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élections au Conseil de l'Ordre du Barreau de Paris Le binôme surprise qui bouscule les pronostics

Louise Tiry-Hesse et Romain Dupeyré sont les candidats à s'être le plus récemment déclarés pour les élections au Conseil de l'Ordre du Barreau de Paris qui auront lieu les 30 novembre et 1er décembre prochains.
Le binôme surprise qui bouscule les pronostics
© Benjamin Caron

DroitActualité du droit Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Leur candidature inattendue a surpris. Ils répondent aujourd'hui à nos questions sur leurs motivations et les premiers jours de campagne.

Affiches Parisiennes : Vous avez signé le registre des candidatures à la toute dernière heure. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Romain Dupeyré :Je ne sais pas si le terme "attendu" est le bon car notre engagement sur les questions de droit et de justice remonte à plusieurs années et, une fois la discussion engagée concernant une éventuelle candidature, la décision fut immédiatement prise. Nous nous sommes alors précipités pour aller signer le registre ! Cela résulte sans doute du fait que, après une longue période de confinement, nous avons été amenés à revoir nos confrères dans le cadre de nombreuses manifestations professionnelles depuis la rentrée et qu'il s'en dégageait une vibration très dynamique qui a fini de nous convaincre de nous mettre au service du barreau. Le fait qu'aucune autre binôme ne porte des parcours et des orientations similaires aux nôtres a confirmé notre souhait de sauter le pas.

Louise Tiry-Hesse : Avec Romain, nous savons depuis longtemps que nouspartageonsbeaucoup de valeurs etune même vision de la profession. Un décret impose 4 ans d’inscription au tableau au 1er janvier de l’élection. Il ne me semble donc pas avoir beaucoup attendu puisque nous nous présentons la première année où nous le pouvons ensemble (ayant prêté serment en 2016) !

Nous avons effectivement signé le registre in extremis. Je pense qu’il fallait que nous osions nous lancer dans cette aventure qu’est la campagne sans investiture ni aide d’un syndicat. Toutefois, comme le dit Romain, quand nous avons abordé le sujet, la décision a été prise en moins de 30 minutes tant nous sommes enthousiastes.

A.P. : Que pensez-vous pouvoir apporter à la campagne ?

R.D. : Au regard de l'abstention endémique dont souffrent les élections ordinales, il est important que nos confrères puissent avoir un choix clair entre des profils et des orientations différentes. En raison de nos parcours respectifs, nous pensons pouvoir apporter des idées, de la diversité et de la représentativité au Conseil et animer les débats au cours de la campagne.

L.T.-H. : Je suis très affectée par l’abstention massive aux élections ordinales (près de 70%). Je ne vois pas cette abstention comme une fatalité, mais comme un problème à résoudre. Notre candidature dénote par nos profils et notre indépendance. La vraie victoire serait de réussir à faire en sorte que tous les avocats se sentent concernés par les élections ordinales et j’aimerais donc profiter de la campagne pour rencontrer les confrères pour lesquels ce n’est pas le cas.

Nous avons beaucoup à apprendre de l’expérience de chacun. Ensemble nous sommes meilleurs et plus forts. Et c’est l’Ordre qui nous permet d’être ensemble.

A.P. : Et au Conseil de l'Ordre ?

L.T.-H. :  En France les collaborateurs représentent 22 % des Avocats. A Paris, ils sont 40% et il n’y en a aucun actuellement au Conseil de l’Ordre. Nous ne sommes cette année que deux candidats, avec Gabriel di Chiara, à ne pas être associés ou à notre compte. Il y a une raison à cela. Compte tenu du peu de membres du Conseil de l’Ordre (42) par rapport au nombre d’Avocats à Paris (plus de 32.000), le mandat de 3 ans est très chronophage. Et il est entièrement bénévole. Mais, je pense qu’il est essentiel que nous, collaborateurs,soyons représentés. Nous sommes tous avocats, peu importe les conditions d’exercice. Mais en tant que collaboratrice, j’ai nécessairement certaines sensibilités. Je suis très attachée au caractère libéral de la collaboration, avec tout ce que cela implique.

Par ailleurs, je travaille dans un cabinet qui a su s’adapter à la période particulière que nous avons vécue, en dématérialisant par exemple les dossiers. Cette mobilité de l’activité est quelque chose de quotidien pour moi compte tenu de mon activité contentieuse et des nombreux déplacements qu’elle implique. Je suis aussi particulièrement sensible à la question de l’écologie et serais ravie de pouvoir travailler sur cette question à l’Ordre. 

