Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Les aidants, un nouveau chapitre de l'Histoire des politiques du handicap ?

le - - Entreprise - Vie des entreprises

Les aidants, un nouveau chapitre  de l'Histoire des politiques du handicap ?
© ciledorleans - La première remise du label Cap'Handéo s'est tenue dans le cadre prestigieux du Panthéon.

Outre sa réforme de septembre 2018, le gouvernement s'est aussi récemment intéressé à des salariés indirectement concernés par le handicap dans leur métier : les aidants. Toutes ces personnes qui doivent concilier leur vie professionnelle avec l'attention à porter à un proche dépendant sont au cœur d'une nouvelle stratégie porté par les pouvoirs publics comme par des acteurs de la société civile.

Le 23 octobre dernier, le gouvernement présentait sa stratégie en faveur d'un nouveau public concerné par le handicap : les aidants. Le rôle d'aidant avait été défini à l'article 51 de la loi du 28 décembre 2015 relative à l'adaptation de la société au vieillissement comme une « personne qui vient en aide, de manière régulière et fréquente, à titre non professionnel, pour accomplir tout ou partie des actes ou des activités de la vie quotidienne d'une personne en perte d'autonomie, du fait de l'âge, de la maladie ou d'un handicap ». En France, ils seraient d'après le gouvernement de 8 à 11 millions : un Français sur six. Parmi ceux-ci, on retrouve 57 % de femmes. Pour beaucoup, endosser le rôle semble naturel alors qu'il s'agit souvent d'un proche parent. 54 % n'ont même pas conscience qu'ils sont aidants. Qu'il soit vécu comme tel ou non, le rôle d'aidant peut avoir des conséquences sur la santé et sur la vie professionnelle des personnes concernées, éléments qu'elles peuvent délaisser sans forcément s'en rendre compte. Aussi le gouvernement a-t-il défini six priorités pour « agir pour les aidants ».

« Agir pour les aidants »

Il s'agit de rompre leur isolement, par notamment la création d'un réseau de lieux d'accueils labellisés « Je réponds aux aidants », de leur ouvrir de nouveaux droits sociaux comme un « congé de proche aidant ». Par la même, il s'agit aussi d'accroître et diversifier les solutions de répit. Pour les aider à concilier vie personnelle et vie professionnelle, le soutien aux proches aidants sera désormais inscrit parmi les thèmes de la négociation obligatoire dans les entreprises et parmi les critères de la RSE. Pour ce qui est de leur santé, le rôle d'aidant sera par exemple désormais identifié dans le dossier médical partagé en 2020. L'accent, enfin, veut être mis sur les jeunes aidant qu'il faut « épauler », par exemple en sensibilisant à cette question le personnel de l'éducation nationale ou en aménageant les rythmes d'étude. A cela s'ajoutera une grande campagne de sensibilisation, le développement de certaines missions au sein du service national universel, et surtout des financements à hauteur de 400 millions d'euros pour les trois années à venir.

Le label Cap'Handéo

Pour des éclairages sur les problématiques spécifiques des aidants et connaître plus en détail un projet porté par la société civile, nous avons pu échanger avec des créateurs du label Cap'Handéo : Scarlett Lazaric, adjointe du directeur de l'action sociale de Klésia, groupe de protection sociale et assureur d'intérêt général, et Julien Paynot, directeur général de Handéo, organisation qui a pour objectif de contribuer à l'amélioration de la qualité de vie des personnes en situation de fragilité, via des labels ou des études.

Affiches Parisiennes : Avant de parler de la stratégie « agir pour les aidants » et du label que vous avez développé, pouvez-vous nous dresser un état des lieux de ce qui existait auparavant en France pour les aidants, si jamais quelque chose existait ?

Scarlett Lazaric : Il y a pléthore d'actions qui sont menées en faveur des aidants mais le tableau est marqué par un manque de coordination. C'est aussi pour cela, j'imagine, que le plan ministériel a été suggéré. Historiquement, les groupes de protection sociale ont apporté des aides en faveur de l'aidant, en l'assistant dans sa recherche de solutions de répit, en trouvant moyen d'augmenter un peu l'aide à domicile chez l'aidé pour lui permettre de souffler, des aides à la recherche de structures adaptées aux besoins de l'aidé… Bref, tout un panel de chose qui vont faire en sorte de répondre aux besoins spécifiques d'un aidant. Il y a aussi les actions menées pour accompagner les entreprises comme le label que nous proposons avec Handéo et les équipes de Julien Paynot : il fallait trouver un levier pour que les aidants salariés puissent être davantage pris en compte.

