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Laurent Benoudiz : « Notre profession doit se remettre en question »

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Laurent Benoudiz : « Notre profession doit se remettre en question »
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Pratique, concret, de haut niveau… Le Congrès ECF 2016, placé sous le signe de la gestion de patrimoine, offre aux professionnels la possibilité d'ajouter une nouvelle corde à leur arc en ces temps de mutation d'activité. Pour Laurent Benoudiz, président du Club expert patrimoine, il est important de sensibiliser et de former les adhérents à ce thème.

Affiches Parisiennes : Le thème du congrès de l'ECF est la gestion de patrimoine. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Laurent Benoudiz : Avec Maud Saccucci, co-rapporteur et présidente d'ECF Lyon, nous avons pu organiser le congrès que nous souhaitions : pratique, concret et de haut niveau. Sur le choix du thème, il y a plusieurs raisons. La première est liée au congrès d'ECF de 2006. Sous l'impulsion de Serge Anouchian, qui en était le rapporteur, nous avons lancé le Club expert patrimoine (CEP), dont je suis actuellement le président.

Nous voulons profiter du congrès de Marseille pour faire un point d'étape et voir comment les experts-comptables ont intégré cette nouvelle mission. Le CEP est une association loi 1901, réunissant exclusivement des experts-comptables, qui a vocation à promouvoir la pratique de la gestion de patrimoine. Nous voulons sensibiliser et former nos adhérents à cette matière afin qu'ils puissent développer ce type de services.

La deuxième raison qui nous a conduit à choisir ce thème, c'est que les experts-comptables affrontent aujourd'hui une mutation d'activité, notamment sur la tenue et la révision des comptes, avec la numérisation, les scans automatiques, la pression sur les prix… L'arrivée de nouveaux acteurs, comme Intuit, et le développement de services de comptabilité en ligne, nous prouvent que nous sommes à la croisée des chemins. Notre profession doit se remettre en question. Parmi les solutions d'avenir qui s'offrent à nous, il y a en bonne place la gestion de patrimoine. Naturellement, ce n'est pas la seule et tous les experts-comptables ne vont pas se transformer en CGP, mais nous pensons que le fait d'ajouter cette corde à notre arc peut être, pour nous, un facteur de différenciation.

Ce marché est organisé sur un modèle économique particulier, avec, en général, la gratuité du conseil et une rémunération sous forme de commission. Ce type d'approche commence à atteindre ses limites. Le conseil apporté au client est-il le meilleur ou le plus rémunérateur ? Si les gens viennent me consulter, c'est aussi parce que je suis indépendant dans mon approche de conseil. Cette indépendance est déterminante en termes de positionnement. Pour nous, la difficulté est de passer outre la forte culture de la gratuité. Notre déontologie nous interdit de prendre des commissions sur les produits. Nous avons l'interdiction de commercialiser quoi que ce soit. Même si nous travaillons en partenariat avec une compagnie d'assurances ou un courtier, nous ne pouvons percevoir de commissions sur les ventes de produits qu'ils peuvent être amenés à faire sur nos prescriptions.

A.-P. : Quels sont les points clés ?

L. B. : Notre job a consisté à organiser toute la partie intellectuelle du congrès, notamment les ateliers en collaboration avec les partenaires et les intervenants. Pour la dizaine d'ateliers que nous avons montés, la difficulté a été de trouver les bons animateurs pour les bonnes thématiques. Nous avons un plateau de très haut niveau, notaires, avocats et experts-comptables.

A.-P. : Le Club expert patrimoine est-il une émanation du syndicat ?

L. B. : Oui, ce club est l'émanation d'ECF mais pas seulement. Il est ouvert à tous les experts-comptables, sans aucune forme de prosélytisme syndical. Au sein de l'Ordre des experts-comptables, vous avez le club fiscal, le club social, le club export… Sur un modèle similaire, nous avons créé au sein d'ECF une association loi 1901, ce fameux CEP, Club expert patrimoine. Financièrement, le CEP est indépendant d'ECF. Au CEP, nous avons des professionnels qui ne sont pas forcément adhérents d'ECF. Notre objectif est de contribuer à la réalisation de notre objet qui est de former les experts-comptables et de les sensibiliser à ces problématiques, de manière à ce que ceux qui veulent aller plus loin puissent le faire avec les bons outils en main.

Nous avons échangé avec l'Association universitaire de recherche et d'enseignement sur le patrimoine (Aurep), et sa directrice, Catherine Orlac qui interviendra par ailleurs durant le congrès. Cet organisme forme au DU de gestion du patrimoine, créé par Jean Aulagnier, le doyen honoraire de la faculté de sciences économiques et de gestion de l'université d'Auvergne et président d'honneur du CEP. À l'occasion du congrès, nous lançons avec Catherine Orlac un cursus spécifiquement adapté aux experts-comptables leur permettant de préparer et de passer le diplôme universitaire Expert en gestion de patrimoine, l'une des meilleures formations en la matière permettant de disposer de la CJA. Nous espérons ouvrir la première session sur Paris à la rentrée de septembre.

« L'arrivée de nouveaux acteurs et le developpement de services de comptabilité en ligne, nous prouvent que nous sommes à la croisée des chemins. »

A.-P. : Quels sont les enjeux et les défis pour les cabinets d'experts-comptables face aux autres professions qui interviennent également sur ce marché ?

L. B. : Même si nous sommes en concurrence avec les CGP, les notaires et les banques d'affaires, sur cette gestion patrimoniale, le marché reste malgré tout assez vierge. Il y a assez peu d'acteurs réputés incontournables. De nombreux patrimoines sont directement liés à l'entreprise. L'origine de la fortune des familles est souvent le succès dans les affaires. Le chef d'entreprise est donc souvent un peu démuni. Pourquoi l'expert-comptable ne serait-il pas aussi l'interlocuteur qui peut l'accompagner au-delà de la gestion de leur propre entreprise, sur des problématiques personnelles, en tant que chef d'orchestre de l'opération patrimoniale ?

A.-P. : C'est actuellement ce que cherchent les experts-comptables, devenir les principaux conseillers des chefs d'entreprise ?

L. B. : Exactement. Le client n'est pas seulement l'entreprise, mais aussi le chef d'entreprise. Nous l'accompagnons à la fois dans ses objectifs business et dans ses objectifs patrimoniaux.

A.-P. : L'interprofessionnalité est-elle un sujet porteur pour vous ?

L. B. : Oui, bien sûr. La législation va nous autoriser très rapidement à exercer en interprofessionnalité, mais même sans ce texte, sur ces problématiques de gestion de patrimoine, il est indispensable de collaborer entre professionnels du chiffre et du droit. Une opération de transmission d'entreprise, par exemple, nécessite l'intervention d'un avocat, pour la partie juridique liée à la rédaction des actes, d'un notaire, pour la partie donation préalablement à la cession de l'entreprise, d'un expert-comptable pour tout ce qui concerne l'optimisation fiscale, l'évaluation de l'entreprise, d'un CGP pour les placements ultérieurs à la transmission… Sur ce type de mission, on s'aperçoit qu'on travaille bien quand on travaille tous ensemble. Il est néanmoins nécessaire que l'expert-comptable ait une place importante dans cette interprofessionalité.

A.-P. : En tout cas, vous n'êtes pas en concurrence avec les CGP.

L. B. : Non, les CGP ont une véritable expertise en matière de marchés et de placements financiers. Ils ont également une bonne connaissance des produits. Nous sommes donc en parfaite complémentarité.

A.-P. : Comment peut-on rendre la gestion patrimoniale innovante ?

L. B. : Il y a beaucoup de banques, de CGP, de family offices, mais bien sûr aussi d'experts-comptables qui commencent à mettre en place sur internet des services afin de devenir le centre du dispositif, en faisant en sorte que les avocats, les notaires, les banquiers… viennent alimenter la même base de données, accessible par le client. Une seule interface lui donnerait ainsi accès à l'ensemble des documents de tous ses interlocuteurs. L'idée est de créer ce coffre-fort en ligne, dans lequel le client va pouvoir retrouver tous les documents dont il va avoir besoin dans le cadre de la gestion de son patrimoine : les déclarations d'impôts, les différents baux, les actes de propriété… Voilà une piste intéressante en la matière.

A.-P. : Comment peut-on utiliser ces nouvelles technologies pour améliorer le service au client ?

L. B. : Ce système peut déjà nous permettre de gagner du temps dans tout ce qui est collecte de données. De son côté, le client a un accès simple et rapide à l'ensemble des documents dont il pourrait avoir besoin. Ces systèmes demandent beaucoup de travail en amont. Certains ont été conçus pour aller plus loin que la simple gestion des documents. Chacun d'eux serait associé à une fiche d'information sur laquelle on trouverait ses principales caractéristiques. Pour un contrat d'assurance habitation, par exemple, on pourrait ainsi trouver la date d'échéance, le montant… Des alertes seraient ainsi émises pour le renouveler ou le dénoncer, proposer des études de prix comparatives… L'enrichissement du document devient une réelle valeur ajoutée. Reste à savoir qui sera l'acteur majeur sur ce type de prestations. En revanche, il est certain que nous allons vers de tels services.




Emilie BOUSQUET
Journaliste

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