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Le leadership féminin promu par les experts-comptables

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Le leadership féminin promu par les experts-comptables
© A.P. - L'experte en leadership Elena Fourès devant une assistance d'experts-comptables médusée.

L'Association femmes experts-comptables a profité de l'occasion du 8 mars pour organiser une conférence-débat sur le leadership au féminin animée par sa présidente, Françoise Savès, avec la participation de la coach internationale Elena Fourès et de la grande dirigeante Marie-Christine Oghly.

« Mesdames et surtout messieurs, votre présence est très importante car ce n'est pas la journée de la femme mais celle des droits des femmes », s'est exclamé Françoise Savès en introduisant cette soirée dédiée aux femmes victimes. En effet, toute l'assistance portait un ruban blanc au poignet afin de soutenir la lutte contre les violences physiques et morales faites aux femmes.

Si le 8 mars est une fête politique en France, la conférencière slave Elena Fourès, coach internationale et chercheuse sur les standards de genre, a expliqué qu'en Russie, il s'agit davantage d'une fête populaire où l'on met toutes les femmes en avant.

L'Association femmes experts-comptables a saisi l'occasion pour mettre les projecteurs sur le leadership féminin et le problème du plafond de verre de la profession.

Françoise Savès, Marie-Christine Oghly, Sanaa Moussaid et Elena Fourès ont débattu avec la salle. © A.P.

Briser le plafond de verre comptable

« Il y a une dynamique de féminisation très forte dans notre profession car nous atteignons 45 % de femmes diplômées alors qu'il n'y a que 26 % de femmes pour le moment. J'ai même assisté cette année à des prestations de serment avec une majorité de femmes », a témoigné Charles-René Tandé, président du Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables. La profession d'expert-comptable gagne un point par an sur la proportion hommes/femmes, « ce qui est une progression considérable » selon son président.

Pourtant, « il y a malheureusement beaucoup de travail car le chiffre de 26 % pose problème, il représente l'écart de salaire entre les hommes et les femmes au sein de la profession, mais aussi le nombre de femmes experts-comptables alors qu'il y a plus de 40 % de stagiaires femmes », a souligné Laurent Benoudiz, président élu de l'Ordre des experts-comptables de la région Paris Ile-de-France.

26 % = l'écart de salaire entre les hommes et les femmes au sein de la profession comptable

« J'ai regardé au sein de mon cabinet, et trouvé effectivement un écart de salaire inexplicable entre des stagiaires hommes et femmes », a-t-il avoué dans son discours d'introduction. Alors que les stagiaires femmes sont « souvent plus discrètes mais plus efficaces », il apparaît que les hommes jeunes n'ont aucun scrupule à négocier leur rémunération et que les écarts se creusent au fil des carrières.

Le harcèlement a été également abordé. « Dans notre profession aussi on rencontre ce genre de difficultés », a témoigné Françoise Savès.

Sanaa Moussaid, membre de l'Ordre des experts-comptables de la région Paris Ile-de-France, présidente de la commission Femmes, a partagé lors de la table ronde des anecdotes assez pathétiques sur des situations sexistes vécues par des consœurs.

« Il va falloir résoudre ce problème », s'est exclamé Charles-René Tandé en clôture de la soirée.

Le leadership culturellement masculin

L'intervention très fine d'Elena Fourès sur la posture de leader - qui fut un succès général - a délivré quelques clés pour réduire cette disparité scandaleuse. Les décryptages des comportements sexistes dans les extraits des séries Borgen et The Good Wife ainsi que les vidéos des poignées de mains musclées de Donald Trump étaient éclairants.

Avec un œil avisé, on se rend compte qu'on a beaucoup de mal à se défaire de situations stéréotypées. C'est pourquoi la conférencière a donné quelques astuces pour développer son leadership, notamment « accorder son instrument, le piano » (regard, posture, voix, gestes, mimiques) et « focaliser le pianiste » (interpréter l'œuvre du compositeur, aptitudes sociales, savoir-être).

Toutefois, les disparités sexuées demeurent. La coach conseille ainsi aux femmes de ne pas dire qu'elles sont ambitieuses mais qu'elles ont de l'ambition. Les femmes ont le virus mental « je suis ce que je fais » et pas le réflexe de la plupart des hommes à penser « je suis mon potentiel, mon ambition ».

La posture de leader est totalement culturelle, « le biotope de la culture de leadership est encore largement masculin » et « l'ambition féminine est culturellement condamnée ». Pourtant, en Bulgarie par exemple, les femmes sont payées 5 % de plus car elles sont réputées plus efficaces alors qu'en France c'est environs 20 % en moins.

l'ambition féminine est culturellement condamnée

En définitive, le leadership passe avant tout par la verticalité, se tenir droit (doigts sur la couture comme un militaire), baisser les épaules et porter haut sa voix. Avec humour et humanité, Elena Fourès a partagé ses retours d'expérience en tant que coach auprès de grands dirigeants. Tout est dans la posture et la confiance en soi. Il faut paraître organisé et avoir des assistants. « Chez les avocats, le niveau d'honoraires augmente s'ils ne portent pas de sac », a-t-elle assuré.

