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Le travail de demain sera-t-il plus épanouissant ?

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Le travail de demain sera-t-il plus  épanouissant ?
© A.P.

Le travail était l'un des axes de la 4e édition de la Maddy Keynote, intitulée “Demain se construit aujourd'hui”, qui s'est tenue le 31 janvier dernier au Centquatre à Paris. Le sommet de l'innovation et de prospective tricolore créé en 2015 a encore fait mouche en nous transportant en 2084 avec optimisme.

La journée a été introduite par David Bernard, CEO d'AssessFirst, qui a joué le jeu de la science-fiction en imaginant un recrutement prédictif, nous plongeant immédiatement dans le monde du travail de demain.

Transformation profonde

De nombreux intervenants ont abordé le thème du travail et des relations sociales, montrant à quel point ce sujet est essentiel lorsqu'on aborde le futur.

« En 2084, on aura plus de séparation entre la vie professionnelle et la vie personnelle car nous auront une vision beaucoup plus intégrative de notre existence », a lancé Jean-Claude Heudin, professeur et chercheur en IA. On pourra procéder à l'évaluation de nos talents naturels dès le plus jeune âge pour être plus performant dans le monde du travail.

« Face au changement, la première action généralement c'est d'avoir peur. On se rétracte et on reste dans une zone de confort », a expliqué David Bernard.

Pourtant, la réaction positive consiste à se réadapter, ce qu'a très bien expliqué Béatrice Moulin, co-fondatrice de Switch Collective. « Ce qui est intéressant est de savoir comment fait-on pour saisir des opportunités de se réaligner plutôt que de subir ces changements (…) Le monde du travail de demain va être tout le temps en mouvement, on devra donc tous savoir se réinventer. C'est la fin des carrières linéaires », a-t-elle expliqué. Nous allons, en effet, avoir plusieurs métiers dans notre vie.

Cette transformation a d'ailleurs déjà commencé. Selon une enquête de McKinsey, 13 millions de Français ont une activité indépendante. Il y a donc manifestement « une transformation profonde du travail », selon le sociologue Patrice Flichy.

Si on constate une forte croissance des indépendants et des freelances, le monde du travail subit « plutôt une évolution lente mais certainement pas une disparition des salariés », a-t-il toutefois relativisé.

Même si le télétravail se développe, les individus ont besoin de liens et de relations sociales pour performer. De fait, l'échange est vecteur de création. L'activité au bureau ou bien en coworking et dans des fablabs a donc de l'avenir. « Le bureau n'est plus un lieu de production, c'est un lieu de pollinisation », a expliqué justement David Bourla, économiste chez Knight Frank France.

En contre-pied du discours actuel « profondément alarmiste qui dépeint un monde avec une société hyper contrôlante » avec robots, espionnage, hackage et beaucoup d'angoisse, Béatrice Moulin, souhaite nous remettre « dans une place centrale dans la construction du monde du travail de demain », là où l'on passe la majeure partie de notre temps.

Comment se réinventer au travail ?

Dans un exposé captivant intitule “Va, vis et deviens'', Béatrice Moulin, co-fondatrice de Switch Collective, a partagé sa recette pour réussir à se réinventer afin de s'adapter au monde du travail de demain, en constante évolution. Selon elle, les quatre points clés pour se reinventer consistent à savoir :

1 - Capter les signaux du monde qui change

2 - Se connaître

3 - Apprendre

4 - Faire

Quête de sens

Cette dernière adopte une « vision du travail comme un vecteur de réalisation de soi ». Pour cela, il faut d'abord savoir qui l'on est ce que l'on veut. à l'image des Japonais, qui cherchent le « ikigai », leur raison d'être (voir illustration). Cette méthode qui aide à décoder les mécanismes de la pensée peut être utile pour prendre des décisions en harmonie avec ses envies profondes.

Il faut ensuite se poser la question de comment apprendre et rester à la page pour rester pertinent dans son domaine de prédilection. Apprendre à apprendre et savoir repartir de zéro.
« Il faut adopter une posture d'éternel débutant pour rester à l'écoute et humble », conseille Béatrice Moulin. Un autre point essentiel est de passer le plus rapidement possible à l'action, donc faire, dès maintenant, car les compétences sont très rapidement obsolètes. Pour l'experte, « le mieux est donc d'apprendre en faisant ».

Il ressort des différentes interventions de cette journée de prospective que la formule du bonheur est constituée par la santé, l'amour et surtout le sens du travail.

Patrice Flichy a ainsi décrypté la nouvelle vague du « travail ouvert », qui mêle travail et loisir (exemple des activités artistiques sur Etsy, Viméo, tuto Youtube), ou de simples activités lucratives (VTC, AirBnb…). « Dans ce travail ouvert, on mobilise souvent des compétences ordinaires que l'on n'indique pas forcément sur son CV comme savoir conduire, accueillir ou faire la cuisine. C'est également la possibilité de remobiliser des compétences qu'on n'a pas pu utiliser professionnellement mais qui sont des passions », souligne le sociologue.

