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Le barreau fait briller les femmes engagées

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Le barreau fait briller les femmes engagées
Dominique Attias, vice-bâtonnière du barreau de Paris, ouvre la journée des droits des femmes au Barreau

A l'occasion de la Journée de la femme le 8 mars dernier, le barreau de Paris a organisé une série de conférences dédiées aux avocates et juristes engagées. Ces héroïnes des temps modernes ont montré avec un bel optimisme qu'il y a encore beaucoup à faire avant de rendre inutile et absurde cette célébration annuelle.

Dominique Attias, la « vice-bâtonnière » du barreau de Paris - et elle y tient - s'est chargée de l'ouverture de cette journée par avec un très beau discours féministe.

L'engagement est un sujet qui lui est cher. Cette journée n'aurait pas eu vraiment de sens s'il s'était agi du simple constat des progrès réalisés en termes de droits des femmes, et de déplorer les inégalités qui persistent. La vice-bâtonnière a souhaité mettre en lumière et donner la parole à des femmes engagées. Des femmes qui n'ont pas peur, qui se rebellent et changent les mots en actes. Des héroïnes tout compte fait.
Et il en faut des héroïnes, car « il y a du boulot », s'exclame Dominique Attias.

« Comment ne pas déplorer que la crise actuelle précarise davantage les femmes, les chiffres du chômage sont éloquents. Comment ne pas déplorer l'écart des salaires. Aujourd'hui, en France, pays censé être avancé, les femmes gagnent 19% de moins que les hommes toutes professions confondues. Au barreau, l'écart est encore plus important. Les avocates gagnent en moyenne des revenus - écoutez, écoutez - 60 % plus faibles que les avocats ! »

Elle poursuit en se demandant comment pouvons-nous accepter aujourd’hui que seules 35 % de femmes deviennent associées, ou qu’elles gagnent en moyenne 15 % de moins que leurs confrères lors de leurs premières années d’exercice. « Et tout cela, alors même que notre profession se féminise de plus en plus...», s'insurge-t-elle.

La vice-bâtonnière invite alors toutes les femmes à partir à la conquête de leurs droits, et de postes décisionnaires en politique, dans les entreprises, les médias, le droit... partout!
A suivre l'exemple de bon nombre de femmes engagées, d'Elisabeth Badinter à la petite Malala (décorée par le barreau il y a 3 ans), et bien sûr à ces héroïnes modernes invitées à témoigner entre les murs de la Maison du barreau.

« Si André Malraux estimait que le XXe siècle serait religieux ou ne serait pas, le XXIe siècle sera féminin ou ne sera pas... », en tout cas Dominique Attias est « profondément optimiste ».

« Elles s'engagent aujourd'hui »

La journaliste Elodie Vialle, qui animait cette première table ronde, a donné la parole à la première héroïne de la matinée.

Leïla Aïchi, avocate au barreau de Paris et sénatrice écologiste de la capitale depuis octobre 2011, proche de Danniel Cohn-Bendit, croit encore au triptyque « liberté, égalité, fraternité ». Pour elle, « il ne faut rien lâcher, car quand on est une femme et une écolo, ce n’est pas facile ». Certains lui ont bien fait remarquer. Elle raconte qu’un collègue politique lui a lancé un jour « Leïla, dommage que tu ne sois pas handicapée, comme ça tu remplirais 4 quotas en un ». Pas découragée pour autant, elle poursuit sa carrière en politique, comme au barreau, car cette dernière a pris pour engagement de toujours exercer sa profession d'avocate afin de rester indépendante. « Je tenais à exercer ma profession qui me maintient dans la réalité du monde ».

Spécialisée dans les problématiques environnementales, elle fut d’ailleurs une des premières avocates à avoir attaqué l'Etat pour des problèmes de pollution de l'air ayant des impacts sanitaires très graves. Elle a ensuite participé à la rédaction du livre vert de la défense des écologistes, en mettant à la même table les écolos et les militaires. Cette femme a aussi un autre combat : elle a fondé l’association Métafrica, engagée dans la promotion de nouveaux outils d’écodéveloppement, afin de privilégier un partenariat profitable à l’Europe et à l’Afrique.

La plus jeune des sénateurs écolos - comme elle se qualifie- est fière de siéger à la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat. Alors qu’on lui propose de plancher sur le droit d'asile « à cause de mes origines », l’ambitieuse choisit l'OTAN et les questions de défense. Son message est qu'il faut d'abord s'auto-convaincre que l'on est compétente pour ensuite pousser les portes des mondes masculins.

