Le cas Hank Skinner

Ce condamné à mort au Texas, dans des conditions douteuses, vient d'obtenir la possibilité de faire réaliser des analyses ADN. Une occasion de s'interroger sur la justice américaine.

ActualitéRégion Île-de-France & Grand Paris Publié le ,

Aujourd’hui âgé de 50 ans, Hank Skinner a été condamné à mort en mars 1995 pour un triple meurtre commis le 31 décembre 1993, celui de sa petite amie Twila et de ses deux fils. Les analyses sanguines réalisées sur lui ont révélé un taux élevé de codéine ainsi qu’un taux d’alcoolémie valant deux fois la limite légale au Texas. Tombé dans un état de stupeur comateuse dans la soirée du drame, il était encore incapable de se tenir debout lors de son arrestation, quelques heures après. Or il a été prouvé qu’une grande force physique avait été nécessaire pour tuer Twila. Hank a néanmoins été inculpé de ce triple meurtre. De nombreuses irrégularités ont marqué son procès : des témoins à décharge non entendus et une voisine menacée par la police alors qu’elle voulait témoigner pour Hank, d’autres témoins présentant des signes de conflits d’intérêt, des pièces à conviction volatilisées, l’absence de tests ADN, etc. Son épouse française, Sandrine Ageorges-Skinner, a mené de nombreuses démarches pour obtenir la révision de ce procès. Après de multiples péripéties, l’exécution a été fixée au 24 mars 2010, mais la Cour suprême des Etats-Unis a suspendu l’exécution 45 minutes avant l’heure prévue.

Pendant longtemps, la justice texane n’a pas accepté d’examiner l’ensemble des traces ADN, alors que certaines ne correspondent pas à celui de Hank, refusant également de transmettre les éléments matériels saisis sur la scène de crime afin que des tests privés puissent être effectués. Finalement, l’État du Texas a accepté que soient effectués les tests requis par la défense, mais en refusant d’en assumer le coût, soit 17 000 dollars. Une souscription sur Internet ayant permis de rassembler cette somme, les tests vont être réalisés prochainement.

Cette affaire amène à s’interroger sur le système judiciaire outre-Atlantique. Rappelons que les juges américains sont élus, et doivent donc donner à leurs concitoyens des gages de leur fermeté face à la délinquance. Quant à la police, ce ne serait pas la première fois qu’elle aurait « oublié » des éléments à décharge après avoir trouvé un présumé coupable. Les justiciables peuvent s’en sortir avec de bons avocats et en ameutant l’opinion publique, mais tous n’en ont pas les moyens.

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