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Legal F : le club qui porte haut la voix des legaltechs

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Legal F : le club qui porte haut la voix des legaltechs
© A.P.

Quatre start-up de la legaltech ayant intégré le vivier innovant parisien Station F dès son ouverture ont décidé de se rapprocher pour créer l'association Legal F. Rencontre avec ses fondateurs : Jacques Lévy-Véhel de Case Law Analytics, Hamdi Ouaissi pour LexDev, Rémi Laurent de Share Your Knowledge et Guillaume Kaltenbach pour Le droit pour moi.

Affiches Parisiennes : Comment avez-vous eu l'idée de former une association ?

Jacques Lévy-Véhel : C'est un associé (de Case Law Analytics, NDLR), Romain Dupeyré (avocat et président du comité Jurem), qui m'a dit un jour “Tu sais à Station F il y a beaucoup de legaltechs, vous devriez vous regrouper pour former un club et avoir une voix”. C'est donc vraiment une idée de Romain. J'ai alors contacté trois legaltechs de Station F qui me semblaient avoir la même éthique et la même approche que moi. L'idée c'est qu'il s'agit vraiment d'un club, ce n'est pas “les” legaltechs de Station F mais “des” legaltechs.
Hamdi Ouaissi : C'est exactement ça, la suite logique d'un rapprochement business. Au sein de la legaltech, il est difficile de distinguer qui fait quoi, qui sont les vraies legaltechs, ce n'est pas juste une étiquette. Les quatre legaltechs que nous sommes avons pour point commun de travailler avec et pour les professionnels du droit. Et à côté de ça, il y a un ensemble de valeurs, du sérieux, de la rigueur, c'est ce qui nous réunit.

A.-P. : Quels sont ses objectifs ?

Guillaume Kaltenbach: Nous pouvons être ambassadeurs les uns pour les autres. Nous ne sommes pas en concurrence frontale. On peut marginalement faire des offres qui se rapprochent, mais globalement c'est plutôt la complémentarité qui domine. Par exemple, dans certains colloques, nous ne sommes qu'un ou deux, ça ne nous empêche pas de parler au nom de tous.
J. L.V. : Non seulement nous ne sommes pas des concurrents mais nous sommes effectivement complémentaires. Au début, je me suis aperçu en allant chez les clients, que les assureurs par exemple avaient besoin de services que nous ne proposons pas. Maintenant nous proposons les offres complémentaires de nos partenaires et mettons même en place des services que l'on peut rendre tous ensemble.
H.O. : Le premier objectif est la promotion de la legaltech de manière générale, le second, c'est véritablement le business, d'avoir des offres intégrées, complémentaires pour les clients. Pour nous, la legaltech est un outil mis au service de l'expertise du professionnel du droit.

A.-P. : L'association est-elle ouverte à d'autres membres ?

H.O. : Dans un premier temps, nous souhaitons ouvrir l'association aux legaltechs de Station F, et puis dans un second temps, peut-être l'ouvrir plus largement. Aujourd'hui, nous sentons un véritable attrait des legaltechs pour Legal F, mais également des professionnels du droit et des institutions représentatives. Nous sommes, on l'espère, au tout début de l'aventure.

A.P. : Combien y a-t-il de legaltechs à Station F ?

J. L.V. : Ça dépend déjà de ce qu'on appelle une legaltech.
G.K. : Et puis, ici à Station F, nous n'avons pas la visibilité sur tout ce qui se passe. Nous sommes tous dans des programmes d'incubation différents (Founders, HEC, Microsoft), avec des dynamiques et des rythmes hétérogènes.
H.O. : Il y a déjà trois autres legaltechs d'ici qui frappent à la porte et souhaitent vivement intégrer Legal F.

A.P. : Sur quels critères vous basez-vous pour les accepter ou les refuser ?

H.O. : Nous choisissons des legaltechs qui travaillent pour les professionnels du droit et qui ont de bonnes équipes avec qui on a envie de travailler. Il a eu un grand débat autour des legaltechs ces dernières années, notamment au sein des professions du droit et du monde des avocats, afin de savoir s'il fallait les combattre ou travailler avec elles. Pendant un temps, la première position a été adoptée parce qu'elles venaient soi-disant rogner le monopole des professionnels du droit. Aujourd'hui, la tendance est plutôt à la collaboration en faisant le tri entre les legaltechs qui respectent le droit et les autres.

A.P. : Est-ce qu'il vous arrive souvent d'être approchés par des startuppers pour des questions d'ordre juridique, pour la protection des données par exemple ?

J. L.V. : Il y a des canaux Slack (outil de communication collaborative, NDLR) de Station F, dont un intitulé “Legaltechs”, sur lequel il est possible de poser des questions.
G.K. : On est effectivement souvent sollicités pour des problématiques juridiques.

A.P. : Le projet de loi de programmation pour la Justice envisage une certification des legaltechs, y êtes-vous favorables ?

