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LAURENT BENOUDIZ « La résilience de nos entreprises me laisse espérer que le pire n'est pas certain

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LAURENT BENOUDIZ « La résilience de nos entreprises me laisse espérer que le pire n'est pas certain
@ AP

Le président de l'Ordre des experts-comptables de Paris Ile-de-France revient sur les conséquences de la crise sanitaire sur la profession et présente le grand événement de la rentrée, qui a été maintenu malgré le contexte actuel, les Universités d'été 2020.

Affiches Parisiennes : Comment l'Ordre a-t-il traversé cette crise sanitaire ?

Laurent Benoudiz : au niveau de l'institution, nous avons mis en place le télétravail dans des conditions rapides, en accéléré, pour que les services de l'Ordre puissent continuer à fonctionner et que nous puissions servir les confrères dans les meilleures conditions. En plus des missions habituelles, nous avons créé une adresse mail dédiée pour répondre en temps réel et en fonction de l'évolution de l'actualité aux experts-comptables. Parallèlement, nous tenions à jour une base documentaire réactualisée et mise en ligne chaque soir sur un site spécialement conçu en 48h. Nous avons organisé plusieurs webinaires pour répondre aux nombreuses questions, pour mieux comprendre les mesures gouvernementales parfois floues et pour dissiper au maximum les incertitudes des professionnels qui étaient au front. Au cours de ces conférences en ligne, plusieurs administrations sont venues expliquer les dispositifs. Par ailleurs, j'étais en contact quotidien avec toutes les institutions régionales et les pouvoirs publics pour remonter les incompréhensions et les incohérences relevées sur le terrain. Je veux aussi saluer l'engagement des centaines de confrères et consœurs qui se sont portés volontaires pour répondre gratuitement et pendant près de deux mois aux chefs d'entreprise perdus qui téléphonaient au numéro vert que l'Ordre francilien a mis en place. C'est une nouvelle fois, la preuve de l'engagement de notre profession au service de notre économie. Ce dispositif a été très apprécié des pouvoirs publics avec qui nous avons tissé un lien privilégié au cours de cette crise.

On a également fait le choix de décaler les cotisations et de suspendre, pour l'année 2020 tous les contrôles qualité car à la rentrée de septembre l'ensemble des confrères vont se mobiliser pour accompagner leurs clients dans la négociation des PGE (prêts garantis par l'Etat) et la mesure des effets de la crise et de la mesure de la taxe de celle-ci sur les comptes 2020.

On n'a pas fait de course de vitesse mais bien une course de fond et c'est sur le second semestre 2020 et l'année à venir qu'il va falloir que la profession soit présente aux côtés des entrepreneurs pour les aider à digérer les conséquences de la crise. L'ambition de l'Ordre durant cette période a été d'être le soutien de la profession au quotidien, à travers les outils d'informations qu'on a mis en place, les webinaires et l'allègement des contraintes et des sujets prioritaires.

A. -P. : Un grand événement pour la profession de Paris Ile-de-France sera prochainement organisé, les Universités d'été des experts-comptables et commissaires aux comptes. Comment cet événement sera-t-il organisé ?

L. B. : « Je suis pessimiste avec l'intelligence, mais optimiste par la volonté » comme le disait Gramsci. On a fait le pari de pouvoir tenir en septembre les Universités d'été en présentiel. On a récemment eu la confirmation par le ministre Franck Riester de la possibilité de mener une manifestation en physique. Tout est prêt pour recevoir l'ensemble des confrères et consœurs au Palais des Congrès les 1, 2 et 3 septembre. Rien n'était sûr mais au regard des évolutions rapides des derniers mois sur l'utilisation des visios, des webconférences et autres contenus en ligne, nous avons opté pour une manifestation à la fois physique et digitale. On va donc maintenir les deux et laisser le choix aux confrères, lors de l'inscription, entre une présence physique ou une présence uniquement en ligne.

On a également mis en place un dispositif qui permet, même pour les formations en ligne, de délivrer des attestations de présence pour tous ceux qui suivront les ateliers proposés. On a un budget un peu plus conséquent puisqu'il a fallu qu'on équipe trois salles d'outils de rediffusion pour s'assurer une qualité de sons et d'images. On a donc aujourd'hui 100 ateliers plus tous les temps forts en physique et en ligne.

