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Le CESE tire la sonnette d'alarme sur la cohésion sociale

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Le CESE tire la sonnette d'alarme  sur la cohésion sociale
@ AP - Cette année, le Rapport annuel sur l'état de la France du CESE s'inscrit dans un contexte particulier : le mouvement des

La France est-elle condamnée à une crise sociale et une croissance molle ? Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté à une large majorité, mercredi 11 septembre dernier, son Rapport annuel sur l'état de la France 2019. Intitulé “Cohésion et transitions : agir autrement”, ce rapport établi des préconisations pour réduire la fracture sociale et mieux préparer les bouleversements à venir (écologique, numérique et démographique). Le CESE espère qu'il sera entendu et attend des actions concrètes de la part du Gouvernement.

La rentrée est un moment opportun pour faire connaître le regard du CESE sur la situation du pays. D'autant plus que ce Rapport annuel sur l'état de la France – « le RAEF 2019 » - traite d'enjeux cruciaux. La poursuite du mouvement des Gilets jaunes montre qu'il y a une véritable crise sociale, tandis que les canicules et autres incendies ravageurs nous rappellent à nos devoirs en matière de transition environnementale.

Message fort adressé au Gouvernement

Le Gouvernement prendra-t-il en considération ce rapport ? Hélène Fauvel, présidente de la section de l'économie et des finances du CESE, remercie les deux co-rapporteurs Christel Teyssedre et Hervé Le Bouler Le Quillec, qu'elle a désigné cet hiver pour réaliser « ce travail important qui permet d'avoir une analyse rigoureuse d'un ensemble d'indicateurs sur lesquels les conseillers peuvent se baser pour leurs préconisations ».

Cette année, le CESE attend des actions concrètes du Gouvernement pour réduire la crise sociale et espère que celui-ci prendra en compte les préconisations de son RAEF, car les derniers avaient prédit la rupture de la cohésion sociale et n'avaient cessé d'alerter les Pouvoirs publics sur ce point, en vain. « Certaines problématiques reviennent d'années en années dont certaines étaient prévisibles », regrette Hélène Fauvel qui rappelle que les diagnostics successifs dressés par le CESE, ainsi que ces multiples recommandations, étaient restés lettre morte.

« Ce rapport sert à faire émerger le visage social de la France et lancer quelques alertes prémonitoires en regrettant qu'elles n'aient pas suffisamment été identifiées par les Pouvoirs publics », déplore Pierre Lafont, représentant des professions libérales, qui salue le travail réalisé.

Le CESE travaille chaque année sur 10 indicateurs économiques. Si cette année le rapport souligne des améliorations au niveau de deux indicateurs - le taux d'emploi et les sorties précoces du système scolaire, il n'en demeure pas moins alarmiste sur les autres, comme la hausse de l'endettement public, la baisse des dépenses de recherche et de développement, les retards accumulés dans la transition écologique, et surtout la médiocrité des indicateurs de qualité de vie.

Constat alarmant : panne de l'ascenseur social

« La cohésion sociale est mal en point », annonce Christel Teyssedre. Les mouvements sociaux de ces derniers mois ont révélé « les multiples fractures affectant la société française » et ont souligné « le malaise grandissant des classes modestes », particulièrement exposées à la hausse des dépenses contraintes, dont l'immobilier et les transports, et qui se sentent menacées de déclassement.

Plus inquiétant encore, l'égalité des chances semble remise en cause selon l'étude des indicateurs économiques et sociaux du rapport.

« Cette année s'ajoute un éclairage apporté par le Crédoc sur le décalage entre un niveau de satisfaction personnelle élevé et une faible cohésion sociale, ainsi que sur les raisons du malaise grandissant des classes dites modestes », précise Hervé le Bouler Le Quillec avant de lancer une vidéo explicative. De plus, dans un clip Brice Teinturier, le directeur de l'Ipsos, revient sur le sentiment élevé de bonheur des Français mais leur fort pessimisme sur l'avenir du pays et la conjoncture économique.

« On ne peut se satisfaire de cette situation avec une précarité grandissante et un déterminisme social plus important qu'ailleurs », dénonce la rapporteuse.

Deux axes,à travailler : fiscalité et investissement

« Nos propositions tournent autour de deux axes forts : la refonte de la fiscalité pour plus de justice sociale d'une part et une politique volontaristes d'investissements publics et privés d'autre part, notamment dans la R&D et l'augmentation des compétences des citoyens », résume Christel Teyssedre.

Le premier axe fort est l'outil fiscal. Les mesures récentes en faveur du pouvoir d'achat ont constitué un premier niveau de réponse mais trop partiel selon le CESE. « Il faut faire du pouvoir d'achat un vrai outil pour réduire les inégalités », estime Christel Teyssedre. Le rapport préconise aussi de revoir l'échéancier fiscal dans le sens d'une plus grande justice sociale, « prenant en compte les capacités contributives de chacune et chacun et veillant à une meilleure répartition des efforts, ainsi qu'une action plus volontariste contre la fraude et l'évitement fiscal ».

Côté investissement, le second axe développé dans le rapport, Hervé Le Bouler Le Quillec préconise de faire évoluer la mesure du PIB et du taux de croissance qui « ne signifient plus grand-chose si on ne fait pas le lien avec l'environnement, l'humain, la transition écologique et la vitalité des territoires ». En outre, le rapport insiste sur la nécessité de mener une politique ambitieuse de dépenses immatérielles « de nature à générer des emplois de qualité, à accroître la performance des entreprises et à contribuer à la revitalisation des territoires ».

Par ailleurs, « la France a des efforts importants à accomplir pour mieux préparer l'avenir », indique le rapporteur en commentant les évolutions très faibles de l'indicateur de l'effort de recherche, en dessous de la moyenne de l'OCDE. Cet état de fait a aussi été vivement dénoncé par le représentant des organisations étudiantes et mouvements de jeunesse.

La plupart de ces recommandations ont déjà été formulées par le CESE. « Nous l'avons déjà dit mais la pédagogie est affaire de répétition », indique Hervé le Bouler Le Quillec.

Un rapport qui fait presque consensus

Le RAEF 2019 a été voté mercredi 11 septembre en séance plénière par la grande majorité de l'amphithéâtre presque plein du Palais d'Iéna qui accueille les conseillers du CESE. L'avis a été adopté avec 164 voix pour, 0 voix contre et 12 abstentions.

« Le cœur du rapport est que vous proposez une voix pour articuler économie et écologie », a lancé Frédéric Boccara, membre du groupe des personnalités qualifiées, aux co-rapporteurs. Pour ce partisan du RAEF 2019, les préconisations majeures sont la refonte du calcul du PIB « décisif pour agir », et « la nécessité de dépenses nouvelles immatérielles ».

Par ailleurs, « aucune société ne peut devenir plus sociale et plus juste sans engagement de ces corps intermédiaires », a rappelé le représentant des associations, Jean-Karl Deschamps qui s'est aussi prononcé pour le vote du rapport. Le représentant des entreprises Didier Garnidal s'est aussi associé à ce mouvement.

En revanche, certains représentants se sont prononcés pour l'abstention de vote, comme Guillaume Duval, représentant du groupe des personnalités qualifiées, pour qui le rapport ne met pas assez l'accent sur les inégalités et ne propose pas de solutions efficaces pour améliorer la cohésion sociale. Pour le représentant de la CGT David Meyer, qui l'a tout de même voté, « le rapport reste prisonnier de certaines postures », notamment concernant la dette publique.




Anne MOREAUX
Journaliste

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