Leïla Aïchi, Maria Pernas, Elodie Vialle, Suzanna Sava-Montanari et Florence Morgen

La deuxième femme engagée est Florence Morgen (photo à droite), directrice responsabilité et innovation sociétales chez Harmonie Mutuelle. En 2006, elle est auteure, dans le cadre d’un collectif, d’une étude sociologique sur les créatifs, Les créatifs culturels en France, paru aux éditions Yves Michel. Au sein du groupe Harmonie, elle a en charge la politique RSE, la transformation du et par le numérique, la stratégie social media, ainsi que l’innovation sociétale en résonance avec l’émergence de nouveaux « business social models ». Rien que ça ! Et elle est passionnée par son métier. Elle est fière de dire qu'à son arrivée, sur 4 900 salariés, dont plus de 50 % de femmes, il n’y en avait qu'une femme au comité de direction, alors que désormais elles sont nombreuses.

Il y a même une directrice déléguée qui va prendre la tête de l'entreprise cet été, « un progrès énorme ». Elle travaille beaucoup sur la reconnaissance du statut d'aidant familiaux salarié et pour l'accès à la santé identique pour toutes les femmes. « Ma mission et mon engagement est de faire prendre conscience des impacts directs et indirects de nos actes, comportements et du développement des entreprises ». Elle milite pour la banalisation de la norme ISO 26 000 relative aux aspects sociétaux des entreprises qui définit avec un langage commun sept enjeux qui « deviennent stratégiques pour l'entreprise ». Elle essaye d'éveiller les consciences des professionnels de santé, des laboratoires et des patients.

Avocate au bureau de Paris de Latham & Watkins, Suzanna Sava-Montanari (photo à gauche) est spécialisée en marchés de capitaux, financements structurés et produits dérivés, mais  elle est surtout co-leader de l’initiative Women Enriching Business (WEB) du cabinet à Paris, initiée afin de créer un réseau professionnel féminin. « Les femmes représentent 83 % des collaborateurs des cabinets d'avocats pour seulement 17% des associés », s’exclame-t-elle. Son cabinet s'intéresse beaucoup aux droits des femmes et à l'apport que les femmes peuvent apporter au business du droit. Elle a ainsi sauté sur l’occasion de s’impliquer. Elle explique qu’il existe des résistances externes et internes à l'évolution des femmes dans la hiérarchie des cabinets, et que le WEB est là pour y remédier. Elle aide ainsi ses consœurs à travailler « le marketing de soi » en mettant en place des séances de coaching en interne pour savoir se mettre en avant, dont certaines sont ouvertes aux hommes. « On a une confiance un peu aveugle dans la bienveillance spontanée de nos boss et la méritocratie ». Le barreau n’est pas vraiment prêt à nous laisser agir, raconte-elle, il faut faire sa place et passer outre les barrières. Elle conseille d’ailleurs à ses consœurs qui font face à des remarques désobligeantes et sexistes de leurs confrères ou clients de leur demander de les répéter. Cette avocate ne se laisse jamais faire. Elle sait évoluer dans un monde où les règles ont été créées par des hommes.

La dernière héroïne de la matinée est Maria Pernas, senior vice president et directrice juridique adjointe du groupe Atos, qui dirige une équipe de 180 juristes et contract managers au niveau mondial. Elle est en outre la responsable du programme de diversité du groupe. Absolument favorable à toutes les activités qui favorisent l'égalité des chances et la RSE, elle milite pour faire comprendre à sa hiérarchie qu’il s’agit d’enjeux de business. Elle est profondément convaincue que la diversité est un vecteur clé de performance et de croissance organique pour les sociétés, notamment les sociétés de services. Elle porte une attention particulière aux stéréotypes disant que les femmes ne sont pas ingénieurs informatiques. Chez Atos, les chiffres prouvent le contraire. Elles poussent les salariées à y croire, son mantra est « think big ». Il n'y a rien d'impossible selon elle, et le plafond de verre peut être brisé.

Ces quatre femmes engagées ont ensuite pu engager la discussion avec la salle. Entre les coups de cœur et les coups de sang, nombreuses ont été les interventions des avocates, futures avocates et même de quelques confrères. Il en ressort que les stéréotypes d’associés misogynes sont durs à balayer et que la vie est parfois rude dans cette profession qui pourtant se féminise massivement. Plafond de verre ; horaires de travail difficilement aménageables ; manque de considération ; remarques sexistes des clients et/ou des collègues ; écart de salaire…expliquent pourquoi la durée moyenne d’une carrière d’avocate est si courte. Pour autant, le barreau féminin est plus que jamais solidaire et motivé.

