour créer une entreprise que l'on favorisera la croissance, les représentants de l'UPA s'opposent totalement à l'article 43 du projet de loi visant à abaisser les obligations de qualification qui existent aujourd'hui pour exercer un certain nombre d'activités artisanales. Christian Le Lann, vice-président de l'UPA et trésorier de la CGAD dénonce une « victoire du low cost et la fin de l'artisanat de qualité ». L'UPA souligne que remettre en cause les qualifications, c'est mettre à mal tous les efforts réalisés par l'artisanat et le commerce de proximité pour former des jeunes motivés, en particulier par la voie de l'apprentissage. « Eux, la nuit ils sont au travail, ils ne sont pas debout ! », ironise Dominique Metayer, maçon de profession, membre du Conseil National de l'UPA et vice-président de la CAPEB.
Pour Jean-Pierre Crouzet, le gouvernement montre une nouvelle fois son incapacité à prendre des mesures en faveur des entreprises de proximité, qui détiennent pourtant le plus fort potentiel de création d'emplois à travers le territoire, avec 150 000 embauches en attente d'être réalisées. «Nous devons sécuriser les embauches, car c'est dans nos secteurs d'activités qu'elles sont créées».

Plus généralement, l'UPA demande au gouvernement davantage de souplesse juridique et administrative pour les chefs des petites entreprises. Leurs représentants trouvent inadmissible d'être traités au même titre que les entreprises du CAC 40. Ils soulèvent le risque énorme que représente l'embauche d'un salarié dans une TPE et l'éventualité de poursuites judiciaires devant les Prud'hommes. « C'est la roulette russe d'embaucher », explique Jean-Pierre Crouzet, notamment un apprenti « qui a tout à fait le droit de se rendre compte au bout de 3 mois qu'il n'est pas fait pour ça ». Les exemples d'artisans dans des situations juridiques ubuesques défilent et confirment que les chefs des petites entreprises sont anxieux et dépassés par les formalités administratives.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?