H.O. : C'est une approche normative des choses. Il existe une autre approche, celle du marché, qui cherche à répondre aux besoins des clients. Ce qui importe est de créer un écosystème favorable aux professionnels du droit, donc dans l'intérêt du justiciable. C'est un alignement des intérêts.
G.K. : Pourquoi pas, on démarre brique par brique. Il faut identifier les bonnes et les mauvaises pratiques,
mais il faut que ce soit contraignant pour être efficace. Néanmoins, la contrainte ne doit pas empêcher de libérer le potentiel de chacun. Dans une start-up on évolue, on peut être conforme à un moment, puis ne plus l'être. Ça implique d'avoir les moyens de sa politique. Donc l'initiative est très bonne, mais il faut donner les moyens de la mettre en œuvre. Peut-être que c'est un peu prématuré. Il ne faudrait pas brider l'énergie créatrice. Laissons déjà le marché faire le tri entre ce qui est bon et ce qui est mauvais et légiférons ensuite.
J. L.V. : Nous constatons que certains sont vraiment favorables à une certification. De notre côté, nous essayons d'organiser le secteur et de créer une fédération des legaltechs. Il faut aussi prendre conscience du fait que si l'activité de certaines legaltechs était trop fortement entravée, alors c'est un grand acteur américain qui s'implanterait.
Rémi Laurent : Une certification pourrait permettre de séparer le bon grain de l'ivraie entre les différentes legaltechs, à condition que les critères soient parfaitement clairs (notamment concernant le respect des principes essentiels régissant les professions juridiques) et que l'organisme en charge de cette certification soit indépendant pour ne pas engendrer de rupture d'égalité et assurer une concurrence saine entre les acteurs d'un même marché.

A.P. : Que pensez-vous de la Charte éthique des legaltechs d'Open Law ? Etes-vous signataires ?

H.O. : Nous n'avons pas de position commune. Je m'y suis intéressé au tout début. Comme pour la certification, je considère que la Charte a une valeur informative, il n'y a ni contrôle ni sanction. A ce stade-là, nous n'avons pas trouvé d'intérêt à la signer, sinon que pour l'aspect marketing. Cela reste simplement au stade des valeurs, ça n'a donc aucun impact.
J. L.V. : Je suis en partie d'accord. Initialement, nous l'avons signée aussi parce que nous apprécions la démarche des personnes qui l'ont rédigée. C'est une bonne initiative, mais il faut que ça évolue, car pour le moment n'importe qui peut la signer et il n'y a pas de contrôle. Il me semble que les choses sont en train de changer à ce propos.
R. L. : Oui, Share Your Knowledge est signataire.
G.K. : Nous l'avons aussi signé car c'est important de mettre en place des mécanismes vertueux et de créer un écosystème favorable à la legaltech.

A.P. : Le bâtonnier de Paris milite pour qu'il y ait des avocats dans chaque legaltech, qu'en dites-vous ?

H.O. : Il y a une confusion. Il n'y a pas forcément besoin d'un professionnel du droit au sein d'une legaltech. La vraie question est celle de la responsabilité sur ce qui relève du périmètre du droit. Or, nous les legaltechs, nous ne faisons pas du droit à proprement parler. Nous ne dispensons pas de conseil juridique, nous n'empiétons pas sur le périmètre des professionnels du droit. A partir de là, nous n'avons pas besoin d'être avocat pour être fondateur ou cofondateur d'une legaltech. Par exemple, les contrats que l'on propose chez LexDev sont élaborés par un partenaire avocat, et donc c'est sa responsabilité professionnelle qui joue.
J. L.V. : Dans le domaine médical par exemple, les personnes qui fabriquent les outils d'intelligence artificielle, par exemple pour détecter des pathologies cardiaques, ne sont pas médecins. Ils travaillent avec eux, mais ne le sont pas eux-mêmes. Pourtant, on touche là à la santé ou même à la vie des gens, et l'aspect déontologique est fondamental. Je ne comprends pas pourquoi ça ne passe pas chez certains avocats.
R. L. : Il est nécessaire de bien comprendre les enjeux de la profession et sa déontologie en travaillant main dans la main avec les professionnels qui sont les premiers concernés par les outils numériques qui sont mis à leur disposition. A ce titre, nous avons jugé bon d'intégrer un avocat parmi les co-fondateurs au début de l'aventure Share Your Knowledge afin de répondre au mieux aux problématiques quotidiennes des praticiens. Cela nous empêche en rien de travailler en collaboration avec d'autres legaltechs qui ne comprennent pas de professionnels parmi les associés, comme c'est le cas notamment au sein de Legal F, mais qui sont très à l'écoute des professions concernées et prennent soin de respecter l'ensemble des règles professionnelles et déontologiques en lien avec leurs activités.

A.P. : L'association a-t-elle d'éventuels projets pour la rentrée ?

H.O. : Oui, à partir de septembre, nous co-organiserons plusieurs événements ici.
R.L. : Nous ferons effectivement des événements au sein de Station F afin de mettre en avant les legaltechs de Station F et leurs produits. Nous ne sommes qu'au début de l'expérience, Legal F a pour vocation de grossir.




Anne MOREAUX
Journaliste

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