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Le Sapiens augmenté : faire mieux avec moins, la clé de la sagesse

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Le Sapiens augmenté : faire mieux avec moins, la clé de la sagesse
@ DR - Navi Radjou

« Je suis conscient que je pense donc je suis », telle est la formule adaptée à l'Homo sapiens sapiens selon Navi Radjou, invité du Congrès Walter France. L'auteur franco-américain, célèbre pour son ouvrage L'innovation frugale, comment faire mieux avec moins ?, est venu s'exprimer sur le « sapiens augmenté » ou l'utilisation vertueuse du digital au service l'Homme et de son environnement.

Navi Radjou est mondialement connu pour son influence sur des sujets d'innovation. Auteur de la méthode Jugaad, ce théoricien de l'économie dite frugale prône la maxime « more with less ». Conseiller en innovation et leadership, ce natif de Pondichéry, en Inde, a fait partie du Conseil sur le programme mondial d'innovation du World Economic Forum et a remporté le Thinkers 50 Innovation Award en 2013.

L'innovation frugale, un savoir être…

Le modèle de développement économique véhiculé par l'auteur s'inspire de ses expériences personnelles et de son observation de la pauvreté, principalement dans les pays émergents. De son vécu, il retient qu'« un être qui a moins n'est pas un être moindre » puisqu'il acquiert des qualités et des valeurs qui lui permettront de s'en sortir. D'où l'adage si cher à l'universitaire : « less is more ».

Présent auprès des entrepreneurs, il diffuse le concept d'innovation frugale qui se caractérise par l'identification, la valorisation et l'utilisation de ressources existantes pour créer des solutions ingénieuses aux problèmes qui se posent dans nos sociétés modernes.

« La rareté des ressources n'est pas une contrainte mais une source d'émancipation », affirme l'auteur.

Au-delà d'un modèle économique, il s'agit d'un état d'esprit, d'une mentalité unique, nommée « jugaad », mot hindi qui traduit la « capacité ingénieuse à trouver une solution simple et efficace dans des conditions adverses avec très peu de moyens ».

L'objectif est d'utiliser davantage de ressources intangibles, comme l'ingéniosité, la résilience créative, l'empathie, le capital social des entreprises, les technologies existantes voire la fierté territoriale pour valoriser les actions locales, pour pallier le manque de ressources tangibles. Minimiser les ressources, l'énergie et le temps et créer de la valeur économique, sociale et écologique sont les caractéristiques principales de l'économie frugale.

Navi Radjou s'est appuyé sur de nombreux exemples d'entrepreneuriat pour illustrer la mise en pratique de l'innovation frugale et ses bienfaits, pour l'Homme et son environnement.

Il a également partagé des pistes d'actions en ce sens comme le développement du réseau internet 2G existant, qui couvre 90 % de la planète, plutôt que de poursuivre la course à la 5G, dont ne pourra disposer qu'une partie de la population mondiale.

…indissociable d'un réel savoir-faire

Navi Radjou poursuit son discours en rappelant à l'auditoire une réalité grave et pressante dans nos sociétés modernes : l'exclusion sociale et le changement climatique sont des sujets inquiétants dont les décideurs politiques doivent s'emparer.

En effet, 22 % de la population européenne est en situation de pauvreté et, en matière écologique, « il nous reste 10 ans pour changer de modèle économique », expose l'auteur.

Il est, plus que jamais, urgent d'apprendre aux entreprises à faire plus avec moins. Pour les sensibiliser et les former sur le sujet, le théoricien a élaboré un guide de l'innovation frugale, composé de six principes : flexibiliser les ressources existantes (utiliser la lumière ambiante plutôt que l'électricité par exemple), s'engager et itérer, co-créer des solutions durables et régénératrices (comme passer de l'économie linéaire à l'économie circulaire), façonner le comportement du client pour que celui-ci devienne un « consom'acteur actif » et hyper-collaborer avec des partenaires atypiques, provenant d'autres secteurs pour « apporter des réponses complètes aux problèmes de demain ».

L'économie circulaire, la solution de demain

Navi Radjou défend particulièrement la notion d'économie circulaire qui permet de créer de la valeur, des biens et des services de manière durable, en limitant la consommation et le gaspillage de ressources vierges.