Après avoir développé la théorie du triangle identitaire : arbitre entre la personne, l'expert et la fonction, la coach a expliqué qu'il faut déployer son leadership uniquement dans sa fonction et pas ailleurs.

Pendant des siècles le leadership a été fondé sur le standard animalier basé sur la force et la survie (mâles dominants, meneurs de troupeaux). Aujourd'hui, dans les pays occidentaux, le leadership a totalement changé. Il répond désormais aux caractéristiques des 3 A : ambitieux, authentique et attachant.

Finalement, l'experte a appelé l'assistance « à guérir ses virus mentaux, aller de l'avant et oser ».

Après avoir écouté attentivement cette coach internationale, l'assistance a pu participer aux débats lors d'une table ronde animée par Françoise Savès avec Sanaa Moussaid, présidente de la commission Femmes, et Marie-Christine Oghly, présidente mondiale élue de l'association des Femmes chefs d'entreprise, du club de l'économie, présidente d'honneur du Medef Ile-de-France, et surtout PDG d'Enginsoft France depuis plus de 10 ans.

« Ce n'est pas la peine de culpabiliser », a scandé Marie-Christine Oghly aux experts-comptables ambitieuses. Pour faire carrière, la recette est simple selon elle : « faire en sorte de se lever le matin pour aller travailler », « assumer ses choix, toujours essayer de progresser » et « trouver le bon équilibre » entre travail et famille.

Même si cette grande dirigeante n'est « pas convaincue que la charge mentale est plus importante chez les femmes chef d'entreprise que chez les hommes », elle leur conseille de faire appel à des coachs pour « changer nos comportements ».

Il faut ainsi réussir à renverser la vapeur et faire admettre à la société que les femmes font d'aussi bons leaders que les hommes.

Les femmes sous-représentées dans les conseils d'administration

Françoise Savès est revenue sur les mauvais résultats de l'étude réalisée par l'Association femmes experts-comptables en partenariat avec Telescop, sur l'évolution de la place des femmes dans les conseils d'administration après l'entrée en vigueur du seuil des 40 % fixé par la loi Copé-Zimmermann en 2011.

© Association femmes experts-comptables

Le bilan est sévère : près de 500 administratrices manqueraient pour atteindre le seuil légal.

Si on voit une progression de la représentation féminine, et de femmes plus jeunes ce qui rajeunit les conseils, cette progression est moins forte dans les comités dits stratégiques comme ceux de rémunération ou de nomination. On trouve les femmes majoritairement dans les comités d'éthique et de risque. Elles sont également très peu nombreuses à accéder à la présidence du conseil. « Il y a donc encore du travail », déplore Françoise Savès.

« Seules les grandes sociétés ont fait des efforts car elles sont extrêmement médiatisées et doivent donner l'exemple », explique-t-elle.

« Pour devenir administratrice, il faut se former alors que les hommes sont nés administrateurs », ironise Marie-Christine Oghly.

Cette dernière a d'ailleurs fait un tour de France avec Marie-Jo Zimmermann, la députée à l'origine de la loi, et a découvert que les chefs d'entreprise n'étaient pas au fait de la réglementation, ou pire, se disaient que les sanctions ne seraient pas appliquées. « Il n'y a que par la pédagogie que l'on progresse », conclut-elle.

Françoise Savès souligne ainsi le travail effectué par l'Association femmes experts-comptables sur le standard féminin du leadership et le soutien aux candidatures dans les conseils d'administration.

« Les experts-comptables ont un bon profil pour se présenter en tant qu'administratrice indépendante des sociétés. Leur compétence technique de haut niveau, l'éclectisme de leurs missions et leur ambition sont des très forts atouts », résume-t-elle pour encourager l'assistance.

Le seuil imposé par la loi Copé-Zimmermann n'est toujours pas atteint alors que les sanctions sont théoriquement applicables depuis janvier 2017.

C'est pour cela que l'Association femmes experts-comptables mène une campagne de communication et met en avant le rôle de vigie des commissaires aux comptes en la manière.

« Pour le moment, nous constatons qu'il y a réellement une attente et un engouement pour les résultats que nous communiquons parce qu'ils sortent de ce qui a été dit jusqu'à présent sur la parité dans les CA, qui ne traitait que du SBF 120. On me sollicite d'ailleurs pour sortir un palmarès nominatif. C'est envisageable car cela pourrait contribuer à faire progresser la démarche. Les entreprises sont sensibles à la médiatisation de leurs indicateurs non financiers. C'est un sujet compliqué sur lequel on ne peut avancer que pas à pas, les femmes le savent ! Ce qui est certain, c'est que nous sommes en train faire bouger les lignes, et nous avons l'intention de nous faire entendre », nous confiait déjà Françoise Savès à la sortie de l'étude.




Anne MOREAUX
Journaliste

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