Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Le robot comptable : menace ou opportunité pour la profession ?

le - - Entreprise - Chiffre

Le robot comptable : menace ou opportunité pour la profession ?
@ AP - Côme Fouques, Virginie Roitman, Vanessa Bousardo, Bernard Sansot et Eric Hainaut interviennent sur le sujet du robot comptable.

Pour leur édition 2019, les Universités d'été de la profession comptable se sont beaucoup intéressées à la place du numérique dans l'avenir du métier. à cette occasion, une table ronde était organisée pour parler du robot comptable et de ce qu'il représente pour les professionnels du secteur.

Depuis quelques années, le robot comptable tend à révolutionner la profession. Qu'il s'agisse d'une gestion entièrement automatisée de la comptabilité ou d'une plateforme pilotée par un ou plusieurs experts-comptables, elle voit d'un œil méfiant cette nouvelle technologie qui pourrait bien finir par la remplacer.

Le robot comptable est-il une réelle menace pour la profession comptable ou peut-il au contraire représenter une opportunité d'évolution?

Virginie Roitman, présidente de la commission de répression de l'exercice illégal de l'Ordre des experts-comptables Paris-Ile-de-France, s'est penchée sur la question.

Comment fonctionne un robot comptable ?

Afin d'entrer tout de suite dans le vif du sujet, le premier invité de Virginie Roitman était Côme Fouques, président et fondateur de Georges le robot comptable.

« On a régulièrement des échanges sur les réseaux sociaux et sur internet avec des experts-comptables qui ne comprennent pas toujours la réalité de notre application. Mais le débat ne se fait pas vraiment sur des fondements concrets », déplore le jeune entrepreneur. Pour y remédier, et mieux faire comprendre ce qu'est un
« robot comptable », le président de Georges.tech s'est donc chargé d'expliquer sa démarche et de présenter son produit.

« Le principe de Georges le robot comptable, c'est faire de la comptabilité DLC en analysant automatiquement le relevé bancaire. C'est la matière première dont on a besoin. »

La plateforme est déjà synchronisée avec la base de données Sirene pour pouvoir préremplir tous les champs dont elle aura besoin pour l'exercice fiscal.

Ensuite l'utilisateur va synchroniser sa banque pour donner à Georges l'accès à son relevé bancaire. Il le fait une fois à l'initialisation et à partir de là « on reçoit tous les jours les nouvelles transactions bancaires de l'utilisateur », explique Côme Fouques.

Pendant que cette tâche s'effectue, l'utilisateur renseigne les informations complémentaires dont la plateforme a besoin (nom de son association de gestion agréée, s'il est soumis ou non à la TVA, l'exercice fiscal sur lequel il veut débuter et enfin il choisit le compte bancaire qui est son compte professionnel.)

Ensuite l'intelligence artificielle (IA) analyse le relevé de compte en banque. « Ça se présente vraiment comme un relevé bancaire avec la date, le libellé et le montant, simplement l'IA a analysé automatiquement les flux et a directement appliqué les comptes comptables qui lui paraissaient les plus probables, on a donc 90 % de catégorisation automatique », indique le fondateur de la plateforme. « Ça marche particulièrement bien car on a que des clients de professions libérales et donc les transactions sont très similaires d'un client à l'autre.» Dès que l'utilisateur à un doute sur une catégorie, il peut utiliser le bouton à catégoriser et il est invité à choisir parmi toutes les catégories possibles.

L'historique fourni par la banque dépassant rarement six mois, et les clients s'inscrivant souvent plus de six mois après le début de leur exercice, la plateforme a développé des outils automatiques pour analyser les relevés PDF transmis directement par l'utilisateur. « On a toutes les transactions bancaires de l'utilisateur depuis le premier janvier de l'exercice fiscal jusqu'à la date du jour et c'est mis à jour quotidiennement. »

En fin d'année, Georges reproduit les différentes étapes qu'un expert-comptable suivrait pour finaliser l'exercice fiscal. « On guide l'utilisateur, il y a 18 étapes pour saisir ses immobilisations et ses cessions d'immobilisation mais tous les calculs un peu compliqués qu'un indépendant qui n'est pas comptable ne peut pas faire sont automatisés. Ça va calculer automatiquement les amortissements et en cas de cession les plus-values de cession avec les exonérations fiscales, pareil avec les repas, les véhicules etc.», décrit Côme Fouques. « Nos utilisateurs suivent ce guide et une fois qu'ils ont terminé toutes les étapes ils obtiennent une déclaration 2035 en bonne et due forme avec toutes les annexes. Tout ça est télétransmis directement depuis Georges vers les associations de gestion et l'administration fiscale. »

Georges est également disponible sur mobile avec les mêmes fonctionnalités et en plus la possibilité de joindre un justificatif avec l'appareil photo.

Mais pour autant, Côme Fouques affirme ne pas être en concurrence avec la profession comptable.
« Dans les professions libérales il y a à peu près un tiers des indépendants qui n'ont pas d'expert-comptable, c'est notre cible », informe-t-il. « En plus, on ne fait pas du tout de conseil comptable, la seule chose que l'on a c'est une assistance technique. Chez nous personne n'a de formation comptable. »

Où en est la jurisprudence actuelle ?

Du point de vue de la justice, la question du robot comptable reste compliquée à résoudre.

« Le robot comptable pose un problème de nouveauté, de la façon dont le droit doit saisir un problème qui n'existait pas », expose Bernard Sansot, avocat. « Il y a une chose qui est certaine c'est que la nouveauté, surtout quand elle est technologique, est définitive. »

La loi qui date de 1945 n'a jamais été modifiée. Elle indique que la tenue de comptabilité est intégrée dans le monopole des experts-comptables et que toute violation de la tenue peut constituer une infraction pénale, lorsque c'est fait de façon autonome.

En France, le juge pénal considère que pour la saisie, l'aide d'un robot comptable ne constitue pas uniquement une opération d'ordre informatique mais une démarche intellectuelle, et que l'aide qu'apporte un logiciel n'enlève pas à cette opération sa nature de tenue de comptabilité. La même argumentation est reprise par le tribunal de Paris, par la cour d'appel de Paris et par la Cour de Cassation. « Quand, grâce à l'IA, il n'y aura plus la nécessité de la moindre démarche intellectuelle, on pourra se demander si cette jurisprudence sera toujours d'actualité. En effet elle fera défaut », explique l'avocat.

L'exemple des avocats

Une autre profession a d'ailleurs rencontré le même problème. « Chez les avocats, cette question se pose depuis plusieurs années au même titre qu'elle se pose chez vous », explique Vanessa Bousardo, avocate. « On est en réalité confrontés à des problématiques assez similaires et des questionnements ont émergé d'un point de vue juridique. »

Via l'ordre des avocats et le CNB (Conseil national des barreaux), ils ont lancé un certain nombre de poursuites d'abord pénales puis civiles afin d'avoir la position de la jurisprudence sur ces questions. « On peut considérer que nous n'avons pas vraiment obtenu gain de cause même si en réalité nous sommes encore en attente d'une décision de la Cour de Cassation qui viendra trancher de manière définitive. »

Les actions concernaient en fait les sites demanderjustice.com et saisirprud'hommes.com, qui étaient quasiment des
« robots juridiques » permettant à l'internaute justiciable d'adresser une mise en demeure automatique à son adversaire.

Ces plateformes ne s'arrêtent pas là puisqu'elles permettent de saisir des juridictions qui ne nécessitent pas l'intervention d'un avocat de manière obligatoire (tribunal d'instance, juge de proximité, conseil des prud'hommes), ce qui a une incidence non négligeable sur la profession. Le système détermine la juridiction compétente, la ville compétente, l'acte qui est nécessaire et permet même la signature électronique.

Suite à la poursuite, fondée sur l'exercice illégal de la profession d'avocat et du droit, les juridictions pénales ont relaxé ces sites considérant qu'il y avait une absence d'assistance juridique de la part du site.
« Les magistrats considèrent que ce système permet d'agréger des informations qui sont disponibles sur le net », résume l'avocate.

Le juge civil a eu une analyse relativement similaire en considérant qu'il s'agissait de prestations purement matérielles, de mise à disposition d'une bibliothèque documentaire.

S'ajoute le problème de l'assistance téléphonique, qui existe pour les deux sites. La cour d'appel a indiqué qu'il n'était pas apporté la preuve du fait que ces assistances téléphoniques fourniraient des conseils juridiques, un parallèle que les experts-comptables peuvent faire aisément.

Saisir l'opportunité

Pour Eric Hainaut, expert-comptable, le robot se révèle un outil efficace. Il en a lui-même pris un. « Plutôt que de trouver que c'était une menace et pour mieux pouvoir travailler, j'ai créé un site qui s'appelle “C'est moi le chef” en marque blanche d'une plateforme. »

Les fonctionnalités sont les mêmes que celles de Georges le robot comptable et autres sites du même type. Celui d'Eric Hainaut propose des formules « classique » « gastronomique » et « café et addition », selon les besoins. La différence avec le « robot comptable » classique, c'est bien sûr la possibilité de bénéficier des conseils d'un expert-comptable en chair et en os.

« Ce qui est important, et ce qui va manquer dans les robots comptables, c'est l'empathie avec les clients. Chez nous, ils savent qu'ils vont avoir quelqu'un à qui téléphoner pour avoir du conseil comptable, puisque nous, on a le droit d'en donner. Ils peuvent nous téléphoner à tout moment pour savoir comment faire un avoir, comment amortir leur voiture ou obtenir du conseil pour baisser leurs impôts… »

Son site offre également la possibilité d'obtenir des rendez-vous physiques. En fonction de l'offre choisie, les clients paient plus ou moins cher pour bénéficier de ce service.

Pour Eric Hainaut, travailler avec un robot est aussi une solution pour rester compétitif. « Plutôt que de les laisser prendre nos clients à l'extérieur et qu'ils ne puissent leur apporter aucun conseil, il faut qu'on aille sur le marché de ces robots, qu'on les prenne entre nos mains et pour empêcher que les gens pensent qu'ils peuvent se substituer à nous », déclare l'expert-comptable. « Je considère que le robot comptable n'est ni une menace ni une opportunité mais plutôt une complémentarité. »

Tiime Pulse, la technologie au service de l'expert-comptable

La start-up française Tiime a lancé Tiime Pulse, la première technologie comptable qui utilise l'intelligence artificielle. Véritable journal de banque automatisé, elle veut révolutionner la profession comptable.

Tiime Pulse est un journal de banque automatisé qui permet de centraliser les informations de trésorerie. Cette solution a été imaginée afin de faciliter le travail des experts-comptables qui prennent beaucoup de temps à collecter les pièces et à identifier les opérations de leurs clients. Pour venir compléter cette solution, deux applications sont également proposées aux entrepreneurs :

- Time Receipt, qui permet de centraliser tous les justificatifs de dépenses.

- Time Invoice, qui promet une facturation aisée, des suivis des règlements en temps réel et l'envoi des devis partout via son smartphone ou son ordinateur.

Les données de ces deux applications se retrouvent automatiquement dans l'interface Tiime Pulse de l'expert-comptable.






Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer