AccueilActualitéInterviewLaurent Benoudiz : « Nous allons travailler en mode projet »

Laurent Benoudiz : « Nous allons travailler en mode projet »

Le président de l'Ordre des experts-comptables de Paris - Île-de-France, nouvellement élu, milite pour une profession forte et unie au service de la croissance des entreprises. Il souhaite également moderniser les services que l'institution régionale doit apporter à ses membres.
Laurent Benoudiz : « Nous allons travailler en mode projet »
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ActualitéInterview Publié le ,

Affiches Parisiennes : Quels sont les grands projets qui vont marquer le début de votre mandat ?

L. B. : Nous allons mettre en application les axes que nous avions privilégiés dans notre programme de campagne aux récentes élections professionnelles sur Paris – Île-de-France. Le premier a été confirmé le 3 février. Il vise à améliorer et à rationaliser les locaux de notre Ordre régional. Actuellement, une partie de nos formations, notamment celles de nos stagiaires, sont organisées dans des salles de l'Ecole du notariat, rue Traversière, dans le 12e arrondissement. Cette location représente pour nous une charge d'environ 480 000 euros par an. Outre ce coût important, nous aimerions que nos stagiaires soient parmi nous, au sein de l'Ordre, rue de Londres, dans le 8e arrondissement.

La mandature précédente avait étudié un projet qui arrive aujourd'hui à maturité. Il consiste à réaménager l'accueil et le premier étage de nos locaux actuels, à y adjoindre un sixième niveau, avec une salle du conseil, et à construire un bâtiment annexe de 500 m2 dans le jardin. Le permis de construire a été déposé, accepté, renouvelé et arrive à expiration en mars prochain. Après avoir signé les marchés vers le 15 février, nous allons partir pour 15 mois de travaux et une livraison le 30 juin 2018.

A.-P. : Au-delà de ce programme immobilier qui va être lancé, quel est le deuxième axe sur lequel vous allez vous concentrer ?

L. B. : Notre deuxième axe de travail est la mise en place au sein de l'Ordre d'une commission de la simplification. Notre volonté est de décharger les cabinets d'expertise comptable de contraintes administratives anormales et de faciliter les relations avec les organismes sociaux et fiscaux, les caisses de retraite… L'objectif n'est pas de régler tous les problèmes courants, mais d'accompagner et d'aider les confrères qui affrontent des difficultés spécifiques, particulièrement chronophages.

Le projet vise à centraliser les problèmes au sein de cette ‘‘commission simplification'' pour les traiter. Nous envisageons de mettre en place un système de dépôt en ligne des dossiers permettant d'avoir un suivi permanent tout en élaborant un baromètre de la simplification. Nous pourrons ainsi intégrer le nombre de dossiers traités, les difficultés rencontrées… Les échanges que nous avons actuellement avec l'administration montrent que les services sont ouverts à ce type de traitement des principaux problèmes que nous pouvons rencontrer.

A.-P. : Vous avez également un projet de plateforme collaborative entre professionnels…

L. B. : Oui. Une nouvelle plateforme de partage de missions va être réalisée en partenariat avec le Club des jeunes experts-comptables et commissaires aux comptes. Elle permettra de faire jouer les synergies entre les membres de nos professions.

Un certain nombre de cabinets installés ont parfois des demandes de missions exceptionnelles – commissariat aux apports, évaluations d'entreprises, consolidations… – ou, plus simplement, le remplacement d'un salarié absent ou malade. Nous avons parallèlement de jeunes consœurs et confrères qui sont en cours d'installation et qui n'ont pas encore eu le temps de constituer leur clientèle.

Cette plateforme devra donc être efficiente, associée à une application sur smartphone, et sur lesquelles on retrouvera l'ensemble des missions proposées et un système de notation des cabinets donneurs d'ordre et ceux qui interviendraient en co-traitance.

A.-P. : Vous voulez également mieux diriger les étudiants vers les petits et moyens cabinets ?

L. B. : Oui, nous souhaitons créer une plateforme web avec les cabinets volontaires qui disposeront chacun d'une page qui leur permettra de présenter leur activité, les domaines dans lesquels ils interviennent, les parcours qu'ils peuvent proposer aux étudiants… Ils pourront préciser s'ils cherchent des stagiaires ou s'ils proposent des postes en première embauche.

Grâce à ce service, les cabinets vont pouvoir recruter de beaux potentiels. Pour les étudiants, cette plateforme va constituer une réelle alternative. Les jeunes doivent pouvoir connaître et facilement identifier les cabinets, petits et moyens, qui recrutent, plutôt qu'envoyer systématiquement leur CV aux “bigs”. Si nous voulons développer l'attractivité de notre métier et donner à nos jeunes et futurs consœurs et confrères l'envie de s'installer, nous devons pouvoir les faire accueillir.

Au sein de nos cabinets, la plupart de nos collaborateurs trouvent beaucoup de sens dans leur travail au quotidien. Nos clients sont le plus souvent des entreprises de petite taille dans lesquelles l'expert-comptable ou le collaborateur est en contact direct avec le manager. Il voit donc l'effet immédiat de ce qu'il peut apporter en termes de conseil et d'accompagnement. Dans les grands cabinets, les collaborateurs ont moins la possibilité d'identifier précisément les raisons pour lesquelles ils se lèvent chaque matin. La quête de sens est plus facile à cerner dans un cabinet de taille petite ou moyenne et beaucoup de jeunes sont actuellement à la recherche d'horizons qui dépassent le salaire.

Nous ne voulons plus communiquer de manière abstraite auprès d'eux, mais au contraire leur donner les moyens de répondre concrètement à leurs aspirations. Pour ce faire, l'Ordre va engager des moyens, au départ pour un nombre limité de cabinets susceptibles de recruter. À terme, l'intérêt de l'opération sera de former des jeunes qui demain pourront s'installer et reprendre des cabinets de toutes tailles. Avec un peu de recul, cette attractivité bénéficiera à l'ensemble de la profession. Nous avons donc décidé de faire tomber le tabou de la segmentation.

« Notre volonté est de décharger les cabinets d'expertise comptable de contraintes administratives anormales. »

A.-P. : Comment définissez-vous aujourd'hui les relations entre les experts-comptables et le créateur d'entreprise ?

L. B. : Nous sommes très présents dans l'accompagnement de la création d'entreprise. Mais sur ce marché, il y a un grand nombre de candidats et pas énormément d'élus. En France, nous avons beaucoup de porteurs de projet, mais les statistiques s'effondrent en termes de création d'entreprises si l'on écarte des statistiques les auto-entrepreneurs. L'ambition du créateur d'entreprise se limite parfois à générer son propre emploi. Prendre un statut d'auto-entrepreneur pour résoudre un problème de chômage ne me paraît pas être un élément très favorable en termes de création de valeur ajoutée, comme peut l'être une PME qui voit le jour avec la volonté de recruter et de se développer.

Il faut aujourd'hui favoriser la création d'entreprise assortie d'un vrai projet entrepreneurial. Pour ce faire, l'expert-comptable a naturellement un rôle majeur à jouer. Il doit être présent le plus en amont possible car son intervention façonne la réussite. Mais l'expérience montre que cela représente beaucoup de temps investi pour une rentabilité immédiate réduite. Je ne suis pas sûr que nos consœurs et nos confrères doivent assumer ce service gratuit d'accompagnement des porteurs de projets ; l'effort est plutôt à faire auprès des créateurs d'entreprises porteurs d'un projet de développement. C'est la même équation pour les fonds d'investissement d'ailleurs.

Dans l'accompagnement de l'entreprise, nous intervenons dans des domaines extrêmement variés, du choix du statut juridique à la mise en place business plan, en passant par la définition des besoins de financement sans oublier évidemment l'élément clés de chaque projet : la validation du business model !

A.-P. : A quelques semaines des présidentielles, quelles sont les questions que vos confrères de l'Ordre de Paris – Île-de-France aimeraient poser aux candidats ?

L. B. : Les deux sujets qui interpellent actuellement les experts-comptables sont d'une part le déploiement de la Déclaration sociale nominative (DSN), complexe et incertaine, plusieurs d'organismes n'ayant pas encore validé son utilisation. De ce sujet découle la bonne mise en œuvre de la seconde question d'actualité, le prélèvement à la source. de l'impôt sur le revenu L'incertitude tient au résultat de l'élection présidentielle, plusieurs candidats ayant annoncé vouloir revenir sur cette réforme. Quoi qu'il en soit, nous allons devoir mettre en place des formations. Notre profession est en première ligne sur le prélèvement à la source. Les Pouvoirs publics ont besoin de notre relais pour que la réforme se passe bien dans les petites entreprises. Cela provoque une certaine inquiétude. Les cabinets craignent une surcharge de travail et la complexité des cas particuliers. Dans 95 % des cas, tout devrait bien se passer. Restent les 5 % problématiques qui représentent néanmoins un grand nombre de dossiers.

A.-P. : Votre profession est essentiellement masculine. Quelle est votre vision de la place des femmes ?

L. B. : Lors des dernières élections, nous avons mis en place une exigence de parité. Au Conseil régional, nous avons aujourd'hui plus d'un tiers de nos élus qui sont des femmes. La même règle s'applique pour les élections au conseil supérieur. Au sein du conseil de Paris, nous avons par ailleurs créé une ‘‘commission femmes'' avec la volonté d'identifier les principales actions à mener pour favoriser l'exercice au féminin. Aujourd'hui, un expert-comptable stagiaire sur deux est une femme, mais une femme sur trois s'inscrit à l'Ordre. Nous n'avons pas de réelle explication à ce phénomène. Nous devons donc faire en sorte que les femmes aient toute leur place dans la profession.

Composition du nouveau bureau

Le nouveau bureau est composé de 13 membres : un président, six vice-présidents, un trésorier et cinq assesseurs.

Président : Laurent Benoudiz

Vice-présidents :

Michel Bohdanowicz – secteur confraternité et relations confrères

Sabrina Cohen – secteur formation

Antoine Dalakupeyan - secteur communication

Hervé Gbego – secteur performance et évolution de la profession

Christine Lanty – secteur administration & finances Vital Saint-Marc – secteur régalien

Philippe Messika – trésorier

Philippe Bonnin, Chakib Hafiani, Dominique Perier, Virginie Roitman, Nicolas Yakoubowitch - assesseurs

François Millo, Sophie Tiano - secrétariat général

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