AccueilInterviewLaurent Martinet – Marie-Alix Canu-Bernard : « une réponse aux défis de demain »

Laurent Martinet – Marie-Alix Canu-Bernard : « une réponse aux défis de demain »

La candidature de Laurent Martinet au bâtonnat a déclenché une véritable tempête au sein du barreau de Paris. Au côté de la pénaliste Marie-Alix Canu-Bernard, l'actuel vice-bâtonnier, fort de ses convictions et de ses ambitions pour la profession, livre les raisons qui l'ont conduit à briguer le prochain bâtonnat. Ce tandem, inscrit dans la parité homme-femme et dans sa complémentarité d'exercice professionnel, est de nature à apporter des réponses aux défis de demain…
Laurent Martinet – Marie-Alix Canu-Bernard : « une réponse aux défis de demain »

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Affiches Parisiennes : Cette question est pour Laurent Martinet. Pour la première fois, un vice-bâtonnier en exercice brigue le bâtonnat. Qu’est-ce qui vous a décidé à vous porter candidat ?

Laurent Martinet : Deux raisons, sans hiérarchie aucune. La première est la nécessité d’inscrire dans le temps les actions entreprises et d’en initier de nouvelles. Nous sommes confrontés à un mandat extrêmement court. Certains de nos engagements nécessitent d’être suivis et poursuivis dans le temps. Je pense en particulier au développement du barreau entrepreneurial, à la protection des avocats jeunes parents, à la parité, à la gestion rigoureuse des comptes de l’Ordre, autant de points sur lesquels nous avons déjà des résultats. La seconde raison est l’envie d’y aller avec Marie-Alix Canu-Bernard que je connais depuis mon mandat au conseil de l’Ordre. Notre candidature, par sa complémentarité, est de nature à apporter de nombreuses réponses aux défis de notre profession. C’est l’alchimie de ces deux éléments qui a guidé notre décision de se présenter.

Marie-Alix Canu-Bernard : Je crois surtout que les confrères sont déjà las de ces petites polémiques stériles ! Ils souhaitent qu’on parle d’eux ! Je rappelle que l’institution du bâtonnat à deux n’existe que depuis deux mandatures. Il me semble que les mieux placés pour juger la décision de Laurent Martinet sont les bâtonniers Jean Castelain et ChristianeFeral-Schuhl. Ils savent, pour l’avoir vécu, s’il est légitime que le vice-bâtonnier veuille poursuivre ses projets et Mme le bâtonnierChristianeFeral-Schuhl considère, quant à elle, que c'est dans la norme et la logique d'une continuité que le vice-bâtonnier se présente à la fonction de bâtonnier en soumettant sa candidature aux votes. Cette candidature a du sens même si elle bouscule un peu les usages

A.-P. : Comment conciliez-vous votre candidature et vos fonctions actuelles de vice-bâtonnier ?

L. M. : Comme je l’ai indiqué au Conseil de l’Ordre, je continue d’exercer ma fonction dans sa dimension internationale, à la présidence de l’EFB et à la vice-présidence du Conseil National des Barreaux. En revanche, pour qu’il n’y ait aucune équivoque et que l’on ne puisse me suspecter d’une quelconque confusion des genres, j’ai indiqué immédiatement, de manière spontanée et avant même que la commission en charge des élections ne me le demande, que je renonçais à tous les avantages matériels, techniques et financiers liés à ma fonction actuelle, y compris mon indemnité de vice-bâtonnier. J’ai pris, par ailleurs, l’engagement de ne pas intervenir officiellement en ma qualité de vice-bâtonnier dans les événements, colloques et formations organisés par l’Ordre. Je m’exprime donc comme chaque candidat en lice, afin qu’il n’y ait pas de rupture d’égalité jusqu’au 25 juin 2015, terme des élections.

« Je suis pour une culture de l’efficacité avec un profond respect pour l’institution. » (Laurent Martinet)

A.-P. : Question pour Marie-Alix Canu-Bernard à présent, pourquoi avez-vous choisi de vous porter candidate au vice-bâtonnat ?

M.-A. C.-B. : C’est le fruit d’une double rencontre. D'une part avec le Conseil de l'Ordre. Je suis pénaliste avec une vie de palais, mais je ne percevais pas réellement la dimension et les missions de l'Ordre. Le mandat que j’ai effectué au sein du Conseil m’a permis de comprendre que c’est un outil formidable au service de tous. D'autre part avec Laurent Martinet qui m’a proposé cette candidature et qui a deux qualités essentielles à mes yeux : c'est un homme de parole, il a su transformer ses ambitions en actes et il est surtout le meilleur défenseur des nouvelles générations. Nous avons mis au cœur de notre programme les préoccupations de l'avocat de demain. Nous y reviendrons.