« Elles s'engagent pour l'avenir »

L’amphithéâtre est plein pour cette seconde table ronde. On aperçoit même dans l’audience Danielle Merian, « mamie Hemingway », fervente militante pour la dignité et les droits de l’Homme, notamment des droits des femmes africaines, dont la notoriété a bondi au lendemain des attentats du 13 novembre.
« On va casser la baraque, rien ne va nous arrêter, vive le 8 mars », s’est exclamée Dominique Attias avant d’accueillir sur scène quatre femmes d’exception qui se battent « pour faire avancer les droits de plus de la moitié de l’humanité ».

Fanny Benedetti, Alice Nkom, Elodie Vialle, Olga Johnson et Fatimata Mbaye

En effet, les échanges et la force des témoignages livrés lors de cette journée étaient aussi passionnants qu’enrichissants. En particulier celui de l’avocate mauritanienne Fatimata Mbaye, présidente de l'Association mauritanienne des droits de l'Homme, co-présidente de l'Observatoire des avocats en danger avec Robert Badinter, et classée parmi les 50 femmes les plus puissantes du continent africain. « Ma plus belle victoire est de voir les femmes mauritaniennes oser parler, aller devant un juge, être dévoilées et aller à l'université », a-t-elle chuchoté avec la voix enrouée. Fervente militante contre les violences faites aux femmes - de l’excision au gavage des jeunes filles – dont l’engagement s’enracine dans son histoire personnelle - « un mariage forcé avec des enfants très tôt » - cette dernière sait qu'elle a « réussit quelque chose ». Véritable force tranquille, Fatimata Mbaye est un modèle de volonté. Même après avoir été emprisonnée et torturée pour ses engagements en faveur des droits de l'homme, elle ne lâche rien.

Première femme avocate de son pays, à l’instar de Fatimata Mbaye, Alice Nkom, lauréate du prix Amnesty des droits de l'Homme 2013, est une avocate camerounaise qui consacre sa carrière à la défense des homosexuels, des victimes de violences policières et de discrimination.
Elle s’est dite « très fière d'être invitée et de porter la tenue traditionnelle devant les avocats parisiens », avant de raconter comment son combat a commencé par la défense d'un jeune couple homosexuel (comme dans 38 pays africains, l’homosexualité est un délit au Cameroun). « J'ai interrogé l'avocat que je suis et je l'ai mis au service des causes. » En 2003, elle crée - non sans difficultés- l'Association de défense des homosexuels du Cameroun pour « mettre enfin sur la table nationale le débat sur l'homosexualité et le droit à l'égalité ». Cette juriste chevronnée utilise la Constitution pour montrer que la loi prohibant l'homosexualité (à l’origine de l’article 347 bis du code pénal camerounais) est inconstitutionnelle car n'a pas été voté par l'assemblée nationale. Ce combat n’est pas sans conséquences. « Oui, ma tête est mise à prix, mais je néglige cet aspect des choses ». L’ancienne pénaliste, n'avait jamais reçu de menaces lorsqu'elle défendait des criminels condamnés à mort, mais en reçoit quotidiennement depuis qu'elle défend les homosexuels. Alice Nkom reste toutefois très positive et compte sur le soutien international pour faire avancer son combat. Elle cite d’ailleurs les ONG, les barreaux étrangers, Bill Gates et même Hilary Clinton qui l'a beaucoup aidée en lui montrant « un soutien clair et visible ».

Fanny Benedetti, directrice exécutive du jeune comité ONU Femmes France et consultante en matière de genre et de droits humains, met toute son énergie dans la promotion des droits des femmes et dans l'aide aux personnes engagées comme  Fatimata Mbaye et Alice Nkom.
ONU Femmes est une entité peu connue, elle n'a que 5 ans, qui promeut trois thèmes centraux relatifs aux droits des femmes : la lutte contre les violences, l’autonomisation économique et le développement de la place des femmes dans la vie publique et les sphères décisionnelles.

Pour Fanny Benedetti, il ne s'agit pas de se positionner comme donneur de leçon mais de donner l'exemple et d'apporter du soutien à toutes les militantes étrangères. « Il faut repousser toute atteinte et tentative de relativisme culturel, et pouvoir relayer les messages des femmes à l'international. » Cette dernière se félicite d’avoir pu mobiliser les Etats au plus haut niveau, lors d’un grand sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, en marge d'un rassemblement de l'ONU, pour qu'ils s'engagent à faire avancer plus vite le droit des femmes. « Au rythme actuel, on mettra 81 ans à arriver à l'égalité réelle, alors qu'avec l'engagement de tous ces chefs d'Etat, l'ONU a fixé un cadre de 15 ans. » Si cette militante fait preuve d’optimisme, elle déplore toutefois le manque de financement de son organisation. « Ce n'est pas possible de porter une si grosse responsabilité avec un budget aussi ridicule ! »

Sur ce point, elle est rejointe par Olga Johnson, secrétaire générale d'Energies pour l'Afrique, la fondation de Jean-Louis Borloo. Cette élue au conseil de Paris est chargée de la cohésion citoyenne, de l’égalité des chances et de la politique de la ville à la mairie du 17e arrondissement. Elle dénonce les positions politiques actuelles de l’Etat français, « cette France qui n'accueille presque pas de réfugiés syriens, cette France qui décore de la légion d'honneur le président d'un pays où les femmes sont opprimées ». La première des violences que l'on fait aux femmes est l'inégalité, et cela passe par l'accès à l'eau et l'électricité souligne-t-elle. Aujourd’hui, seulement un quart des Africains ont accès à l'électricité « alors que ce continent a beaucoup de soleil et de forêt, tout pour faire de l'énergie ». « L'Afrique n'est pas pauvre, ce sont les Africains qui le sont ». Elle raconte qu’elle a dû se battre pour que le mot « énergie » soit écrit dans les compte-rendu des résolutions de la COP21. Olga Johnson « n'est pas juriste mais milite pour réparer les injustices », et ce « combat vital pour l'humanité », elle compte bien le poursuivre. Pour cette citoyenne, le 8 mars est le moment dans l'année où l'on se remobilise et où l'on se rappelle qu'il y a encore beaucoup à faire…

Des ateliers pleins de convivialité !

Le barreau de Paris a souhaité compléter cette journée dédiée aux droits des femmes par trois ateliers de formation pour booster les avocates.

Le premier atelier, consacré à la prise de parole en public, et animé par Cécile Delozier, experte en media training, et l'avocate Valérie Duez-Ruff, membre du Conseil de l'Ordre de Paris, a eu un certain succès. Petits conseils et cas pratiques, rien de tel pour booster la confiance des consœurs, qui ne sont pas si nombreuses à apprécier les joutes oratoires avec leurs clients et les plaidoiries devant les magistrats.

Idem pour le deuxième, intitulé « Pourquoi et comment s’engager dans un conseil d’administration ? », brillamment animé par l'avocate Brigitte Longuet (au centre de la photo), ancienne membre du Conseil de l'Ordre et surtout présidente de l’association Femmes triple A et membre du conseil d'administration de la société Canal +. Cette dernière avait invité à venir témoigner la présidente de la Confédération nationale des avocats, la présidente d'un conseil d'administration engagée dans la promotion de l'accès des femmes à ce type de postes, ainsi que la professeur à l'Essec spécialiste du genre, Viviane de Beaufort. Pour celles-ci, les avocates ont tout intérêt à entrer dans les conseils d'administration car elles ont les compétences pour fixer des limites juridiques au dirigeant, imposer de la compliance, veiller au respect du droit des contrats, instaurer une stratégie (dépôt de marque, brevet...), éviter les procédures en proposant des modes amiables etc. En outre, les conseils d'administration manquent cruellement de points de vue féminin et juridique. "La gouvernance pépère à la française, un peu consanguine, a changé", remarque Brigitte Longuet avant d'inviter ses consœurs à entrer dans la danse.

Enfin, certaines avocates ont préféré s'informer sur la responsabilité sociétale et environnementale,  en suivant le troisième atelier intitulé  « Comment insuffler la RSE pour une société nouvelle », animé par Véronique Olivier, fondatrice et dirigeante du cabinet Origine RH, membre du Collège des directeurs du DD et de l’ANDRH commission RSE.

Ce qui ressort de ces ateliers très participatifs est que les avocates doivent développer leur confiance en elles, leur liberté de parole, et asseoir l'importance de leur rôle dans le business et la société.

 




Anne MOREAUX
Journaliste

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