A.-P. : Comment Cap'Handéo était-il donc venu, avant même les annonces de Matignon, répondre à l'injonction “Agir pour les aidants”, nom de la stratégie récemment dévoilée par le Gouvernement

S. L. : On avait beaucoup de solutions à apporter pour des aidants plutôt âgés mais on arrivait difficilement à prendre en compte les besoins des très nombreux salariés aidants. Nous est alors venue l'idée d'un label permettant à une entreprise de réaliser des actions in situ, dans sa structure, en étant accompagnée et soutenue.

Julien Paynot : C'est une démarche qui est aussi une anticipation. Dans quelques années, un salarié sur quatre sera aidant dans une entreprise, quels qu'en soient le secteur ou la taille. C'est le sujet de demain. L'idée est de mettre en marche les entreprises en apportant une méthodologie. Les entreprises n'ont pas attendu Handéo ou Klésia pour accomplir des choses mais parfois le faisaient de façon empirique, plus ou moins structurée, d'autres voulaient faire des choses mais n'y arrivaient pas faute de méthodologie. Comment s'y prendre ? C'est quoi ce sujet ? C'est quoi un aidant ? Est-ce que j'en ai parmi mes salariés ?

A.-P. : Si j'ai bien compris, la labellisation, au-delà d'une étiquette que l'entreprise peut arborer fièrement, c'est aussi une méthodologie et un accompagnement

S. L. : On ne peut pas dire qu'il y avait un manque de volonté de la part des entreprises mais il y avait quand même de grosses difficultés de mise en œuvre. Il fallait lui apporter de la méthodologie. Au-delà du non savoir-faire, il y avait aussi pour certaines un manque de maturité sur ces sujets, pour d'autres un manque de possibilités de faire. On ne va pas avoir les mêmes moyens dans une PME que dans un grand laboratoire pharmaceutique. Tous ont besoin d'être accompagné dans la structuration d'une politique autonome sur ces sujets-là et de s'appuyer sur de l'expertise.

J. P. : La labellisation est la face immergée de l'iceberg qui est la concrétisation d'un travail des entreprises. C'est la « récompense » de tout un travail en amont. Ce n'est pas un marqueur qu'on appose comme ça, avec une jolie étiquette : c'est un vrai engagement et une vraie implication des équipes RH sur un référentiel qualité. Le label n'est d'ailleurs même pas une fin en soi, c'est aussi le début d'autre chose pour les entreprises. Elles vont devoir le garder et progresser dans cette démarche en faveur des salariés en situation de fragilité.

A.-P. : Comment une entreprise doit-elle s'y prendre pour obtenir le label alors ?

J. P. : Il faut déjà qu'elle candidate. Cela parait un peu bizarre de le dire comme ça mais c'est une manière pour moi de vous expliquer que c'est une démarche volontaire. Il faut que l'entreprise ait envie d'aller sur ce chemin-là, chemin qui n'est pas forcément très évident. Elle doit prendre connaissance du référentiel téléchargeable gratuitement en ligne, qui permet de voir si elle partage la philosophie du texte, ses sept grands principes et ce qui est attendu. On peut retenir, pour simplifier, trois grands piliers pour la suite. Le premier pilier est une étape de diagnostic : l'entreprise va devoir faire un état des lieux, une photographie de là où elle en est sur le sujet pour identifier qui pourrait avoir besoin d'accompagnement spécifique en son sein. Certains aidants se sont peut-être déclarés, d'autres pas, souvent par crainte d'être stigmatisés, placardisés par l'entreprise. On en vient alors à un deuxième pilier important qui est la formation des managers. Il faut qu'une relation de confiance soit instaurée entre les managers et les salariés, ou plus précisément que les salariés puissent plus facilement libérer leur parole et aller au contact des managers pour expliquer la situation dans laquelle ils se trouvent. Cela implique que les managers soient outillés et aient une bonne connaissance du sujet. Une fois que l'on a fait tout cela, il s'agit de bâtir une offre de services en direction des salariés concernés pour les soutenir « pour de vrai » : c'est le troisième pilier.