A.-P. : Votre candidature a suscité la colère des autres candidats…

L. M. : La démarche politique qui consiste à opposer les candidats ne répond à aucun des intérêts de nos confrères. Ce que nous vivons, c’est une élection professionnelle, avec l’idée de fédérer la profession et de la faire progresser. Cette dimension politique, avec ses cabales, ses intrigues, ses petites guerres d’ego dans le microcosme, je vous le dis sincèrement, elle ne m’intéresse pas et je ne pense pas qu’elle intéresse les confrères. Il est plutôt rassurant de constater que, pour l’instant, aucune critique à mon endroit ne concerne mon action, mes compétences ou ma capacité à gérer les choses.

M.-A. C.-B. : À travers ces réactions, nous nous rendons compte que notre milieu ordinal est un peu conservateur. Je comprends que nos candidatures dérangent, mais ce sont les règles du débat électoral ! D’autres candidats peuvent encore se déclarer jusqu’au 18 mai… Et alors ? S'obstiner à combattre une candidature parfaitement conforme aux textes ne fait qu’accentuer ce décalage que tant de confrères me décrivent entre ce qu’ils attendent réellement de l’Ordre et ce qu'ils ressentent de ces petites querelles. Parlons du fond, voila ce qui nous engage toutes et tous !

« Mon mandat au conseil de l’ordre m’a permis de comprendre que c’est un outil formidable. » (Marie-Alix Canu-Bernard)

A.-P. : Certains de vos détracteurs vous reprochent peut-être d’arriver avec un bilan…

L. M. : Même avec le bilan de ma première année de vice-bâtonnier, je ne pense pas qu’il y ait la moindre rupture d’égalité. Je dirais même que ma démarche est plutôt osée, parce qu’elle consiste à me présenter à nouveau devant les électeurs, en cours de mandat. Les confrères jugeront et ils voteront. C’est aussi une façon de juger mon mandat et mon action. Concernant mon action, j’assume et je revendique d’ailleurs l’entière paternité de ce bilan de mi-mandat.

M.-A. C.-B. : Parlons du bilan justement, nous sommes de ceux qui peuvent se targuer d'en avoir un. En ce qui me concerne j'étais encore au Conseil de l'Ordre il y a peu et Laurent y est toujours.

A.-P. : Vous avez choisi comme slogan de campagne « Vous allez entendre parler de vous ! » Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

M.-A. C.-B. : Pour nous, l’important, ce sont nos confrères. Quand ils se lèvent chaque matin, leurs préoccupations concernent leurs exercices professionnels, leurs dossiers, leurs cotisations, leurs impôts… Nous en sommes parfaitement conscients. Notre volonté est de cibler les priorités pour créer des services « à la carte » véritablement performants. Pour cela nous avons des idées et propositions très concrètes, mais nous n’entendons pas pour autant imposer, diriger. Nous nous mettons à l’écoute de nos 27 000 confrères. Le but est que l’Ordre « protecteur » continue à donner de la confraternité, du social, de l’aide et des outils à l’ensemble des confrères, pour pallier leurs difficultés quotidiennes et les aider dans leur vie d’entrepreneur. C’est de cela dont nous avons tous besoin. Notre slogan de campagne « Vous allez entendre parler de vous » traduit bien que notre préoccupation première, ce sont nos confrères.

L. M. : Il y a aussi une autre dimension dans ce slogan. Nous voulons dire aux confrères que nous allons être leurs ambassadeurs, que nous allons porter leurs ambitions et leurs projets. Je pense avoir déjà démontré ma capacité à transformer mes idées en actes, par exemple l’instauration de l’égalité femme-homme dans les organisations professionnelles. Quand j’ai dit qu’il me semblait important que les élections professionnelles soient vues à travers le prisme de la parité, on m’a ri au nez. Mais nous l’avons fait et aujourd’hui, le CNB s’en empare… Même évolution au sein du barreau entrepreneurial, même transformation à l’EFB où nous sommes en train de redéfinir entièrement la formation dispensée à nos futurs confrères.

A.-P. : Comment allez-vous orienter les thèmes principaux de votre campagne ?

M.-A. C.-B. : Plus que des thèmes, ce sont des valeurs communes que nous mettons en exergue. L’avocat est actuellement particulièrement malmené. Par conséquent, il faut retrouver dignité et unité pour revaloriser notre profession. Nous avons un ADN fort avec notre déontologie ce qui nous distingue d’autres professions et c’est là notre valeur ajoutée. Nous allons décliner tout cela au cours de notre campagne.

L. M. : Voilà notre vision : Une profession dynamique et fière de ses valeurs … Nous allons porter haut et fort les ambitions des avocats sur des thématiques telles que le secret, la confidentialité… Nous allons en être les garants. « Un ordre exemplaire »… c’est la transparence. Nous allons amplifier le mouvement que nous avons initié, avec la mise en place de commissions de contrôle des coûts et de réunions du conseil de l’Ordre ouvertes, télévisées, rediffusées. « Un ordre efficace »… pragmatique, qui délivre une action au service des confrères. « Un barreau moderne, uni et solidaire »… Cette solidarité est une notion qui nous est extrêmement chère à tous les deux, pour des raisons personnelles. Quand nous expliquons que les finances du barreau de Paris sont prospères, le but n’est bien évidemment pas d’alimenter les caisses de l’Ordre, mais de procéder à un accompagnement, à une redistribution, qui passe notamment par la poursuite de l’exemption de cotisations pour ceux qui sont le plus en difficulté. Pour ceux qui sont créatifs, innovants ou tout simplement veulent passer le cap de l’installation, nous développons le barreau entrepreneurial. Nous venons d’ailleurs de mettre en place des cours de coaching pour que chaque confrère identifie avec précision ce vers quoi il est pertinent qu’il s’oriente, en termes d’activité professionnelle, mais aussi d’équilibre de vie. Nous sommes favorables à une utilisation très efficiente des deniers de l’Ordre. Nous avons montré que nous avons cette capacité à gérer des flux parfaitement significatifs.

A.-P. : Quelles vont être les actions spécifiques que vous souhaitez mettre en place ?

M.-A. C.-B. : Nous pouvons vous donner quelques exemples. Le jeune collaborateur qui, au bout de cinq ans d’exercice, veut monter son cabinet affronte une série de difficultés pratiques. Quels que soient ses besoins, nous voulons l’inciter à se tourner vers l’Ordre et le barreau entrepreneurial. Avec une cellule dédiée à l’installation et des outils référencés accessibles via une plateforme spécifique– recherche de locaux, services annexes, création de sites internet…–, avec les bons interlocuteurs et des bases de données optimisées. Une aide financière est également envisageable en cas de difficultés… Nous avons cette volonté de mettre en place des propositions extrêmement pratiques et précieuses pour l’avocat qui entreprend.

L. M. : Ce que nous proposons est très pragmatique et vise à consolider ce que nous avons réalisé à l’EFB ou au sein de l’Ordre, avec notamment la création d’un département affaires publiques – qui assure enfin la présence et le lobbying du barreau de Paris auprès des Pouvoirs publics. Notre approche est résolument entrepreneuriale, avec une dimension sociale forte. Notre profession joue un rôle sociétal très important, notamment à travers la lutte contre l’exclusion. Nous allons donc accentuer la présence de l’avocat dans la société, dans la cité, dans les écoles, dans les prisons… c’est fondamental. Il faut aller bien au-delà de ce que nous avons déjà accompli en matière de pro bono.

M.-A. C.-B. : Beaucoup de confrères bénévoles sont en demande, manquant de contacts avec le justiciable. C’est très valorisant d’aider son prochain dans une société qui a plus que jamais besoin de lien. Cela aussi est dans notre ADN. Si l’on est avocat, c’est certes pour avoir un cabinet qui tourne, mais c’est aussi pour aller vers l’autre. Nous sommes tous deux très attachés à cette dimension sociale…

« Les jeunes avocats doivent trouver leur place. Il faut que le barreau leur donne de l’enthousiasme et de l’énergie. » (Marie-Alix Canu-Bernard)

A.-P. : A propos de l’action sociale du barreau, pour les confrères en difficulté, avez-vous en tête des mesures qui vont au-delà de l’exonération de cotisation ?

M.-A. C.-B. : Il n’est pas question pour nous de faire des promesses qui ne soient pas tenables. Nous mettons en adéquation nos propositions, les moyens financiers et surtout le service social de l’Ordre qui fait un travail remarquable dans une grande discrétion. Il convient de créer une plus grande interaction entre ces services et les commissions de difficultés d’exercice, afin de traiter les difficultés rencontrées par un confrère dans leur globalité. Nous proposons à cet égard la création d’un guichet unique au sein de l’Ordre pour faciliter l’accès des confrères et les aiguiller vers les différents services disponibles.

