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Le Parlement des entrepreneurs d'avenir refait le monde

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Le Parlement des entrepreneurs d'avenir refait le monde
@ AP - Pierrick De Ronne (président de Biocoop), Sébastien Kopp (cofondateur de Veja), Arnaud Leroy (président de l'Ademe), Mar

“Humanisons le progrès”, tel était le mantra de ce grand rendez-vous. Pour sa dixième édition, le Parlement des entrepreneurs d'avenir a rassemblé plus de 2000 personnes à l'OCDE venues échanger et débattre d'enjeux économiques et sociaux majeurs. Des solutions ont été proposées afin de pouvoir sortir du système capitaliste en développant un dynamisme entrepreneurial davantage en accord avec l'Homme, l'environnement et la nature.

Cet événement fédérateur n'aura jamais réuni autant de participants. Plus de 2000 personnes se sont rendues au siège parisien de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour échanger et écouter 150 intervenants, sur deux journées de débats. Depuis 2009, le Parlement des entrepreneurs d'avenir rassemble les acteurs économiques, politiques, scientifiques, culturels et sociaux qui aspirent et œuvrent pour « un monde meilleur répondant à l'urgence des défis sociaux, écologiques, sociétaux, auxquels l'humanité est confrontée et menacée dans son équilibre ».

Urgence des enjeux

Les enjeux traités cette année n'ont jamais été aussi urgents. Au moment de la tenue du symposium économique mondial de Davos, de mouvements sociaux globaux, d'un énième événement climatique et d'une épidémie inquiétante de coronavirus, les intervenants ont proposé des voies alternatives de développement économique et d'autres façons d'envisager le progrès.

De fait, les progrès scientifiques et technologiques vertigineux doivent se conjuguer aux menaces qui pèsent sur l'avenir de la planète et du vivant, à la mondialisation tous azimuts, et à la financiarisation inédite de l'économie.

Une dynamique de changement de paradigme et un nouveau positionnement qui font leur petit bonhomme de chemin, en France comme à l'international.


La maire de Paris, Anne Hidalgo, ravie d'intervenir lors du débat d'ouverture sur le sens du progrès. © A.P.

Geoffroy Roux de Bézieux, président du syndicat patronal français majoritaire lançait ainsi lors des dernières Universités d'été du Medef, rebaptisées la REF, « Nous avons la conviction que les entrepreneurs réussiront à réinventer le modèle de l'économie de marché ». Intitulée “No(s) futur(s) Climat, inégalités, conflits… quel capitalisme demain ?”, la grand-messe du Medef agitait la foule fin août en faisant le pari de la transformation vers un néolibéralisme humanitaire. De son côté, le gotha des grands groupes multinationaux réuni en Suisse cette semaine pour le forum de Davos promet « un nouveau capitalisme ». Une fine stratégie de communication développée sans doute pour répondre à la pression des salariés, des ONG et des consommateurs.

Quoi qu'il en soit, ce mouvement vers l'avènement d'une nouvelle économie qui remet l'humain, l'environnement, le vivant et le vivre ensemble au cœur de son projet réjouie les organisateurs (dont Generali, l'Ademe et l'Ordre des experts-comptables) ainsi que les nombreux participants du Parlement des entrepreneurs d'avenir.

Ces derniers ont d'ailleurs assisté à un appel solennel à une finance de progrès social et environnemental, qui peut être résumé comme « la raison d'être », « la mission » de tout acteur de la finance responsable.

Interroger le sens du progrès

Rédigé pour l'occasion des 10 ans du Parlement des Entrepreneurs d'avenir, un manifeste visant à « refonder le progrès et peindre un nouvel horizon social prenant les contraintes de notre condition terrestre comme occasion d'un renouveau » a été distribué à tous les participants.

En outre, la maire de Paris Anne Hidalgo était ravie d'intervenir lors du débat d'ouverture aux côtés de trois figures internationales : Etienne Klein, physicien et philosophe ; Sir Robert Watson, président de l'IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) et Tim Jackson, économiste anglais et théoricien de « la prospérité sans croissance ».

En interrogeant le sens du progrès, ces intervenants ont mis le doigt sur l'importance de mener une réflexion sur nos actions et de prendre une autre direction que celle du seul profit.

« Il faut pouvoir se libérer de notre asservissement aux modèles actuels d'alimentation de voiture individuelle », a déclaré Anne Hidalgo en prônant le développement du bio, des circuits courts, et des transports en commun.

Les participants à cette 10e édition du Parlement des entrepereneurs d'avenir ont pu partager leurs souhaits dans cet arbre à vœux. © A.P.

L'économiste Tim Jackson a abordé la nécessité de faire des sacrifices pour avancer et protéger la planète. En revanche, ces sacrifices ne sont pas toujours dénués de valeur économique. Il a ainsi expliqué que les bénéfices des euros investis dans des projets écologiques sont très bons (parfois jusqu'à 10 euros pour un euro investi), notamment pour l'investissement dans les pistes cyclables par exemple.

Nous sommes aujourd'hui témoins d'une « aspiration à sortir de cette société de sur-consommation » selon Sir Robert Watson, président de l'IPBES, qui a donné un très beau plaidoyer de défense de la nature et de l'écosystème et de lutte contre la croissance économique à tout prix. Contre la défense de l'idée du sacrifice défendue par Tim Jackson, d'accord sur le principe mais pas sur la terminologie, il a rappelé que les cinq plus grands risques courus dans le monde sont tous environnementaux.

Etienne Klein a, quant à lui, cité Kant et sa vision du sacrifice qui a du sens aujourd'hui. « L'idée même de progrès met la société en crise car elle invite à comparer la société telle qu'elle est à ce qu'elle pourrait être », a souligné le philosophe. Selon lui, il faut penser à l'Histoire sans oublier la nature.

« Aujourd'hui, toute la difficulté est d'articuler le retour de la nature au maintien de la politique ».

Ce qui n'est pas une mince affaire dans une société où les fake news sont reines et où « les individus sont dans l'erreur et ne connaissent pas les réalités scientifiques du monde », notamment quant au changement climatique.

Finalement, les propositions d'amélioration évoquées sont d'investir dans de nouveaux projets prenant en compte la nature et le climat et de faire des sacrifices pour changer nos habitudes de mobilité et d'utilisation d'énergie. Tim Jackson a aussi défendu les minima sociaux, notamment le salaire universel, pour aider à faire évoluer le modèle économique.

Des dirigeants investis

Tout au long de ce rassemblement, un panel divers de patrons ayant fait des choix très concrets pour aller vers le développement durable ont pu s'exprimer et partager leurs succès et parfois leurs échecs.

« C'est aux entreprises de faire leur part car elles ont un rôle important dans la transition qui se joue aujourd'hui », a déclaré haut et fort Pierrick De Ronne, président de Biocoop, qui met en avant la coopération et le développement de l'agriculture biologique par le biais d'un commerce différent.

Pour lui, les dirigeants d'entreprise ne doivent pas se laisser faire par le modèle dominant dont « une des plaies est l'actionnariat capitalisme ».

« C'est à chacune et chacun de nous d'œuvrer pour le progrès », a ajouté Sébastien Kopp, cofondateur de Veja, marque française de baskets écologiques issues du commerce équitable, qui milite pour l'importance de la façon de faire et de consommer, la parité, les symboles et la création de valeur. « Cette voie unique du capitalisme assez monocorde partout dans le monde nous a gonflés. Après avoir été banquiers d'affaires à nos débuts, nous avons vu que nous ne voulions pas contribuer à ce système qui fait de l'argent sans aucun but », a-t-il témoigné.

Avec son point de vue particulier d'investisseur innovant, Christine Kolb, fondatrice de Sycomore AM, a mis en avant une nouvelle forme d'équité dans le partage de la valeur et de la performance. Son fonds n'investit que dans des entreprises durables ayant un comportement citoyen épanouissant. « Notre mission est d'humaniser l'investissement et de revenir à une finance plus humaine qui s'est parfois dévoyée », a-t-elle admis.

Invités par Vincent Avanzi à partager leurs idées de progrès pendant quelques minutes, les participants ont échangé de bon cœur avec créativité et dynamisme. © A.P.

« Le progrès est le partage de la valeur qui passe par de la communication coopérative pour construire la chaîne de valeurs ensemble », a expliqué le président de Biocoop, qui prouve qu'un autre modèle de distribution alimentaire est possible et rentable. Sur la même longueur d'onde, Olivier Clanchin, président de Triballat Noyal (qui produit notamment la marque Sojasun) souhaite « sortir de cette équation où les produits bons pour moi et la planète sont plus chers que ceux qui sont mauvais ». La mission de son entreprise familiale dont il représente la troisième génération est « de nourrir sainement de la terre à l'assiette ».

Jean-Laurent Granier, PDG de Generali France, a montré que l'entreprise peut aussi prendre des initiatives sociales et environnementales sans lien avec sa mission initiale. Generali subventionne ainsi « de manière désintéressée » et gère en partenariat avec le CNRS le célèbre ballon qui mesure l'évolution de la qualité de l'air à Paris. L'assureur estime que les entreprises doivent encourager ce type de comportements vertueux.

« L'argent dans l'entreprise c'est comme l'air que nous respirons, c'est vital mais ce n'est pas le but. Nous ne vivons pas pour respirer mais pour faire des milliers d'autres choses ! », a rappelé Olivier Clanchin avec humour.

Un rassemblement manifestement plein d'engouement et de vitalité où le souhait de sortir du capitalisme pour aller vers un dynamisme entrepreneurial en accord avec la nature a fait jour très clairement.

La parole aux jeunes

Les jeunes font partie intégrante du Parlement des Entrepreneurs d'avenir qui leur a réservé une matinée spéciale pour leur permettre de se réunir, d'échanger, de témoigner de leur mobilisation et de s'inspirer des participants plus aguerris.

La jeunesse attend beaucoup des dirigeants politiques a rappelé Nataly Fillon, vice-présidence d'Unis-Terre (la plus grande association de développement durable étudiante de France) et cheffe de projet de Student'COP (qui organise des simulations de COP pour sensibiliser les étudiants aux enjeux climatiques) dans son discours d'ouverture présentant sa vision du progrès en tant qu'étudiante.

« Je trouve que le progrès technologique ne produit pas forcément un progrès social », a-t-elle souligné en souhaitant davantage « remettre l'humain au cœur des projets ».

Selon elle, la jeunesse aspire à une « coconstruction de recommandations concrètes applicables dans la société et les entreprises » et « un progrès dans le vivant en général qui remet l'homme à sa place ».

Sensible à cette question environnementale, Anne Hidalgo a remercié les jeunes qui revendiquent un changement de modèle et « font bouger les politiques et leurs parents ».

« Le progrès ne peut être guidé que par nos fragilités et nos vulnérabilités d'humains et l'écosystème dans lequel nous vivons », a répondu la Maire de Paris à la représentante des jeunes.

« Je pense que le monde des énergies renouvelables va nous permettre de sortir d'un certain nombre de conflits de territoires pour l'appropriation des ressources naturelles. C'est donc un meilleur monde qui se profile, moins dans la prédation que dans des relations paisibles avec ses semblables », a conclu l'édile sur une note positive tout à fait en accord avec les échanges du Parlement des jeunes.




Anne MOREAUX
Journaliste

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