Cette économie réelle est un levier de croissance. Face à l'urgence climatique à laquelle nous faisons face, ce modèle prône l'économie zéro déchet et la réduction de l'empreinte carbone des particuliers et des entreprises. Cependant, ces mesures deviendront insuffisantes d'ici à 2022. D'où la nécessité, selon l'universitaire, d'élargir l'impact positif de chacun sur l'environnement. Tel est le but du leader de demain : re-fabriquer de la valeur en s'appuyant sur les principes de l'économie circulaire, agir en faveur de ce que Navi Radjou appelle la « régénération ».

Derrière l'économie circulaire, préexiste un réel état d'esprit frugal. Il s'agit pour les dirigeants de rechercher la façon la plus vertueuse de mener leur activité, la plus durable et écologique possible. Cela implique nécessairement un changement d'attitude, tant du dirigeant que des salariés, ainsi qu'une adaptation du client qui, une fois actés, permettent l'ajout de valeurs au sein de l'entreprise : valeur sociale, écologique, culturelle, civique voire éthique.

De nombreux entrepreneurs français et étrangers se sont ainsi lancés dans l'innovation frugale et ont apporté une réelle valeur ajoutée, tant économique qu'humaine, à leur activité.

« La ressource la plus noble qu'il ne faut pas gaspiller est le talent et le potentiel », estime l'auteur.

« Façonner l'avenir »

Enfin, selon le conférencier, il est important de ne pas confondre invention et innovation qui consiste à « créer de la valeur commerciale à partir d'une idée » et qui actionne une chaîne de valeurs de l'idée à la commercialisation. Tout au long de ce processus, les entrepreneurs construisent des réseaux d'innovation, au sein desquels ils peuvent jouer quatre grands rôles : l'inventeur, le transformateur capable d'adapter l'idée au marché, le financier et le connecteur qui fait le lien entre les autres acteurs.

Pour l'enfant de Pondichéry, les leaders doivent à l'avenir jouer plusieurs rôles, pour accroître leur impact dans ces réseaux. Certaines entreprises ont d'ailleurs très vite compris qu'elles ne pouvaient plus se cantonner à un seul.

Les organisations se sont également confrontées à ce constat. Pour exemple, les Nations-Unies jouent désormais le rôle de connecteur entre partenaires, au-delà de celui d'inventeur, pour mener au mieux leur mission d'aide aux pays membres et atteindre, par leurs actions, un plus grand nombre de pays. L'organisation identifie les solutions existantes dans les communautés locales et aide ces dernières à les amplifier, à les accélérer en créant des passerelles entre partenaires dans la communauté mondiale.

« Il faut être agile, apprendre à être polyvalent, à pouvoir jouer différents rôles selon les contextes », expose le conférencier qui place la France en première position mondiale dans ce domaine.

Pour clôturer son intervention, l'innovateur, ancien résidant de la Silicon Valley, a tenu à véhiculer auprès des membres du réseau Walter France sa philosophie unissant business et sagesse.

« Donner du sens à l'intelligence c'est donner du sens à l'innovation ». En tant qu'homo sapiens sapiens, « l'homme est doublement sage, il est conscient du fait qu'il est sage ». Dès lors, si la technologie est neutre, qu'elle peut être utilisée à bon ou mauvais escient et créer une valeur plus ou moins positive pour la société, selon lui, « l'important c'est la sagesse qu'incarne l'innovateur ».

Le dirigeant doit donc choisir quel chemin emprunter en matière d'innovation : « l'innovation intelligente ou l'innovation sage », rendre la vie matérielle plus confortable, utiliser la technologie pour satisfaire un plaisir personnel ou apporter des solutions aux problèmes des individus, dans leur vie privée et professionnelle.

« L'important ce n'est pas la technologie mais le sens qu'on lui donne », ajoute Navi Radjou.

Il faut donner du sens à l'innovation technologique pour qu'elle contribue à « élever notre niveau de sagesse » et avoir un impact positif au niveau social. « Il faut se donner une noble cause dans notre utilisation des technologies », conclut-il.




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