« Aujourd'hui, au niveau mondial 90 % des individus ne sont pas bien dans leur job », a constaté Jean-Claude Heudin, professeur et chercheur en IA. En France, « on fait mieux mais on reste à la 17e place sur 18 au niveau européen » sur la satisfaction au travail. Il convient donc de se concentrer sur l'essentiel : le facteur humain. Pour le chercheur, il faut garder en tête que « chaque individu est la combinaison unique de trois facteurs clés : ce qu'il peut faire, ce qu'il veut faire et la façon dont il va se comporter », pour identifier ses talents naturels.

Autonomie

« Ce qui caractérise le travail aujourd'hui est cette formidable volonté d'autonomie », a lancé Patrice Flichy dans un exposé sociologique sur les nouvelles frontières du travail à l'ère numérique.

Par ailleurs, « on s'aperçoit incontestablement que les freelances sont plus heureux au travail que les salariés grâce à l'autonomie », a-t-il ajouté. C'est le numérique qui leur permet de travailler autrement, avec moins de contrôle et davantage de liberté (lire encadré).

Cette année, l'Urban Lab de My Little Paris et la Maddy Keynote se sont associés pour réaliser une étude dédiée au rapport au futur de la génération dite des Millenials. 19 300 personnes ont ainsi été interrogées en décembre 2018 et janvier 2019 via les médias du groupe My Little Paris, dont 70 % de 18-35 ans. Attentifs à profiter d'une vie sociale épanouie et connectée, ils ont pour autant une approche plus individuelle du travail et privilégient notamment le freelancing ou le travail à domicile. Selon eux, la structure traditionnelle du salariat est clairement vouée à disparaître. Ils ne sont que 9 % à souhaiter continuer à travailler en tant que salarié en 2084 - contre 84 % actuellement (source Insee). Et même si 80 % estiment qu'ils continueront à travailler en 2084 (30 % par nécessité, 50 % par plaisir), 66 % d'entre eux espèrent avoir adopté le régime du freelancing (26 % dans un espace partagé, 40 % à domicile).

Par ailleurs, selon une enquête commandée par la CFDT, seulement 25 % des travailleurs français estiment que la hiérarchie sert à quelque chose dans l'entreprise tandis que 40 % estiment qu'ils passent trop de temps à rendre des comptes plutôt qu'à travailler. Les exposées prospectivistes ont ainsi donné la part belle à l'autonomie et l'horizontalisation des relations sociales.

S'achevant sur la prise de parole de Jérémy Saget, spécialiste en médecine aérospatiale et dernier Français en lice pour les éventuelles expériences de vols habités vers la planète Mars, la Maddy Keynote a poussé l'exercice de prospective jusqu'à son paroxysme en abordant les enjeux de la conquête spatiale.

L'impact des nouvelles technologies dans l'organisation du travail

Vincent Mathis, directeur digital et innovation chez Weave qui contribue à l'animation d'offres sur le secteur innovant pour les entreprises de tailles et de secteurs d'activité divers, explique l'impact que les outils technologiques peuvent avoir sur notre façon de travailler.

« Depuis vingt ans, l'émergence continue de nouvelles technologies provoque une réorganisation du travail et des modalités de fonctionnement assez spontanées et organiques », explique l'expert.

On constate ainsi une rupture générationnelle et culturelle sur la hiérarchie et l'autonomie au travail. « La hiérarchie s'aplatie de plus en plus et les organisations s'ouvrent, du coup lorsqu'on met en place des réseaux sociaux d'entreprise on peut solliciter une intelligence collective et by-passer certains process managériaux ».

Avec l'horizontalisation des relations sociales et le passage récent du focus des entreprises sur l'expérience client à l'expérience collaborateur, la valeur travail a été tirée vers le haut. Bientôt, la raison d'être de l'entreprise dépassera même l'objectif de création de profits.

« On traverse une sorte de crise générationnelle où la raison d'être et le sens à son action ont pris une place beaucoup plus importante qu'auparavant. On le constate auprès des collaborateurs chez Weave, c'est certain. Les jeunes salariés ont tendance à accepter de rejoindre des organisations qui portent des valeurs auxquelles ils croient. On le voit aussi sur les sujets que l'on traite pour nos clients. Les sujets sociétaux et la RSE ne sont plus marginaux comme c'était le cas il y a encore quelques années », commente Vincent Mathis.

L'expert conseille de lire deux ouvrages qui expliquent très bien cette situation transitoire impactant fortement le monde du travail : Reinventing Organizations: Vers des communautés de travail inspirées de Frédéric Laloux, et La nouvelle société du coût marginal zéro de Jeremy Rifkin. Selon lui, ces lectures permettent « de prédire que le modèle d'entreprise auto-organisée et auto-gouvernée, qui semble être encore marginal aujourd'hui, est probablement une tendance structurelle et que les quelques ovnis qu'on cite souvent sont probablement à l'avant-garde d'une grande transformation en train de s'engager ».




Anne MOREAUX
Journaliste

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