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Journée du numérique Legaltechs : après la crainte des «braconniers» du droit, les avocats se disent désormais «décomplexés»

La Journée du numérique du Barreau de Paris, organisée à la Maison des Avocats, a affiché complet lors de sa première édition. Durant la plénière d'ouverture, les intervenants ont relevé la bonne acculturation des professionnels.
Legaltechs : après la crainte des «braconniers» du droit, les avocats se disent désormais «décomplexés»
© AP - Olivier Cousi, bâtonnier de Paris, Naïma Moutchou, députée du Val d'Oise et avocate.

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Les membres du barreau ont pu participer gratuitement à des sessions plénières, à des ateliers proposés par niveaux et à des sessions de « speed coaching », à l’occasion de cette première journée, qui a constitué le troisième temps du plan numérique conçu par le bâtonnier Olivier Cousi. « C’est la première réunion publique d’importance qui se tient dans cette maison, avec quasiment 18 mois de retard, je suis donc extrêmement fier que vous soyez présents », a-t-il lancé, se disant ému d’ouvrir cette journée. « Le projet du barreau numérique nous tient à cœur depuis longtemps. L’idée était de proposer, dans un premier temps, des formations aux confrères, qui ont des demandes diverses. Il y a eu, parallèlement ces deux-trois dernières années, une explosion de l’outil numérique dans les juridictions, de manière un peu contrainte et forcée. Les relations ont été excellentes avec les juridictions et les magistrats en charge de ces sujets au ministère. Mais cela n’est pas encore suffisamment normalisé, beaucoup de confrères n’ont pas encore intégrés ces outils en totalité. Nous sommes au milieu du gué », a souligné le bâtonnier. Aussi, le Barreau numérique a été officiellement créé le 1er janvier 2021, conformément aux engagements pris avec la vice-bâtonnière Nathalie Roret. Le site totalise d’ores et déjà pas moins de 25 000 pages consultées.

Le coût du numérique

Naïma Moutchou, députée LREM et avocate, était l’invitée spéciale de cette journée. « On ne mesure pas à quel point cette révolution numérique, amorcée dans le début des années 50, va impacter nos vies et la société. Je pense même que c’est semblable à la rupture anthropologique de la découverte de l’imprimerie et qui a concerné toute la population », a-t-elle lancé. « Le numérique est partout, sa place dans la justice est centrale, parfois déterminante. C’est un sujet dont les avocats doivent absolument se saisir. Big data, cloud, IA, data analytics… Il va falloir appréhender tout cela ». Et la députée de poursuivre : « Vous avez d’ores et déjà des leviers d’action pour procéder aux évaluations de risque en matière de numérique et vous en prémunir. Plus la conformité des cabinets en recommandation de sécurité et l’usage du numérique sera forte, plus vous limiterez le risque de perte et de vol de données, ce qui n’est pas neutre pour vous en matière d’image et de publicité ».

Il faut dire qu’en tant que vice-présidente de la Commission des lois de l’Assemblée nationale, Naïma Moutchou s’est montrée particulièrement attentive sur le sujet du numérique. « J’ai soutenu la création de la procédure pénale numérique, qui avait pour objectif de la dématérialiser de bout en bout, et d’automatiser toutes les tâches où il est possible de se dispenser utilement de l’humain. D’ici 2022, elle devrait pouvoir s’appliquer sur tout le territoire national. J’ai pu participer à la réflexion autour de la plateforme PLEX, mise en place avant le premier confinement et permettant aux avocats de se voir communiquer une copie numérisée des dossiers », a également indiqué la députée. Pour elle, « le secret professionnel de l’avocat, est à la base de tout, c’est une question de confiance, il doit être protégé efficacement pour lutter contre les saisies arbitraires des correspondances numériques ».

Naïma Moutchou l’a également réaffirmé : « La transformation numérique de la justice, et notamment de son parc informatique, a un coût. Ce coût est nécessaire. Il faut l’assumer pour que vous puissiez être efficients et que vos interlocuteurs soit aussi équipés. La dématérialisation de la demande d’aide judiciaire, en cours d’expérimentation, sera également généralisée en 2022 ».

