AccueilInterviewLaurent Martinet : premier bilan d'un mandat d'action

Laurent Martinet : premier bilan d'un mandat d'action

Au terme d'une première année de vice-bâtonnat particulièrement riche et active, Laurent Martinet fait un bilan d'étape.
Laurent Martinet : premier bilan d'un mandat d'action

ActualitéInterview Publié le ,

Affiches Parisiennes : Au terme de cette première année de vice-bâtonnat, quel bilan tirez-vous de votre action ?

Laurent Martinet : Cette année 2014 a été très dense et dynamique. L’actualité n’y est pas pour rien car il a fallu faire face à des événements de première importance, tels que la question des écoutes et les différentes composantes de la loi Macron. Lors de notre dauphinat, Pierre Olivier Sur et moi-même avions annoncé notre volonté d’instaurer une politique nouvelle, avec une exigence de présence plus importante du barreau de Paris dans le débat public. C’est ce que nous avons fait avec la mise en place de la commission « affaires publiques ». De façon générale, nous avons voulu montrer à quel point le barreau de Paris est un interlocuteur de poids auprès des Pouvoirs publics et des sociétés civile, politique et économique.

Le point d’orgue en fut la première Université d’hiver qui s’est déroulée, en prélude à la rentrée du barreau, à l’extérieur du Palais, à dessein, à la Mutualité. Ce fut un grand moment de rencontre avec un ensemble d’intervenants politiques, artistes, comédiens, chefs d’entreprise, journalistes, chercheurs, médecins… qui illustre à l’évidence la place particulière des avocats parisiens dans le débat public et leur contribution à la réflexion sur l’évolution de notre société. Emmanuel Macron a choisi cette tribune pour présenter le texte qu’il porte à notre profession. La garde des Sceaux était également présente.

Quant aux relations entre le barreau de Paris et le Conseil national des barreaux, celles-ci ont également connu une année compliquée. J’ai personnellement œuvré pour qu’il soit mis fin à des dissensions sans intérêt. Nous affrontons actuellement des débats fondamentaux sur l’avenir de notre profession, sur le périmètre du droit, sur le secret et sur un ensemble de thématiques importantes qui requièrent toute notre attention et doivent l’emporter sur nos préoccupations personnelles. Je me félicite que nous ayons à présent retrouvé des rapports emprunts de sérénité et d’efficacité entre les deux instances.

A.P. : L’harmonie règne donc à présent entre le barreau de Paris et ceux de province ?

L. M.  : Les différends entre le CNB, la Conférence des bâtonniers et le barreau de Paris desservaient notre profession. Nous abîmions notre image, nous diluions notre voix, notre présence, notre force vis-à-vis des Pouvoirs publics. Nous avons retrouvé une véritable harmonie avec le nouveau président du CNB, Pascal Eydoux, qui a cette capacité à réunir et à fédérer l’ensemble de la profession, comme avec la nouvelle assemblée générale. Il est normal que nous ayons parfois des idées différentes, mais à présent, nous avons aussi la capacité de les agréger au bénéfice de la profession.

Nous venons ainsi d’être entendus par le rapporteur de la commission des lois du Sénat sur la possible pratique du droit par l’expert-comptable. Nous y sommes évidemment fermement opposés et nous avons pu rédiger un amendement commun avec le CNB. Notre entente est donc essentielle et je m’en réjouis, d’autant qu’avec un mandat porté à trois ans pour le président du CNB, il était indispensable que nous partions sur des bases saines. J’ai fermement œuvré pour cela, au moment de l’élection, de la constitution du bureau, de la constitution des commissions et de la nomination de leurs présidents : nous nous sommes alors attachés à définir une relation harmonieuse et constructive.

À propos de la commission formation par exemple, très importante à nos yeux, nous avons souhaité, même si c’est un pouvoir propre du président Eydoux, que le bâtonnier Elizabeth Menesguen, qui avait veillé aux destinées de l’EFB, en prenne la présidence. Nous avons ainsi posé un acte fort puisqu’elle n’est pas ‘‘parisienne’’ mais du barreau du Val-de-Marne.

A.-P. : Le barreau de Paris a beaucoup entrepris à l’étranger…

L. M.  : Oui, sur le plan international, nous avons également mené une ‘‘politique de présence’’ déterminée et pragmatique, pour promouvoir notre droit et accompagner nos confrères dans leur développement à l’étranger. Durant l’année écoulée, notre priorité n’a pas été les voyages protocolaires, mais la mise en place de Campus internationaux, en Afrique, en Asie, au Brésil au cours desquels plus de 350 confrères nous ont accompagnés pour créer des liens avec les avocats étrangers et des perspectives de croissance pour leurs cabinets… Il y aura cette année quatre nouveaux Campus : deux en Afrique – un premier en Algérie et un second dans la zone OADA dont le pays reste à déterminer –, un en Asie, à Shanghai, et enfin un dernier en Amérique du Nord, au Canada, en septembre 2015.

A.-P. : En tant que président de l’École de formation du barreau (EFB), vous avez engagé une véritable transformation…

L. M.  : L’EFB est l’un de nos plus gros chantiers, avec la commission « affaires publiques ». Certains critiquaient, depuis des années, un enseignement inadapté. Avec annuellement quelque 2 000 élèves-avocats qui rejoignent notre profession, sans numerus clausus, nous sommes par ailleurs face à un vrai défi. Nous avions donc une obligation de résultat à travers une redéfinition de cette formation. Nous avons travaillé avec le Conseil national du droit et avec les universités pour que l’enseignement de l’EFB ne soit pas redondant avec celui qu’elles dispensent. Avec le directeur de l’EFB, Jean-Louis Scaringella, nous avons voulu définir une école résolument pratique qui réponde à la fois aux attentes des élèves et des cabinets susceptibles de les recruter. Nous avons inscrit au programme de cette nouvelle EFB des cours très éclectiques, concernant par exemple les relations avec l’entreprise, le management des cabinets d’avocats, la relation avec les autorités administratives indépendantes, le coaching…

Nous nous étions par ailleurs engagés à ouvrir cette école à l’international, en proposant aux élèves de l’EFB quelque 500 stages à l’étranger. Nous avons tenu cet engagement. En 2014, nous avons signé pas moins de 30 accords avec des universités et des grandes écoles françaises et étrangères, en Chine, en Inde, au Canada, aux États-Unis, au Brésil… Avec la réciprocité comme postulat, ces conventions nous permettent de proposer aux élèves-avocats de rejoindre des établissements de premier ordre et, à l’inverse, d’accueillir des élèves étrangers au sein de l’EFB. Nous avons récemment conclu des accords avec HEC ou la Sorbonne-Assas International Law School, l’antenne de l’Université Paris 2 Panthéon-Assas à Singapour, afin de permettre aux élèves-avocats de valider des formations de référence spécialement adaptées au cadre du PPI (projet pédagogique individuel, ndlr). Il faut poursuivre cette politique et l’inscrire dans le temps.

Nous avons par ailleurs remis en place un système de bourses et de prêts pour accompagner les élèves-avocats. Les PPI sont au cœur de notre action et de l’enseignement dispensé à l’EFB, même si la dernière mandature du CNB a décidé de les rendre facultatifs. Ainsi que je l’ai indiqué à la garde des Sceaux, ces PPI doivent impérativement être maintenus. Ils sont une source d’enrichissement réel pour nos futurs confrères, comme le PPI effectué en juridiction. La relation avec les magistrats est essentielle et je soutiens que le meilleur moyen de mieux travailler avec eux est d’apprendre à les connaître en partageant nos expériences. Il faut que nous ayons avec eux ces moments de convergence. Pour cela, nous bénéficions de fabuleux ambassadeurs, tels Jean-Michel Hayat, président du TGI de Paris et Xavier Ronsin, président de l’École nationale de la magistrature (ENM)… Nous allons ainsi accueillir 40 auditeurs de justice dans nos cabinets et plus de 40 stagiaires effectueront leur PPI au sein du seul tribunal de grande instance de Paris.

Les PPI permettent également d’avoir une vraie expérience professionnelle en entreprise et de mieux connaître les attentes d’une partie de nos clients. Enfin, au moment où débute ce grand chantier juridique qu’est la réforme du droit des contrats, un certain nombre d’élèves-avocats vont avoir l’opportunité d’aller travailler à la chancellerie ou à la direction des Affaires civiles et du Sceau. Je m’en félicite.

A.-P. : Allons-nous vers un enseignement commun entre les avocats et les magistrats ?

L. M.  : C’est déjà en partie le cas. Avec Xavier Ronsin, président de l’ENM, nous avons mis en place des enseignements communs, en formation initiale comme en formation continue. En formation initiale, nous sommes en mesure de proposer à nos élèves-avocats de rejoindre l’ENM à Bordeaux et inversement. Pour l’instant, un nombre restreint d’élèves est concerné, mais ce type d’enseignement sera amplifié et développé. En formation continue, nous mettons en place des modules à dimension commerciale : notamment en droit de la concurrence, en distribution… Ils sont susceptibles d’intéresser les magistrats qui rejoignent les juridictions commerciales.

« Je vous le dis très solennellement, il n’est pas question de créer une nouvelle profession du droit ! Il n’est pas question de démembrer le secret professionnel ! »

A.-P. : Dans un autre registre, quelles sont les relations du barreau de Paris avec les juristes d’entreprise ?

L. M.  : En ce moment, c’est un peu particulier. Le barreau de Paris avait apporté sa contribution au projet d’Emmanuel Macron de création d’un statut d’avocat en entreprise, en posant néanmoins des conditions fermes… Vous avez constaté que ce texte a soulevé des réactions très vives, même au sein de notre barreau. La quasi-totalité des membres du Conseil de l’Ordre était favorable à ce statut d’avocat en entreprise. Aujourd’hui, après son rejet, les juristes d’entreprise souhaiteraient que leur soit accordée la confidentialité. Or, je vous le dis très solennellement : il n’est pas question de créer une nouvelle profession du droit ! Il n’est pas question de démembrer le secret professionnel ! Si un jour la chancellerie porte à nouveau ce projet, nous travaillerons en commun avec le ministère de la Justice, le CNB, la Conférence des bâtonniers, l’AFJE et le Cercle Montesquieu, pour essayer de trouver un accord. C’est notre devoir. Mais en l’état, soutenir la demande des juristes d’entreprise qu’il leur soit attribué la seule confidentialité, il n’en est pas question ! Sur ce point, nous sommes totalement en phase avec le CNB. Si le projet devait renaître, il me semble qu’il serait bon pour cette grande profession du droit que le maître d’œuvre soit la chancellerie…

A.-P. : Vous avez également œuvré à développer toutes les formes de pro bono comme l’Avocat dans la cité…

L.-M. : Le barreau de Paris s’est impliqué avec la mairie de Paris dans l’opération l’Avocat dans la cité, et il sera toujours en première ligne pour permettre l’accès au droit au plus grand nombre, comme je l’ai rappelé dernièrement à Anne Hidalgo et Olivia Polski (adjointe à la maire de Paris, en charge du Commerce, de l’Artisanat, des Professions libérales, ndlr). Sur le parvis de l’hôtel de ville, nous avons dispensé près de 4 000 consultations gratuites ! Elles s’adressaient à des personnes qui ne peuvent pas ou plus venir dans un cabinet d’avocat ni même au palais. C’est un moyen d’éviter l’exclusion des plus défavorisés. Nous avons mis en place des fonds qui nous permettent d’accompagner cette opération dans le temps.

Les terribles événements de ce début d’année ont montré que l’exclusion est quelque chose de catastrophique : dans les prisons, dans la société… Elle est génératrice d’isolement, bien sûr, mais également de risques considérables pour la société. Nous avons en même temps voulu développer notre présence dans les écoles pour expliquer aux jeunes que le droit n’est pas la sanction, mais qu’il régule la vie en société. Pour des raisons philosophiques et personnelles, je suis très attaché à la défense de la proximité des avocats avec les justiciables et à la présence de l’Avocat dans la cité.

« Je ne vous cache pas que je réfléchis sérieusement à une éventuelle candidature au bâtonnat, mais quand ma décision sera arrêtée, j’en informerai d’abord mon bâtonnier, les anciens bâtonniers et le Conseil de l'Ordre »

A.-P. : Un article récent du Figaro vous prête l’intention de présenter votre candidature aux prochaines élections du bâtonnat…

L. M.  : Comme je l’ai indiqué au Conseil de l’Ordre, j’ai découvert dans cet article du Figaro que j’étais candidat… Je ne vous cache pas que je réfléchis sérieusement à cette éventualité, mais quand ma décision sera arrêtée, j’en informerai d’abord mon bâtonnier, les anciens bâtonniers et le Conseil de l’Ordre. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Certains, il est vrai, m’ont demandé de me présenter dans le cadre des élections à venir, et ce serait légalement parfaitement possible. Le bâtonnier Jean-Yves Leborgne avait pris l’engagement de ne pas se représenter lorsqu’il avait postulé pour la première fois à cette fonction, alors nouvelle. Son successeur, Yvon Martinet, ne s’était pas présenté, lui non plus, pour d’autres raisons. Ma candidature serait pertinente, ne serait-ce que pour pérenniser l’action que nous menons avec le bâtonnier Pierre-Olivier Sur. Le mandat de deux ans du bâtonnier et du vice-bâtonnier est très court. Il nous oblige sur certaines thématiques à adopter la marche forcée. Je prends l’exemple de l’EFB ou des affaires publiques. Le travail qui a été accompli en un an est titanesque. Un peu de temps serait bien nécessaire pour imprimer cette action dans la durée. De son côté, le président du CNB débute un mandat de trois ans. Il y aurait une cohérence à harmoniser la durée des mandats.

En tout cas, je me félicite que nous ayons, Pierre-Olivier Sur et moi-même, inscrit définitivement dans le temps et dans les textes l’articulation bâtonnier et vice-bâtonnier. Nos confrères, je l’espère, auront perçu que notre tandem fonctionne très bien, avec une répartition équilibrée des prérogatives et des rôles de chacun.

A.-P. : Quelles solutions allez-vous apporter pour moderniser encore la profession d’avocat ?

L. M.  : Nous devons absolument continuer sur cette dynamique d’un ordre au service des avocats. Certes, l’ordre a vocation à réguler notre exercice, notamment par le biais de la déontologie, à assurer la formation des confrères, à gérer la CARPA. Ce sont ses missions fondamentales. Mais il est également là pour accompagner les confrères dans leur développement professionnel. Il faut que les avocats aient l’intime conviction que l’Ordre n’est pas là pour prélever des cotisations sans contrepartie. C’est pour cela que nous avons mis en place, dès le début de notre mandat, une commission « contrôle des coûts – transparence » pour les informer des actions qui sont menées et des dépenses qu’elles impliquent.

Le barreau entrepreneurial est également un axe d’accompagnement des avocats dans leur évolution personnelle. Nous associons particulièrement les jeunes à notre action, via notamment l’incubateur du barreau de Paris. C’est un lieu de réflexion où les avocats sont là pour imaginer les évolutions de notre profession, les moyens pour conquérir de nouveaux marchés, être toujours plus présents au sein de la société civile, économique et politique… Voilà le rôle de l’ordre et nous devons aller plus loin encore.

Deux mille confrères rejoignent annuellement notre profession dans un contexte de concurrence de plus en plus sévère, et avec des atteintes sur le périmètre même du droit : l’ordre est là pour trouver et ouvrir des perspectives, ici et ailleurs. Voilà le rôle d’un ordre éminemment moderne, à l’écoute et qui apporte des réponses concrètes et efficaces. Voilà comment je le conçois !

A.-P. : Quelles ont été vos autres actions prioritaires cette année ?

L. M.  : Nous nous sommes attachés à rendre les finances de l’ordre extrêmement saines en les mettant, elles aussi, au service des confrères. J’y ai dédié beaucoup de temps, considérant que c’était notre devoir, au bâtonnier et à moi-même, de le faire. Nous avons mis en place une politique d’accroissement des fonds de la CARPA, notamment avec le concours de l’ensemble des cabinets d’affaires de la place. Nous les avons incités à l’utiliser. Une façon d’aider notre ordre, c’est aussi de penser à la CARPA pour des opérations de gré à gré qui, généralement, ne passaient pas par elle. Nous avons ainsi accru de façon significative son encours. Notre politique CARPA et de contrôle des coûts nous a permis de dispenser de cotisation les confrères qui perçoivent moins de 36 000 euros par an. Cette mesure a concerné 7 000 avocats environ. Nous souhaitons reconduire cette mesure en 2015.

Le budget de l’EFB est également équilibré et même légèrement bénéficiaire. Je suis issu d’une tradition où l’on est attentif à la gestion des biens. Avec la commission des finances et les services financiers de l’ordre, nous restons très vigilants, afin que chacun puisse vérifier que notre politique a concouru à stabiliser les finances de l’ordre.

A.-P. : Que reste-t-il à faire en 2015 avec Pierre-Olivier Sur ?

L. M.  : Nous avons un grand chantier qui est le déménagement. Il n’y a plus de recours possibles. Nous déménagerons donc au printemps 2018. Le tribunal sera transféré dans la nouvelle Cité judiciaire des Batignolles. Nous nous devons d’être au plus proche de la juridiction de première instance, ce qui satisfait visiblement magistrats et avocats. La Maison de l’Ordre des avocats (MODA) sera édifiée au pied de cette tour. Le bâtonnier de Paris étant aussi bâtonnier de Cour, il pourra continuer à exercer sur l’île de la Cité. Sans nostalgie, il faut aller de l’avant face à une réalité et il faut mettre à la disposition des confrères un espace qui réponde à l’exigence de leur exercice professionnel. Les plans de la future MODA ont été élaborés par Renzo Piano, le célèbre architecte du Centre Pompidou. L’architecture est superbe mais surtout, elle est fonctionnelle. Nous souhaitons que ce lieu soit à l’image des avocats d’aujourd’hui et d’un Ordre au service des confrères. Je reste néanmoins attaché à l’Île de la Cité. La Maison du barreau restera en place. Il y aura ainsi deux maisons des avocats, deux cultures qui cohabiteront.

Je reste, par ailleurs, très attaché à la transparence. Il nous faut améliorer encore les outils d’échange et de communication de l’ordre à l’endroit des confrères et de la société civile. Nous devons intensifier également l’action de la commission des affaires publiques. Il nous reste encore beaucoup à faire, n’oublions pas les autres sujets importants occultés par la loi Macron comme la loi sur les écoutes, la réforme de la Justice du XXIe siècle qui débute… Le barreau de Paris doit rester un interlocuteur de premier plan pour les Pouvoirs publics.

A.-P. : La loi Macron n’a-t-elle pas mis en sommeil des dossiers essentiels comme l’aide juridictionnelle ?

L. M.  : Il est vrai que la loi Macron a pris le pas sur tous les autres débats. On ne parle effectivement plus du tout de l’aide juridictionnelle. Mais ce dossier reviendra très rapidement, c’est évident. La mise en place d’un financement pérenne de l’aide juridictionnelle est essentielle tant pour les justiciables que pour nos confrères. Le barreau de Paris s’y attachera, comme il s’attachera à apporter sa contribution sur la situation dans les prisons, l’insertion, la réinsertion des délinquants… En début de mandat, je suis allé au Danemark et au Burkina Faso visiter des prisons. Je crois qu’il y a une vraie réflexion à mener sur la politique carcérale.

A.-P. : Pouvez-vous nous parler de la présence des femmes au barreau de Paris ?

L. M.  : La présence des femmes au barreau de Paris est pour moi un sujet de fierté. Pour beaucoup de raisons, je suis très attaché à une politique de parité. Je travaille dans un cabinet où la promotion des femmes est véritablement importante. Près de la moitié de nos bureaux est dirigée par des femmes. Dans le cadre de la journée de la femme, le 7 mars 2014, devant la garde des Sceaux, j’avais pris l’engagement que nos listes aux élections ordinales et aux élections du CNB seraient paritaires. On m’avait alors expliqué que ce n’était pas possible et qu’il n’y avait d’ailleurs aucune contrainte légale à cet « exploit ». Eh bien, pourtant, pari tenu ! À l’ordre, plus de femmes que d’hommes ont été élues, alors qu’au CNB la parité était presque atteinte… Le CNB vient d’ailleurs de prendre l’engagement d’emprunter, lui aussi, cette voie, et je m’en réjouis. J’ai personnellement porté le congé paternité au barreau de Paris, pour permettre un meilleur partage des tâches et une véritable parité, et je le porterai prochainement devant le CNB.

A.-P. : Y a-t-il des promesses que vous n’avez pas pu encore tenir ?

L. M.  : Il y a certainement des choses à parfaire, sur la politique pénale, sur l’aide juridictionnelle, les écoutes et nous avons besoin de continuité dans nos actions. Mais sans que cela puisse paraître prétentieux, je n’ai pas à l’esprit de dossier majeur sur lequel nous ayons trébuché. J’aurais raté quelque chose si je n’avais pas réussi à mettre en place les conditions d’une unité de la profession. Je l’aurais vécu comme un échec personnel. Je pense qu’elle est à présent réunie et que nous allons pouvoir avancer sur de grands projets !

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?