L. M. : Nous aurons une politique très attentive à l’endroit des confrères, je n’ai pas la culture de l’idée non réalisée. A l’EFB, nous avons rétabli les bourses et les prêts pour permettre aux élèves-avocats d’aller au bout de leurs ambitions… C’est le sens de notre action.

A.-P. : Une question pour Marie-Alix Canu-Bernard. Quel sera votre rôle en tant que vice-bâtonnier ?

M.-A. C.-B. : Laurent Martinet et moi-même sommes, par définition, extrêmement complémentaires et c’est l’une des raisons pour laquelle j’ai accepté de l’accompagner dans cette aventure. Laurent a des domaines de compétence que je n’ai pas et un mode d’exercice différent. Ainsi je connais l’exercice des petites structures, la vie du palais, la matière pénale, le combat pour la défense des libertés publiques ou les droits de l’Homme… Pour la répartition des rôles, chaque chose en son temps. Pour l’instant, nous sommes en campagne…

L. M. : Je peux vous livrer le secret de l’adéquation idéale des fonctions de bâtonnier et de vice-bâtonnier. C’est une complémentarité et une répartition des rôles, tout en restant curieux du domaine de l’autre...

A.-P. : Concernant l’aide juridictionnelle, avez-vous des propositions précises ?

M.-A. C.-B. : Certainement pas que ce soient les avocats qui la financent ! Demande-t-on aux médecins de payer la Sécurité sociale ? Ce n’est pas à nous à trouver les solutions en lieu et place des Pouvoirs publics. Nous avons la Justice que nous méritons et c’est à la Chancellerie et surtout à Bercy de mettre en place les moyens qu’ils entendent mettre au service des justiciables. Ce n’est pas aux ordres de pallier les insuffisances de l’autorité publique. C’est très clair. Comparé à d’autres pays d’Europe, le budget de la justice française est très faible. Je sais qu’il faut définir des priorités budgétaires, mais j’ose espérer que la justice est prioritaire…

L. M. : Sur cette question de l’aide juridictionnelle, très importante, il faudra que nous définissions une position commune avec le Conseil national des barreaux et la Conférence des bâtonniers, en réponse aux idées que la Chancellerie pourrait émettre. À présent, avec le président du CNB Pascal Eydoux, nous sommes certains que nous parlerons d’une même voix. Nous sommes également certains que l’aide juridictionnelle ne sera pas financée par les cabinets d’avocats. Barreaux et Ordres peuvent naturellement porter la dimension sociale de notre profession, mais ce n’est tout de même pas à nous, avocats, de financer l’aide juridictionnelle !

A. P. : Comment allez-vous répondre aux préoccupations des jeunes avocats ?

M.-A. C.-B. : Nous voulons dire que tout est possible pour un jeune avocat. Il peut s’installer, il peut prospérer, il peut faire de l’AJ en plus et des commissions d’office, même s’il travaille en cabinet d’affaires. Les jeunes doivent trouver leur place. Il faut que l’Ordre leur donne de l’enthousiasme et de l’énergie. Tout est possible.

L. M. : Je veux dire deux choses aux jeunes. La première découle d’un sondage qui a été réalisé dernièrement dans le cadre de l’Université d’hiver du barreau de Paris, il en est ressorti que les avocats sont à 92% fiers de leur profession. Les jeunes ont donc bien raison d’être fiers d’être avocat. C’est un métier magnifique, d’une diversité incroyable. Je leur dirai aussi d’être optimistes. Des possibilités très importantes s’offrent à eux. L’Ordre doit éclairer ce champ des possibles… Nous l’avons mis en place au sein de l’EFB, avec les PPI et les stages dans les entreprises, en juridiction ou à l’étranger, une formation différente orientée sur la pratique et qui n’est plus redondante avec celle dispensée dans les universités, en demandant aux élèves-avocats d’être curieux, audacieux et créatifs. C’est aussi notre devoir à nous, barreau de Paris, de porter cet espoir dans leur exercice professionnel. Que les jeunes avocats soient enthousiastes, qu’ils croient en leur avenir. Ils sont les avocats de demain et nous voulons leur ouvrir de nouvelles perspectives, une nouvelle mobilité professionnelle. Il faut que les jeunes entrent au Conseil de l’Ordre, qu’ils apportent leur contribution pour que nos institutions soient en phase avec notre temps.

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