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Laurent Benoudiz: « On ne change pas sans se former au changement »

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Laurent Benoudiz: « On ne change pas sans se former au changement »
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Pour le président de l'Ordre des experts-comptables de Paris – Île-de-France, la formation, largement à l'honneur durant ces Universités d'été, est la pierre angulaire de l'évolution de la profession d'expert-comptable, notamment en matière de management et d'approche client.

Diaporama des Universités d'été : (cliquez sur la photo)

Affiches Parisiennes : Que représentent ces universités d'été pour les experts-comptables ?

Laurent Benoudiz : C'est un rendez-vous incontournable, fondé il y a une trentaine d'années. Il permet de réunir plus de 4 500 experts-comptables qui bénéficient gratuitement d'une centaine d'ateliers de formation et de quatre temps forts. Ces Universités d'été, organisées par l'Ordre des experts-comptables de Paris–Île-de-France avec les CRCC de Paris et de Versailles, constituent aujourd'hui l'événement qui connait la plus forte participation sur le territoire national.

A.-P. : Quels sont les temps forts de cette édition 2017 qui est à nouveau organisée à l'Université Paris Descartes, comme un retour aux sources ?

L. B. : Nous avons une première conférence importante, le mardi en fin d'après-midi, consacrée à l'intelligence artificielle, à travers l'impact des nouvelles technologies sur notre modèle économique. Nous passerons en revue l'ensemble des solutions que l'Ordre et l'Asforef, mettent à la disposition des cabinets pour réussir leur nécessaire adaptation à ce nouveau monde. Les assemblées générales de la CRCC de Paris et de l'Ordre des experts-comptables de Paris se dérouleront, quant à elles, le mercredi, en présence de Jean Bouquot, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, et de Charles-René Tandé, président du Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables. Elle seront suivies par la prestation de serment des jeunes inscrits.
Le jeudi sera dédié à « la grande conférence », axée cette fois sur le rebond et les vertues de l'echec, avec l'intervention d'un panel prestigieux, comptant notamment Idriss Aberkane, enseignant, conférencier et essayiste français, auteur du best-seller Libérez votre cerveau, Stéphane Degonde, coach d'entrepreneurs, auteur de J'ose entreprendre, ou encore Charles Pépin, philosophe et journaliste, auteur des Vertus de l'échec.

Et enfin, nous terminons le vendredi en fin de matinée avec une conférence sur la valeur, avec entre autre l'intervention de Gilles Babinet, “digital champion” représentant la France auprès de la Commission européenne, Arnaud Rivière, spécialiste en marketing d'entreprise, et Stéphane Raynaud, secrétaire général d'ATH.

A.-P. : Pourquoi experts-comptables et commissaires aux comptes se retrouvent-ils réunis pour ces journées ?

L. B. : Parce que la plupart d'entre nous sommes à la fois experts-comptables et commissaires aux comptes. Cela a donc du sens d'organiser ensemble ces universités d'été. Nous tenons absolument à ce que la Compagnie de Paris, avec son président Jean-Luc Flabeau, et la Compagnie de Versailles, avec son président Olivier Boucherie, soient à nos côtés lors de cette grande manifestation.

A.-P. : Pourquoi la formation est-elle aujourd'hui la pierre angulaire de votre profession ?

L. B. : Les évolutions technologiques que nous sommes en train de vivre ne vont pas uniquement nous permettre de faire mieux et plus vite ce que nous faisions hier, mais surtout de faire quelque chose de différent. Dès lors que notre profession va profondément évoluer, la question de l'adaptation se pose et la formation, notamment dans le management et l'approche client, est le seul moyen de prendre en compte des changements aussi importants. On ne change pas sans se former au changement.

A.-P. : Comment définissez-vous l'expert-comptable moderne ?

L. B. : Le constat que je fais aujourd'hui, c'est que la profession compte des pionniers qui ont une démarche très innovante, à l'avant-garde de cette problématique. Certains cabinets sont ainsi particulièrement proactifs sur les nouvelles technologies. Ils les intègrent en réalisant des gains de productivité absolument incroyables. Une autre partie des confrères a plus de mal à assimiler le changement. La plupart des experts-comptables se situent entre ces extrêmes et s'interrogent, en ayant conscience que nous vivons dans un monde en mutation et qu'ils vont devoir s'y adapter. Au niveau de l'Ordre régional de Paris – Île-de-France, mon objectif est de faire en sorte que le maximum de confrères suive le mouvement et qu'un grand vent d'innovation souffle sur la profession pour que chacun puisse trouver la bonne réponse au nouveau contexte dans lequel nous évoluons.

A.-P. : Il y a de plus en plus de jeunes diplômés qui créent des start-up. Quelle est la position de l'Ordre de Paris – Île-de-France face sur ce sujet ?

L. B. : Notre profession doit aujourd'hui respecter un certain nombre de règles déontologiques, régissant notamment la relation directe entre le client et l'expert-comptable. Nous sommes donc vigilants sur le type et la qualité des services proposés par ces start-up qui arrivent sur le marché. Nous pourrions aussi avoir la même réaction que les avocats lorsqu'ils ont vu arriver ces start-up sur leur marché, en multipliant les actions en justice qu'ils ont toutes perdues. Le barreau de Paris a intelligemment changé en créant un incubateur au sein duquel il surveille, élève et accompagne désormais les legaltech.
Nous commençons à voir se multiplier des account-tech qui investissent notre marché, en créant des partenariats avec des experts-comptables, parfois en essayant de les uberiser. Nous veillons donc à ce que nos règles professionnelles soient respectées, mais nous nous devons également d'être en veille permanente et d'accompagner le mouvement. Nous sommes donc en train de mettre en place un incubateur au sein de l'Ordre des experts-comptables pour regarder se développer ces account-tech et contrôler la conformité de leur activité.

A.-P. : Vous aviez le projet de créer un “pack jeune” à destination de vos nouveaux confrères. Est-il toujours à l'ordre du jour ?

L. B. : Nous avons fait évoluer notre accueil des jeunes confrères. C'est Gilles Gambaro qui a la charge de cette commission au sein de l'Ordre de Paris – Île-de-France. Nous avions jusqu'alors une présentation longue et compliquée des différents services que nous proposons et des obligations qui reposent sur les épaules des nouveaux confrères. Afin de rendre les choses plus dynamiques, nous avons fait intervenir Frédéric Fréry, professeur en stratégie à l'ESCP Europe et à l'Ecole centrale Paris, pour leur parler de nouvelles technologies et nous leur remettons un petit livret qui résume en quelques pages ce que nous exposions auparavant en de trop nombreux slides, synthétisant leurs obligations et présentant les différents services de l'Ordre. Dès l'entrée des jeunes confrères dans la profession, l'idée est d'établir une relation étroite avec l'institution, pour qu'ils puissent venir au sein de l'Ordre continuer leur formation, voire intégrer nos commissions. Nous avons, par ailleurs, constaté qu'il y a de plus en plus de jeunes qui s'installent, ce qui est tout de même assez courageux aujourd'hui. Nous voulons les aider à développer leur business, notamment en favorisant la cotraitance avec des cabinets installés. Nous achevons actuellement le développement d'une plateforme que nous allons lancer en septembre. Nous avons également organisé des “speed dating de la cotraitance” durant les Universités d'été. Notre projet consiste à développer une plateforme de mise en relation, réservée exclusivement aux experts-comptables, sur laquelle ils pourront échanger des interventions sur des missions. Un cabinet, consulté sur un audit légal ou une demande spécifique, n'a peut-être pas les ressources en interne pour réaliser ce travail. Il pourra alors proposer cette mission à des consœurs et des confrères capables de la mener à bien, en fonction de leur profil et de leur niveau de compétence.

A.-P. : Que pensez-vous de l'expert-comptable en entreprise ?

L. B. : Nous avons sur ce sujet un consensus intersyndical. Nous sommes tous favorables à la reconnaissance de l'expert-comptable en entreprise. Nous sommes d'ailleurs habitués à voir des consœurs ou des confrères décider d'intégrer une entreprise comme DAF. Cela ne nous pose d'ailleurs aucun problème. Il n'y a pas d'impact direct sur notre marché. Ce statut permet, en revanche, d'avoir une plus forte audience. Nous sommes aujourd'hui 20 000 experts-comptables en France. Si on reconnaît les experts-comptables diplômés qui exercent en entreprise, nos effectifs vont passer à 40 ou 50 000 membres inscrits à l'Ordre. Notre profession, réunie autour de son diplôme, pèsera d'autant plus pour faire entendre notre voix. Voilà le projet que nous avons porté. Pour l'instant, il n'a pas dépassé le cap des débats parlementaires lors de l'examen de la loi macron, car les avocats ont fait barrage au motif semble-t-il que cette reconnaissance ouvrait la porte à celle de l'avocat en entreprise qui reste pour eux un casus belli. Nous allons néanmoins continuer à porter ce projet de réforme.

A.-P. : Et concernant l'exercice illégal ?

L. B. : Compte tenu des évolutions technologiques actuelles, on peut se demander si l'exercice illégal a encore du sens. Reste qu'aujourd'hui, nous n'en sommes pas là. Il y a toujours beaucoup d'illégaux qui concourent à développer une économie parallèle et frauduleuse. Nous avons donc obligation de poursuivre notre lutte. Nous avons déjà produit beaucoup d'efforts. Ce combat permanent contre l'exercice illégal constitue l'un des postes budgétaires les plus importants de l'Ordre des experts-comptables. Nous avons trois permanents qui y sont affectés, sans compter le travail de nos élus. Nous maintenons donc la pression. Le nombre de poursuites ne cesse d'augmenter et les condamnations sont de plus en plus lourdes, allant jusqu'à la prison ferme. Nous obtenons également des dommages et intérêts qui sont mieux réglés que ce qu'on aurait pu croire. C'est en realité un véritable problème de concurrence déloyale.

A.-P. : Avez-vous une autre actualité à l'Ordre régional ?

L. B. : A travers notre organisme de formation, l'Asforef, nous lançons, en septembre, à l'occasion des Universités d'été, un pack de formations destiné à accompagner les cabinets dans leur transformation. L'une d'elles s'adresse directement aux collaborateurs pour les faire évoluer dans la prise en charge de l'accompagnement des clients. Une autre formation, “performance académie”, que nous relançons, est à destination des dirigeants et des experts-comptables pour les aider à définir une stratégie. Nous proposons également une formation sur le management d'équipes et une dernière sur la problématique de fermeture des comptes. Il y a aujourd'hui encore trop de cabinets qui respectent de fausses règles, force de l'habitude. Le but de ce pack est aussi d'aider les experts-comptables à prendre un peu de recul .




Jean-Paul VIART
Journaliste

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