S. L. : C'est tout à fait cela. J'avais envie de rajouter en complément qu'on a choisi de travailler en modèle ouvert : le label est coconstruit par Handéo qui a son expertise de la labellisation et c'est sa beauté naturelle, et par les équipes Klésia expertes en matière d'action sociale, mais aussi avec toutes les entités qui œuvrent sur cette thématique : sociologues, patients, salariés aidants, entreprises volontaires, associations d'usagers… En bref toutes les parties prenantes et tous les publics touchés de près ou de loin par cette problématique.

A.-P. : Quel regard portez-vous sur les annonces récentes faites par le Gouvernement et la stratégie qu'il souhaite conduire ?

S. L. : Tout ce qui sert la thématique des aidants est de toute façon bienvenu. Cela sert des valeurs humanistes, cela sert l'intérêt général. Tout ce qui peut être mis en place est toujours intéressant et positif.

J. P. : Je suis complètement d'accord. Certains diront que ce n'est pas suffisant, mais c'est une brique de plus et cela fait avancer le sujet.

A.-P. : Dans son édito, le Premier ministre Edouard Philippe reconnait que « la société a montré le chemin aux pouvoirs publics » et l'initiative Cap'Handéo est d'ailleurs citée pour illustrer la 3ème priorité du Gouvernement, à savoir « permettre aux aidants de concilier vie personnelle et vie professionnelle ». Alors que l'on attend la « Réforme du grand âge et de l'autonomie » qui sera présentée fin 2019, quels nouveaux chemins imaginez-vous leur montrer à l'avenir ?

S. L. : La société civile a toujours permis de faire bouger les lignes : elle est toujours là avant une grande loi ou une grande politique ministérielle. Ce que j'observe dans le plan, ce sont des choses qui existent déjà mais qui sont insuffisamment structurées et qui ne permettent pas un rayonnement équitable sur le territoire. On peut souligner, par exemple, que des numéros pour les aidants, il y en a un certain nombre. En revanche il n'y a aucun numéro structuré qui permet à chaque Français d'avoir une réponse de même qualité à l'ensemble de ses besoins. C'est au gouvernement de valoriser ces initiatives et de les structurer.

J. P. : Tout le monde est concerné. Quand je dis que tout le monde est concerné et pour raccrocher avec la loi que vous citez, n'oublions pas que le médico-social est un acteur historique sur l'accompagnement des plus fragiles. Moi demain, casquette Handéo, je ne peux m'empêcher de penser aux acteurs du domicile et il faudra qu'on soit vigilant à faire en sorte que les acteurs du domicile soient en capacité d'accompagner les aidés comme les aidants dans de bonnes conditions. La société inclusive dont on parle depuis plusieurs années ne se fera pas sans les premières lignes que sont les acteurs de l'aide à domicile. Il faut qu'il y ait de la porosité entre le médico-social, les aides à domiciles et le monde de l'entreprise, et rapprocher le médico-social du droit commun.

A.-P. : Y a-t-il un point important que vous voudriez mettre en avant pour conclure ?

S. L. : J'aimerai parler de la valeur des aidants pour les entreprises. Elles ont compris aujourd'hui qu'en accompagnant et en considérant les salariés aidants, ils deviennent une vraie composante du capital humain des organisations et de l'entreprise. C'est important de le dire.

J. P. : Ne pas percevoir les salariés aidants comme une charge, comme un boulet, mais plutôt comme un levier avec des potentialités très fortes qui souvent sont cachées est primordial. Peut-être notre démarche permettra-t-elle aux entreprises de découvrir toutes les compétences qu'on peut trouver derrière des salariés aidants qui sont par ailleurs très souvent des militants, des responsables associatifs, savent monter des dossiers, savent aller faire des rendez-vous dans des cabinets ministériels, dans des mairies, développer des projets, créer des liens et des réseaux.

S. L. : D'aucun d'ailleurs ont souvent pensé que les salariés aidants étaient plus souvent absents dans l'entreprise mais les dernières études tendent à montrer qu'il n'en est rien.




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer