AccueilDroitLe juriste d'entreprise "nouvelle génération" : De l'expertise au leadership

Le juriste d'entreprise "nouvelle génération" : De l'expertise au leadership

L'apport de la filière Business Law & Management.
Le juriste d'entreprise
Christophe Roquilly

Droit Publié le ,

Par Christophe Roquilly, Professeur à l'EDHEC, Directeur du Centre de recherche LegalEdhec et de la Filière Business Law & Management pour l'EDHEC

Le défi de la formation de la nouvelle génération de juristes d’affaires est double. D’une part, répondre à l’évolution des métiers (nécessité d’avoir une approche structurée des risques juridiques, développement de la compliance réglementaire et éthique, bouleversements technologiques etc.) ; d’autre part, tenir compte des caractéristiques de cette jeune génération, entretenant un rapport différent avec l’information, individualiste mais paradoxalement habituée au partage d’idées et d’expériences.

Le lancement à la rentrée prochaine de la Filière Business Law & Management, organisée conjointement par l’EDHEC et la Faculté Libre de Droit, en partenariat avec l’AFJE et l’Ordre des Avocats, a pour ambition de relever ce défi. D’une durée de trois ans et conduisant à un double diplôme droit et management, elle va former les étudiants aux hard skills et soft skills indispensables à l’exercice de leur futur métier.

La détention d’une expertise juridique au service de l’entreprise : les hard skills

Du point de vue de l’entreprise, le juriste doit détenir l’expertise nécessaire en vue d’apporter des solutions juridiques aux défis qu’elle rencontre. Cette expertise s’appuie sur une maîtrise des fondamentaux en droit. Capable de mener un raisonnement juridique, le juriste doit être apte à utiliser des techniques juridiques, qu’il s’agisse de constructions contractuelles, de structures sociétaires, de mécanismes basés sur des droit de propriété etc. Mais cette expertise n’a de sens que si elle s’inscrit dans une intelligence des situations économiques, du business de l’entreprise, de son organisation et de sa gouvernance, de ses besoins opérationnels et stratégiques. Confrontée à des bouleversements qui affectent les modèles traditionnels, l’entreprise doit pouvoir compter sur des juristes disposant aussi des fondamentaux dans ces domaines.

Il est donc non seulement indispensable, dans un premier temps, de donner aux étudiants des bases solides en droit des obligations et en droit des affaires, ainsi qu’en fiscalité, mais également de les former aux fondamentaux en économie et en gestion. Dans un second temps, il convient de travailler la « technique juridique », en la contextualisant : pourquoi tel type de contrat ou solution juridique ? Pour quels besoins et valeur ajoutée ? Les futurs juristes doivent être aptes à déployer leur expertise juridique dans des problématiques complexes, qui exigent une vraie capacité à comprendre les interactions entre des données économiques, managériales et stratégiques, et les normes juridiques.

La formation nécessite que les étudiants apprennent, mais encore plus qu’ils comprennent comment passer des concepts aux techniques. Elle doit aussi tenir compte de la culture de cette génération, active dans son mode d’apprentissage. Par conséquent, le dispositif pédagogique exclue les cours magistraux et se base sur une diversité d’approches où l’étudiant est en situation de comprendre pourquoi il apprend, met en application et donne du sens à son investissement personnel. Il favorise l’immersion professionnelle et la prise de décision juridique (une année entière en entreprise et/ou en cabinet, et de nombreuses études de cas).

Enfin, c’est une évidence, le juriste doit être totalement à l’aise pour travailler en langue anglaise. A partir de la deuxième année du cursus, 50% du dispositif pédagogique est en langue anglaise, et 90% en dernière année.

Business partner, manager et leader : les soft skills

L’apport effectif de solutions juridiques par le juriste nécessite qu’il soit doté de réelles capacités de communication et de négociation, qui s’expriment non seulement dans les actions de l’entreprise au sein de son marché, mais également dans les relations avec les autorités publiques ainsi que dans les échanges internes à l’entreprise. A l’écoute de ceux qu’il côtoie, le juriste doit convaincre les autres fonctions de l’entreprise de la pertinence de ses propositions, faire preuve de pédagogie, justifier ses besoins budgétaires, démontrer qu’il crée de la valeur. Plus son niveau de compréhension et de travail collaboratif avec les autres fonctions de l’entreprise sera important, plus il s’affirmera comme une force de proposition et fera œuvre de créativité. Apporter de la sécurité juridique à l’entreprise peut se conjuguer avec la capacité à innover. Être un « ange gardien » ne s’oppose pas à l’affirmation d’un rôle de « business partner ».

Le juriste au service de l’entreprise doit aussi être un « manager », d’hommes ou de projets. D’équipe : il sait partager une vision, motiver ceux avec qui il intervient, coordonner des talents. De projet : il sait fixer des objectifs, planifier, mettre en œuvre et réussir.

Il est parfois reproché à cette vision « constructiviste » du rôle du juriste d’avilir la noblesse du métier en le condamnant à se placer dans une logique « d’instrumentalisation du droit » : affirmation grossière et erronée ! Être au service de l’entreprise, c’est aussi avoir la possibilité d’inscrire son action dans une vision éthique. Il est donc essentiel que le juriste soit formé aux problématiques de la relativité des normes et des valeurs afin d’être un contributeur actif au développement durable de l’entreprise.

Enfin, le juriste doit être capable de s’affirmer comme un leader, « vertical » lorsqu’il doit animer son équipe et « horizontal » dans toutes les situations de collaboration avec les autres fonctions de l’entreprise.

La Filière Business Law & Management accompagnera les étudiants dans la construction de ces soft skills, à travers des séminaires dédiés à l’éthique et au leadership, des simulations et des business games faisant appel au travail en équipe sous pression, ainsi que des missions menées en entreprise et en cabinet, confrontant les étudiants à la pratique. La nouvelle génération de juriste d’entreprise ne pourra espérer rester dans la « zone de confort » de son expertise juridique, mais devra être préparée et formée à la gestion de la complexité.

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