A. -P. : Pouvez-vous nous parler des grands sujets qui seront abordés, également lors de la grande conférence de clôture ?

L. B. : Cette année, lors de la grande conférence, on va continuer à s'interroger sur les sujets de société d'actualité comme le travail post-Covid, l'alimentation, l'agriculture et évidemment, sur l'avenir de notre profession. Tous les intervenants de qualité, experts sur leurs sujets prendront la parole toutes les 20 minutes pendant 2h selon un format qui a fait ses preuves.

Pour les autres temps forts, on a voulu coller à l'actualité. Le mardi, on démarrera avec le sujet de la facture électronique, avec le témoignage et la présence de l'administration fiscale et d'un confrère italien qui connait très bien ce sujet puisque l'Italie fait partie des trois pays les plus avancés en matière de facturation électronique. Ils nous expliqueront l'impact de celle-ci sur l'activité d'expert-comptable puisque désormais c'est l'administration fiscale italienne qui collecte toutes les factures qui sont faites par les professionnels et qui adresse automatiquement aux redevables une déclaration de TVA préremplie. Ce dispositif pourrait d'ailleurs être mis en place en France ce qui serait évidemment un événement qui aura un impact considérable sur l'activité des experts-comptables.

On a également une très belle conférence sur l'odyssée de la data, organisée par le lab50, avec de très nombreux intervenants. Nous parlerons également d'un sujet qui va occuper la profession à la rentrée : la restructuration et l'accompagnement des entreprises en difficulté ou en redressement judiciaire, en présence d'administrateurs et d'avocats spécialisés dans ce domaine ainsi que de notre confrère Thierry Bacquet, président du CIP Paris.

Enfin, le mercredi, en fin de matinée, se tiendra l'assemblée générale de l'Ordre, en physique et en retransmission, permettant le vote en présentiel et à distance.

A. -P. : Sur un autre sujet à succès, le prélèvement à la source, quel regard portez-vous sur ce sujet ?

L. B. : En ce qui me concerne, j'étais assez serein sur la mise en place du prélèvement à la source. Cela s'est très bien passé et c'est désormais un non-sujet. C'est une véritable simplification pour tous les contribuables de voir leur impôt prélevé et s'ajuster automatiquement en fonction du revenu.

Le Covid a été la preuve du bien-fondé de cette mesure puisque lorsque des gens ont vu leur revenu baisser en raison de l'activité partielle, ils ont automatiquement vu leur cotisation d'impôt s'ajuster pour la plupart d'entre eux. Donc, on a aujourd'hui un dispositif qui a encore occupé la profession sur l'arrêté des comptes 2020 car il fallait tenir compte, sur la déclaration 2019, des conséquences de la mise en œuvre du prélèvement. Il reste encore à établir d'éventuelles réclamations dans l'hypothèse où le revenu 2018 a été supérieur à celui des années 2015, 2016, 2017 ou 2019. Dans ce cas-là, on pourra en effet réclamer le remboursement d'un trop payé d'impôt, si on estime que ce revenu n'est pas exceptionnel mais bien ordinaire même s'il est supérieur aux années de référence.

A. -P. : Revenons sur les Universités d'été, il y aura donc aussi une retransmission en ligne, des réunions virtuelles etc ?

L. B. : Le contact, les rencontres, le partage pourront se faire sur internet grâce à nos outils mais évidemment pas avec la même qualité de relation qu'en se déplaçant au Palais des Congrès et rencontrer les partenaires présents. L'intégralité des espaces ont été loués, on n'a quasiment aucun désistement donc ce sera l'occasion de rencontrer tous les partenaires et notamment les quatre startups qu'on a sélectionné l'année dernière à travers l'accélérateur INNEST pour être accompagnées par celui-ci. Elles seront présentes pendant les trois jours.

A. -P. : Dans quelles mesures l'événement respectera les mesures sanitaires ?

L. B. : On a limité le nombre d'inscriptions pour respecter les règles imposées par le gouvernement et le Palais des Congrès. Un certain nombre de choses seront en place : port du masque, nous en avons commandé 4 000 pour les participants, aucun contact, distanciation au sein des salles de formation. On a élargi les allées, on a créé un sens de circulation obligatoire pour éviter de se croiser. On a mis en place ce qui nous semblait être de bon sens pour respecter les règles qu'on connaît tous aujourd'hui. C'est l'une des premières manifestations d'envergure qui se tiendra en France post-Covid. Nous serons donc très vigilants.

A. -P. : Un des grands sujets mis en avant lors de ces Universités d'été sera la restructuration et le redressement. Comment voyez-vous les choses sur cette thématique ?

L. B. : L'objectif est de donner aux experts-comptables les connaissances nécessaires et suffisantes pour pouvoir orienter et accompagner leurs clients lorsqu'ils rencontreront des entreprises en difficultés : dans quel cas faut-il une sauvegarde, un redressement judiciaire, qu'est-ce qu'un mandat ad hoc, etc. Concernant le climat économique, tous ceux qui font des prévisions aujourd'hui sont soit des génies, soit disposent d'une boule de cristal car tant qu'on n'a pas connaissance de la nature de la reprise qui aura lieu au 4ème trimestre 2020, il est quasiment impossible d'estimer quoi que ce soit en termes d'impact sur l'économie. On peut faire des prévisions, de nombreuses ont été faites par la Banque de France, avec plusieurs hypothèses selon la vitesse à laquelle l'économie repart mais je pense que ça va vraiment dépendre du retour de la confiance, d'une éventuelle reprise ou pas de l'épidémie et, bien évidemment, du secteur d'activité concerné avec d'énormes différences. Par conséquent, et tant qu'on n'a pas avancé sur cet aspect, il sera difficile d'estimer les conséquences pour nos clients, TPE/PME, de l'impact du Covid. J'espère qu'on sera plus à même de le faire en décembre.

A. -P. : Vous semblez confiant en l'avenir puisque vous terminez les Universités d'été sur une grande conférence qui a pour thème « et ça ira mieux demain ». C'est très optimiste !

L. B. : En prenant du recul sur les faits, on s'aperçoit que les progrès liés à la science sont globalement bénéfiques pour les êtres humains, malgré les discours qu'on peut avoir aujourd'hui sur le climat, l'écologie, etc. Là, l'idée est de faire venir des intervenants spécialisés dans leur domaine et qui vont nous apporter un éclairage sur les grandes tendances qui vont se dégager dans les années à venir. Dans le prolongement de ce qu'on a pu voir l'année dernière, contrairement à ce qu'on peut penser au niveau de l'imaginaire collectif, le monde n'est pas plus violent, l'espérance de vie s'améliore, la pauvreté a diminué dans le monde. C'est la réalité. Et il faut parfois faire un pas de côté ou prendre du recul pour avoir une vue d'ensemble et ne pas juste se concentrer sur l'actualité, parfois anxiogène.

On souhaite dessiner des perspectives sur les évolutions du monde à venir.

A. -P. : Que pouvez-vous nous dire sur les PME qui sont vos clients aujourd'hui ? Commencent-elles à remonter la pente ?

L. B. : Je constate que l'on a, en France, un tissu entrepreneurial d'une très grande richesse et j'ai été très satisfait de voir l'agilité et la capacité d'adaptation de mes clients et de beaucoup d'entreprises qui ont, dans des délais très courts, su se repositionner, modifier leurs modèles économiques, basculé en télétravail pour s'adapter à la crise sanitaire.

Des entreprises qui n'avaient pas du tout commencé à dématérialiser leur relation client se sont retrouvées à faire des vidéos WhatsApp avec leurs principaux clients pour leur montrer des produits en stock, d'autres ont rapidement mis en place des outils pour vendre en ligne, d'autres ont commencé à développer des services à emporter etc. On a eu une explosion d'initiatives dans tous les sens parce que la principale qualité d'un entrepreneur est de s'adapter à un contexte et de répondre aux difficultés rencontrées. Le tissu entrepreneurial français est à la fois performant et réactif malgré les contraintes administratives et le poids de la fiscalité. Cette résilience des entreprises me laisse espérer que le pire n'est pas certain.




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