AccueilActualitéLe service civique universel : un succès mitigé

Le service civique universel : un succès mitigé

La Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale d'Ile-de-France (DRJSCS) a organisé une table ronde à l'université Diderot pour faire un état des lieux du service civique universel en Île-de-France. Fort d'un franc succès, le nombre de volontaires engagés ne cesse d'augmenter. Pourtant ce service connaît des limites.
Le service civique universel : un succès mitigé
service civique

Actualité Publié le ,

En Île-de-France, le nombre de volontaires engagés dans le service civique a augmenté en cinq ans. Il est aujourd'hui de 12 000 jeunes Franciliens engagés et ce nombre progresse chaque année. En 2016, 14 000 volontaires effectueront ce service civique. Par ailleurs, 75 % des anciens ont obtenu un emploi ou une formation, dans les six mois suivant la fin de leur mission. Ce constat a été mis en exergue lors d'une table ronde organisée par la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale, à l'université Diderot. Près de 200 jeunes volontaires franciliens ont assisté à ce rassemblement.

Amina et Manon, volontaires et ambassadrices de l'association d'éducation populaire Une idée dans la tête (animation d'ateliers d'éducation à la citoyenneté, à destination des volontaires), sont intervenues lors de la table ronde pour rendre compte des obstacles rencontrés avant et pendant le service civique.

Le service civique est devenu universel le 1er juin 2015. Il offre aux jeunes de 16 à 25 ans l'opportunité de s'engager au service de l'intérêt général, en effectuant une mission de six mois à un an dans une association, un service de l'État ou une collectivité locale, dans les domaines du sport, de la santé, de la culture, de l'environnement, de la solidarité, de la mémoire, du développement international, et de l'éducation. Les jeunes, travaillant en moyenne 24 heures par semaine, sont suivis par un tuteur pendant la durée de leur engagement.

Ces deux ambassadrices reprochent le manque de communication sur ce service civique, peu ou mal connu par plus de 50 % des Français.

Elles dénoncent également le manque de professionnalisme des tuteurs. Pendant leur mission, certains volontaires ont trois tuteurs différents et ces derniers « ne font pas la différence entre un stagiaire et un volontaire ». Un volontaire doit accomplir des missions qui relèvent de l'engagement et de l'accompagnement social, pas assurer des tâches administratives ou techniques. Les volontaires font aussi parfois plus d'heures que prévu. De plus, 80 % des volontaires sont recrutés selon leurs compétences. « On valorise davantage les bac +5 », ajoute Manon.

Les solutions des deux ambassadrices

Amina et Manon proposent un recrutement avec des quotas, afin de permettre à ceux qui n'ont aucun diplôme de pouvoir prétendre au service civique. Elles veulent aussi supprimer les CV lors du recrutement. Elles souhaitent par ailleurs que la DRJSCS intervienne davantage pour réguler le décalage entre l'offre de missions et la réalité. Enfin, elles suggèrent la création d'un groupe de défense des droits des volontaires.

Le service civique doit encore évoluer,
« il y a un problème entre l'offre et la demande des missions proposées ».

Béligh Nabli, juriste et auteur du rapport France Stratégie, « reconnaître, valoriser, encourager l'engagement des jeunes » rendu en juin 2015, propose une autre analyse du service civique. Selon lui, l'offre existante ne correspond pas à ce que la jeunesse recherche. Le service civique doit encore évoluer. « Il y a un problème entre l'offre et la demande au sein des missions proposées. »

Son rapport pointe le paradoxe qui existe entre la passivité des jeunes, perçue par la société, et leur profonde envie de s'engager lorsqu'ils sont interrogés. « Il y a une incompréhension intergénérationnelle », explique-t-il.

Selon le juriste, 70 % des jeunes ont le sentiment que la société ne leur donne pas la possibilité d'exploiter toutes leurs capacités.

Le rapport France Stratégie propose donc de valoriser l'engagement des jeunes. « Il faut leur donner la possibilité de montrer leur sens des responsabilités. » Béligh Nabli propose de créer une instance nationale de représentation des jeunes et une reconnaissance des acquis pendant l'engagement. Ces propositions ont été intégrées au projet de loi Égalité et citoyenneté, voté bientôt à l'Assemblée nationale.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?