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Le droit collaboratif, une « formidable aventure de voyage au pays des gens »

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Le droit collaboratif, une « formidable aventure  de voyage au pays des gens »
© A.P. - Dominique Roux, Catherine Bourgues-Habif et Marie-Aimée Peyron ont ouvert le dixième congrès de l'AFPDC.

À l'occasion de son dixième anniversaire, l'Association française des praticiens du droit collaboratif (AFPDC) organisait un Congrès consacré à la place de l'avocat dans la société actuelle au prisme du droit collaboratif et de l'évolution de son mode d'exercice, attentif au récit de ses clients.

Avec plus de 136 inscrits, ce Congrès a mis à l'honneur l'avocat collaboratif et le lien existant avec le client et son récit, cette narration au travers de laquelle il exprime ses besoins, au travers de laquelle il demande de l'aide. Car, en se confiant à son avocat, le client attend non seulement que le professionnel prenne en main son dossier mais aussi une partie de sa vie. Qu'il prenne soin de lui en quelque sorte. Car, à en croire les professionnels présents, médecins, scientifiques et professeurs de philosophie, de client à patient, il n'y a qu'un pas.

L'avocat d'aujourd'hui n'est plus l'avocat d'hier. Les mutations sociétales et juridiques ont profondément changé ses modes d'exercice, de même que les besoins des clients. Les compétences relationnelles de l'avocat ont donc dû évoluer et s'adapter. Écouter, comprendre, accompagner. Telles sont les qualités requises des 3 000 professionnels qui se sont formés et qui forment au droit collaboratif.

L'humanisation de la relation avocat/client

L'avocat collaboratif se distingue par sa vision de la résolution du conflit. Il n'aborde plus le conflit juridique comme une bataille, opposant nécessairement un gagnant et un perdant. Il n'impose plus sa décision, prise sous le seul angle du droit, ne se place pas uniquement en expert face à son client profane mais agit en véritable accompagnant, amenant son client à une véritable réflexion objective sur la situation d'espèce.

L'avocat d'aujourd'hui doit « accepter que le différend ne soit plus tranché mais qu'il passe par un rapprochement, accepter qu'il n'y ait plus de gagnant et de perdant, accepter et ne plus chercher à convaincre mais à comprendre, accepter la pluralité et faire preuve de créativité » s'est-il dit lors du Congrès.

En droit collaboratif, la technicité des dossiers ne domine pas l'humain. La solution se cherche dans la négociation, la médiation, pour résoudre les différends « dans la globalité de leurs aspects ». D'où la nécessité de discuter, de confronter les points de vue. La pratique collaborative permet ainsi de sortir du conflit grâce à une réelle prise en compte de l'autre partie.

« S'enrichir de l'autre », voilà une des valeurs promues comme l'énonce Dominique Roux, avocate et médiatrice, qui ajoutait que « l'interaction entre l'avocat et son client va générer une humanisation de la relation ».

Tout ce travail débute lors du récit du client par l'écoute active que lui offre son avocat. C'est effectivement grâce à celle-ci que le professionnel peut ensuite amener le client à évoluer dans sa réflexion, le faire sortir de ses certitudes et croyances.

Pour Matthieu Boissavy, avocat d'affaires, le discours du client doit être vérifié et apprécié au regard du dossier. Le professionnel doit également conseiller son client sur la maîtrise de son récit, quitte à le reformuler. « La maîtrise de l'avocat sur le récit est essentielle », concluait- t-il.

L'avocat thérapeute

« Toute personne prenant soin de l'autre est un thérapeute au sens grec du terme », rappelait Nadine Rey, avocate et art-thérapeute. En tant que « thérapeute », l'avocat collaboratif doit savoir prendre du recul sur le récit de son client, qu'il sait nécessairement subjectif voire imaginaire, tel un mythe. Citant Hegel, Nadine Rey affirme que « la vérité s'inscrit toujours en négatif des apparences ». Savoir lire entre les lignes, comprendre les blessures non exprimées cachées derrière les attentes des clients, telle est la pratique moderne du métier d'avocat.

Lors de ce Congrès, de nombreux rapprochements ont été faits entre médecine et droit, entre la position du médecin, intermédiaire entre son patient et la maladie, et celle de l'avocat entre son client et le conflit juridique pour lequel il consulte. Philosophes, médecins et neuroscientifiques sont intervenus tout au long de l'événement, aux côtés des praticiens du droit, pour éclairer les débats de leurs expertises.

« Je n'ai pas peur de dire que je soigne son existence sociale, son relationnel », s'exclame l'avocate Nathalie Ganier-Raymond à propos de son client.

La pratique collaborative à travers la négociation et la médiation

Florent Hennequin, avocat en droit du travail, est venu témoigner de sa pratique du droit et de la place « extrêmement forte » du récit de ses clients. Formé à la maxime
« c'est le fait qui fait le droit », il perçoit le droit comme un outil au service du travailleur, qui laisse au récit une place centrale. Comprendre l'histoire du client est la première étape de son exercice professionnel.

Matthieu Boissavy a, quant à lui, ressenti dans certains dossiers une forte injustice qui l'a orienté vers la médiation et mené vers une forme d'intelligence émotionnelle. La psychologie fait ainsi partie des nouveaux outils qu'il a appris à manier.


De gauche à droite : Nathalie Ganier-Raymond, Florent Hennequin, Nadine Rey, Céline Lefeve et Matthieu Boissavy.

Le client, « celui sans lequel nous n'existons pas »

Se questionner sur la place de l'avocat dans la résolution des différends amène à un constat unanime et clairement posé par Nathalie Ganier-Raymond : « le client est celui sans lequel nous n'existons pas, ne pensons ni ne disons rien ».

L'avocat existe uniquement du fait du besoin d'un client. Le récit, c'est ce que le client apporte à l'avocat, c'est une part de lui-même, de sa personne. Au-delà des éléments juridiquement pertinents, préexistent des problématiques humaines à prendre en considération. L'avocat collaboratif apprend à se nourrir de ce que lui apportent ses clients sur le plan humain, pour établir une solution juridique au plus près de ses besoins. Magnifiant cette idée, Nathalie Ganier-Raymond énonçait que « la plus belle aventure que ce métier nous permet de vivre c'est l'aventure du voyage au pays des gens ».

La formation en droit collaboratif met l'accent sur l'attention, la disponibilité, l'écoute active de l'avocat, une étape cruciale pour « embarquer dans son histoire ». Le métier d'avocat se vit d'autant plus pleinement qu'il s'exerce avec un esprit ouvert, curieux et empathique, en se nourrissant de l'autre pour éveiller ses propres connaissances.

« Le récit est émancipateur pour nous », ajoutait-t-elle, car il oblige à se montrer ignorant, à laisser de côté la robe de sachant, profiter de la narration pour avancer et savoir travailler en équipe pour en sortir plus grand. Enfin, il permet de se nourrir des forces et du courage de l'individu qui le narre pour co-construire et avancer ensemble.




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