Enfin, je pense pouvoir mettre beaucoup d’énergie à œuvrer pour le programme de la Bâtonnière élue Julie Couturier et du Vice-Bâtonnier élu Vincent Nioré que nous avons toujours soutenu avec beaucoup de conviction.

R.D. : Mon parcours me permettrait, je pense, d'apporter des compétences utiles au Conseil. Je suis avocat associé au sein du cabinet DWF, un cabinet d'affaires anglais implanté à Paris depuis cinq ans. Le cabinet a un projet de développement très fort centré sur l'innovation, notamment par le biais de développement de nombreux services parajuridiques. Je suis, de mon côté, actionnaire de deux legaltech. Cela ouvre des perspectives intéressantes dont je pourrais partager l'expérience au sein du Conseil.

Ma pratique professionnelle se concentre, elle, autour du contentieux des affaires autour d'un "Triple A": l'arbitrage, l'assurance et l'Afrique. Je pense donc pouvoir mettre cette expérience au service du Conseil, sous l'impulsion de Julie Couturier et de Vincent Nioré, afin de contribuer, notamment, aux travaux et aux activités de médiation de la Commission de règlement des litiges professionnels de l'Ordre et du Bureau des assurances.

A.P. : Louise, vous êtes collaboratrice. Pensez-vous pouvoir concilier les obligations inhérentes au mandat avec les impératifs d'une collaboration ?

Je suis consciente de ne pas avoir choisi la facilité ! Je sais que les obligations inhérentes au mandat sont particulièrement prenantes, tout comme l’est ma collaboration.

Mais, l’engagement a toujours été quelque chose de très important pour moi. C’est d’ailleurs comme cela que nous nous sommes rencontrés avec Romain, en 2016, lorsque j’ai rejoint l’association ALEA (pour l’Eloquence et l’Assurance) qu’il avait créée. Parce que, précisément, je voulais m’impliquer. La présidence de l’AJIAP [Association des Juristes de l'Institut des Assurances de Paris, NDLR] me prenait à l’époque beaucoup de temps. De même que les associations de quartier, les distributions de repas etc. Cela ne m’a pas empêchée, en tant qu’Avocat, de passer mes samedis à l’EFB (défense pénale et droit des étrangers), ou au Bus de la Solidarité à Porte de Montreuil quand je pouvais.

J’aime notre métier d’avocat. J’ai profondément envie de pouvoir m’engager pour les confrères, de pouvoir défendre nos principes essentiels, mais aussi de donner une nouvelle énergie à l’Ordre. Et de l’énergie, j’en ai beaucoup !

A.P. : Romain, nous connaissons votre engagement au sein de JUREM. Pensez-vous que cela soit compatible avec une élection ordinale ?

R.D. : Je ne vois pas d'incompatibilités entre les deux, au contraire ! Cet engagement démontre ma volonté constante de m'impliquer sur les questions de droit et de justice. Il m'a également permis d'emmagasiner beaucoup de connaissances sur les modalités d'exercice de la profession, les affaires publiques et la défense des intérêts professionnels qui seraient utiles dans le cadre du mandat.

Les questions traitées par JUREM – de la loi PACTE à la bioéthique – sont en outre assez différentes de celles qui relèvent des activités du Conseil. Il est toutefois bien évident que notre ligne directrice au cours de notre mandat n'ira pas à rebours de nos convictions progressistes.

A.P. : Vous êtes indépendants et n'êtes pas affiliés à un syndicat. Pensez-vous malgré tout avoir des chances de succès ?

L.T.-H. :  L’indépendance est l’un de nos principes essentiels ! Elle ne me fait pas peur, loin de là ! Je pense que les travaux menés par les syndicats sont essentiels à la réflexion autour de notre profession et des modes d’exercice. Mais je pense aussi que beaucoup de nos confrères ne votent pas uniquement au regard de l’investiture des candidats. Par ailleurs, tous les syndicats ne présentent pas de candidats à cette élection.

R.D. : Notre indépendance nous semble être un atout plutôt qu'un handicap. Les syndicats d'avocats apportent beaucoup à l'Ordre par leur travail pérenne sur les questions professionnelles. Il est toutefois essentiel que le Conseil "respire" et qu'il compte aussi des élus non affiliés à des syndicats.

Notre candidature interpelle, ce qui nous semble être une bonne chose. Les premiers jours de campagne montrent un intérêt pour nos parcours et nos propositions et une belle dynamique. Nous avançons donc avec humilité mais optimisme !

 

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