Finalement, pour la députée, « la crise sanitaire a exacerbé difficultés en la matière et montré le besoin incontestable d’accélérer ».

50 avocats accompagnés par l’Incubateur

Barthélemy Lemiale, co-référant ordinal de l’Incubateur, est revenu sur le travail numérique effectué par le barreau. D’abord pensé comme un outil de veille pour la profession, l’Incubateur du barreau de Paris s’est progressivement montré plus proactif, avec le lancement des “Nuit des legaltechs“, mais aussi la promotion des parties prenantes, avec les Prix de l’innovation. Au point de lancer, il y a trois ans, un programme d’incubation « unique au monde ». Les deux premières années, quatre avocats en ont bénéficié. « Lorsque je suis arrivé, j’ai eu envie d’accélérer encore les choses : nous avons assisté huit confrères cette année. C’est une nouvelle accélération qui s’annonce pour l’année prochaine : grâce à l’expérience acquise précédemment, nous souhaitons permettre à une cinquantaine d’avocats de disposer des premiers outils pour créer leur legaltech », a annoncé Barthélemy Lemiale, qui a expliqué que la « bulle d’angoisse » générée chez les confrères par les legaltechs s’est « largement dégonflée en 2021 ». « Nous sommes revenus à la réalité : nous créons des outils utiles dans la pratique professionnelle de l’avocat. Il faut que la profession s’en empare, au risque que ce soit des personnes qui ne connaissent pas ce qu’est le service rendu par l’avocat qui le fassent à notre place », a-t-il rappelé.

Laurent Samama, est ensuite revenu sur une composante complémentaire mais essentielle, le Barreau entrepreneurial, qu’il dirige. « Le droit est une formidable matière, c’est aussi un marché », a-t-il souligné, saluant l’emploi par Naïma Moutchou du mot “business“. « Enfin, les avocats sont décomplexés ! », s’est-il réjoui. Le Barreau entrepreneurial a, pour rappel, été lancé sur une idée de Christiane Féral-Schuhl. « Vis-à-vis de l’Incubateur et de ce barreau numérique, c’est un facilitateur, une courroie de transmission, un décodeur. Aidés par l’accélération de la dématérialisation, nous sommes passés d’un petit amphithéâtre de 60 personnes à 600 confrères, qui nous ont découverts à cette occasion », a poursuivi Laurent Samama, avant de conclure « oui, ne laissons pas la place aux autres, mais ne soyons pas non plus excluants, nous avons besoin d’experts du digital, de techniciens, pour nous épauler ».

Mathieu Davy, avocat au barreau de Paris et fondateur de Call a Lawyer, est ensuite revenu sur le lancement d’Avotech, la « première association d’avocats créateurs de legaltechs ». Pour celui qui préside cette association, il n’existe aucune structure comparable dans le monde aujourd’hui. Avec 60 membres sur 15 barreaux différents, Avotech accueille des confrères étrangers, et échange avec les barreaux du monde entier (Africains et Japonais notamment). « Notre ADN, c’est de regrouper des confrères qui ont fait le pari, à côté de leur cabinet, de se lancer dans l’entreprenariat digital, depuis que les décrets Macron ont levé l’incompatibilité d’exercice », a souligné Mathieu Davy. Hébergé au CNB, Avotech travaille avec tous les incubateurs des barreaux.

Une mission de quasi-service public

 « Vous avez vu, aujourd’hui, au moins une vingtaine d’avocats prendre la parole, en tant qu’expert du digital, du numérique. C’est la preuve que notre profession a pris un virage formidable. Les legaltchs, que nous voulons et construisons ensemble, ne sont pas des braconniers avides de rentabilité, elles ont une mission, presque de service public, d’égalité entre les citoyens et entre les avocats », a conclu le président d’Avotech, en fin de cette première journée dédiée au numérique.

Rendez-vous le 6 décembre prochain, au Palais Brongniart, pour donner une visibilité encore plus grande au secteur, à l’occasion du “Paris Legal Makers“, un événement destiné aux décideurs politiques et économiques.

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